Wimbledon 2026 | Simple messieurs - Premier quart de finale à Londres : pour Alexander Zverev, la vie est vraiment plus verte
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 08/07/2026 à 02:00 GMT+2
Dans la foulée de son premier Grand Chelem décroché à Roland-Garros, Alexander Zverev, disputera son premier quart de finale à Wimbledon face à Taylor Fritz, ce mercredi. L’Américain est sa bête noire – il vient de lui infliger sept défaites consécutives – mais l’Allemand, l’esprit plus libre et la main plus verte, peut inverser la tendance : car quelque chose, clairement, a changé chez lui…
Zverev enfin délivré ? Il va vouloir aller chercher d'autres titres majeurs face aux meilleurs"
Video credit: Eurosport
On n’aurait vraiment pas crié au loup si, après avoir enfin atteint son Graal en décrochant son premier titre majeur à Paris alors que plus grand-monde n’y croyait, Alexander Zverev avait cédé à la décompression en bâclant Wimbledon pour aller siffler quelques pintes de bière du côté d’Ibiza ou de Mykonos. Il y aurait peut-être vu débarquer Aryna Sabalenka, désireuse de noyer dans l’alcool sa dépression post-londonienne, et les deux auraient pu avoir quelques échanges passionnés autour des pièges du cerveau sur un terrain de tennis. On aurait, du reste, payé pour écouter ça.
Mais non. L’improbable rencontre n’aura pas lieu. Alexander Zverev a visiblement plutôt choisi l’option B, à savoir surfer sur sa vague de confiance parisienne pour aborder la suite avec un esprit plus léger. Et ce avec effet immédiat, y compris à Wimbledon où il n’avait jusqu’à présent jamais atteint les quarts de finale, évoquant tout un tas de raisons plus ou moins valables (taille trop grande, faible affection pour les filières écourtées, allergie à l’herbe…), mais tout de même un peu courtes, nous semblait-il, pour justifier un tel trou dans la raquette.
Bref, quoi qu’il en soit, tout cela appartient aussi au passé. Après son "dépucelage" à Roland-Garros, Zverev a donc atteint son premier "last eight" à Wimbledon. Il l’a fait en faisant du Zverev, sans faire beaucoup de bruit, en connaissant parfois quelques (très) légers trous d’air. Mais en faisant montre, en revanche, d’un comportement de cador qu’on ne lui a pas toujours connu. Et qui, pour le coup, semble être l’héritage direct de sa libération de Paris.
Lui qui pouvait auparavant s’auto-détruire au moindre contre-temps ne se laisse perturber par rien depuis le début de sa quinzaine londonienne. Ni par une entrée en lice piégeuse à souhait face à Alexander Blockx. Ni par le premier couvre-feu décrété durant ce Wimbledon alors qu’il était parti pour conclure son huitième de finale contre Jiri Lehecka (6-4, 7-5, 3-3), sous les yeux de Roger Federer. Ni par une reprise difficile le lendemain, sanctionnée d’une perte rapide du troisième set. Zverev a vite repris le manche pour un atterrissage en douceur (6-4, 7-5, 3-6, 7-6).
L’anomalie est donc effacée : Alexander Zverev est devenu le 15e joueur en activité à avoir désormais atteint les quarts de finale de tous les Grands Chelems, ce qui était la moindre des choses eu égard à son pedigree. Le fait de ne l’avoir pas fait plus tôt était peut-être une plus grande anomalie encore que le fait de ne pas avoir gagné de Grand Chelem jusqu’à cette année. À vrai dire, on n’a jamais très bien compris son blocage sur gazon, surtout de la part d’un joueur qui avait épinglé son premier top 10 sur cette surface en battant Roger Federer à Halle, en 2016, à 19 ans. Pas plus qu’on ne comprend comment, et pourquoi, l’Allemand a perdu ses sept dernières confrontations contre Taylor Fritz, qu’il retrouvera ce mercredi pour une place dans le dernier carré.
Ses face-à-face contre Fritz, une autre anomalie à effacer
Que Zverev se fasse martyriser plus souvent qu’à son tour par un Jannik Sinner (neuf défaites d’affilée), à la limite, il y a des raisons tennistiques à cela. Mais Fritz, objectivement, non. On peut nous sortir au débotté n’importe quel facteur technico-tactique, on ne voit aucune raison que Zverev perde à chaque fois contre Taylor Fritz, hormis quand il s’agit d’une question physique comme lors de leur récente demi-finale à Halle. On y voit plutôt une statistique à rajouter sur le compte des mystères qui entourent parfois le personnage. Et une anomalie de plus à effacer.
Forcément interrogé sur le sujet, Sascha a préféré éluder : "Hormis ce match à Halle où j’étais en souffrance, les autres matches, Taylor a juste été meilleur que moi, c’est aussi simple que ça". Sur le moment, il n’avait pas été si sobre. Après s’être incliné contre l’Américain en quarts de finale de l’US Open 2024 dans la foulée d’une défaite face au même homme en huitièmes de finale à Wimbledon, on a souvenir d’une conférence de presse où l’Allemand avait été extrêmement dur envers lui-même, parlant alors d’un "match horrible" et de fautes impardonnables en revers, "sur des coups que je peux normalement rentrer les yeux fermés à 3h du matin."
À l’époque, c’était chaud. Mais maintenant, c’est différent. Aujourd’hui, Sascha a (enfin) le pied vert et cultive (enfin) la zen attitude. De là à dire qu’il partira favori face au demi-finaliste sortant du tournoi, il y a un pas qu’on ne franchira pas si vite. Mais on est complètement d’accord avec lui quand il dit que le momentum a changé. "Par rapport à ces précédentes confrontations, je joue mieux, je suis en bien meilleure forme. Et je crois que je peux gagner, cette fois."
Clairement, on nous l’a changé, Zverev. Et ce n’est certainement pas un hasard si ce premier quart de finale à Wimbledon, à sa dixième tentative, survient dans la foulée de son premier sacre en Grand Chelem. Il n’est pas interdit de penser que le déblocage mental a aussi entraîné, dans une sorte de cercle vertueux, un déblocage psychologique sur ce gazon qu’il a longtemps honni.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ma position en retour de service est beaucoup plus proche de la ligne de fond, parfois même à l’intérieur.
"Le fait d’avoir gagné Roland-Garros m’a donné un état d’esprit différent et m’a donné plus de confiance pour aborder Wimbledon, c’est évident, a-t-il concédé. Je pense que ce qui m’aide le plus à mieux jouer sur gazon, c’est d’abord le fait de mieux jouer d’une façon générale. Cela me permet de mieux adapter mon jeu à la surface, en procédant aussi à quelques petits ajustements. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ma position en retour de service est beaucoup plus proche de la ligne de fond, parfois même à l’intérieur, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. C’est vrai que je n’avais jamais atteint les quarts ici, mais quelque part, j’ai l’impression que mon tournoi ne fait que commencer."
Porté, toujours, par un énorme service (73% de premières balles sur l’ensemble de son tournoi, 82% de points gagnés derrière, un seul break concédé par match), Zverev passera en tout cas l’examen parfait pour savoir si, oui ou non, une deuxième carrière s’ouvre désormais à lui. Un succès, accessoirement, le rapprocherait considérablement de la place de numéro 2 mondial. Un revers n’enlèverait rien à tout ce qu’il vient d’accomplir en l’espace de quelques semaines. Et c’est ça, vraiment, qui change tout.
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