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Les Gets - Forfait, le quintuple champion du monde Loïc Bruni revient sur la réussite de ses coéquipiers pour Eurosport : "ça me rend jaloux"
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Mis à jour 21/08/2026 à 21:59 GMT+2
Blessé à un poignet à Loudenvielle en mai, Loïc Bruni (Specialized Gravity) avait planifié un retour aux Gets en Coupe du monde ce samedi. Malheureusement, le pilote de Cagnes-sur-Mer, quintuple champion du monde, n’est pas suffisamment remis. Le Français promet de revenir d’ici la fin de saison de VTT et fait preuve d’honnêteté sur la réussite actuelle de ses coéquipiers, Iles et Williams.
Loïc Bruni durant les Champonnats du monde de VTT, le 3 septembre 2025
Crédit: Getty Images
Par notre envoyé spécial François-Xavier Rallet aux Gets
Où en est la guérison de votre poignet aujourd'hui, et qu'est-ce qui, concrètement, vous empêche encore de courir aux Gets et aux Mondiaux ?
Loïc Bruni : Je commence à voir le bout du tunnel. Je suis à un moment charnière car j’arrive à faire plein de choses à nouveau, en vélo de route, à la gym. Tout redevient normal sauf que je manque beaucoup de mobilité, de souplesse dans le poignet et de force dans la main.
On vous a vu faire le track walk, mercredi. Ce jeudi, vous étiez au bord de la piste pour les entraînements chronométrés. Ça vous a confirmé votre choix de ne pas courir ce week-end ?
L.B. : Oui. A l’endroit où j’étais lors de l’entraînement, il y avait un énorme trou et tout le monde le prenait… Si ce genre d’impact se produit une fois, ça va. Deux fois, ça va. Mais devoir gérer ça après trois minutes de descente, je n’ai pas la force en ce moment d’y arriver. Le poignet n’est pas prêt. Je ne suis remonté sur un VTT que mercredi dernier. J’ai fait une heure trente d’e-bike. J’étais un peu déçu après la sortie au niveau des sensations mais le kiné m’a rassuré en me disant que c’était très bien pour une reprise. Les connexions doivent se refaire… Je me suis quand même fait une luxation du semi-lunaire avec arrachements des ligaments. C’est la pire chose qui pouvait m’arriver au poignet.
Votre manager Laurent Delorme vous conseille énormément. Quel rôle a-t-il joué dans cette décision de ne pas précipiter votre retour ?
L.B. : Laurent, c’est mon manager depuis que j’ai seize ans. On est différent mais il me connait comme si j’étais l’un de ses fils. Et tout ce qu’il dit, j’y fais vraiment attention. Il a toujours su me guider. Après ma blessure, il m’avait mis en garde très rapidement en me disant que ma main ne serait pas prête pour les Gets. Mais il y avait une part de moi, cette fameuse petite voix, qui me faisait croire que c’était possible. Et puis fin juillet, je suis allé le voir chez lui. Il a vu mon poignet et m’a dit : "N’y pense même pas… " Et il avait raison… mais je le savais aussi au fond de moi (sourire).
Aux Gets, vous avez décroché votre cinquième titre mondial en 2022. Vous étiez 2e en 2019 en Coupe du monde. On sait l’importance qu’a ce lieu dans votre carrière… Le moral reste bon malgré tout ?
L.B. : Oui et non. Ça va parce que je sais que je ne suis pas prêt. Je n’ai pas la prétention de rouler aussi vite que mes adversaires en ce moment. Mais c’est frustrant et triste car j’adore cet endroit, avec ce public, avec cette ambiance de folie. Et c’est pour ça que je voulais revenir ici. D’autant qu’en 2022, avant mon titre mondial ici, j’étais un peu dans une situation similaire. Je m’étais déboîté une épaule au Canada trois semaines avant les Gets. Le sélectionneur (Emmanuel Hubert) m’avait laissé sur la liste et j’avais gagné les Championnats du monde. Et je rêvais donc que l’histoire se répète, mais j’étais un peu trop optimiste...
Et là, je vois ma main : j'avais tous les doigts dans le mauvais sens
Qu’est-ce qui est le plus difficile à encaisser dans cette convalescence ?
L.B. : La sensation de ne pas mériter ce qui t’arrive est assez insupportable. Car cet hiver, on s’est préparé comme rarement on l’avait fait. La saison commence en Corée du Sud et je me bloque le dos là-bas, sur une bêtise. Malgré je roule là-bas et je finis deuxième. C’était un bon indicateur : même à 90%, j’étais là ! Et puis on part à Val di Sole et je me mets une bonne "taule". Et dix jours plus tard, à Loudenvielle, je perdais le contrôle de ma main sur certains impacts. Je suis frustré, j’en parle à mon mécano Jack (Jack Roure). Personne ne comprend ce qu’il se passe. Je remonte pour un dernier run chronométré et en bas du parcours, je sens que ma main glisse et je tombe violemment.
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Votre chute a été très violente. Quel souvenir en gardez-vous ?
L.B. : J’étais un peu sonné mais je vois mon coéquipier Jordan Williams arriver en courant, avec les larmes aux yeux : "ça va, Loïc ?" Et là, je vois ma main : j’avais tous les doigts dans le mauvais sens. Ils étaient quasiment tous tordus. Et puis, j’avais bien tapé la tête aussi. Et là, j’ai compris que ça mettait fin à une belle journée de m… (rires).
Je sais que je suis plus fort que Finn...
Et puis deux semaines plus tard, votre coéquipier Finn Iles se met à gagner à Leogang puis à Lenzerheide. Après ça, c’est un autre pilote Specialized, Jordan Williams, qui triomphe à la Thuile et en Andorre. Comment l’avez-vous vécu ?
L.B. : Honnêtement, j’ai commencé à me dire : "mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?" J’étais content de voir gagner Finn pour l’équipe mais je sais que je suis plus fort que Finn… Tu es chez toi, sur ton canapé, et tu ne peux rien faire. J’en voulais un peu à tout le monde à ce moment-là. J’étais assez exécrable.
Il y avait un peu de jalousie de ne pas être à leur place ?
L.B. : Complètement. J’étais jaloux de les voir gagner. C’est exactement ce que j’ai ressenti auprès de mes parents et de mon oncle quand on a regardé Leogang en famille. Eux étaient contents pour Finn et moi j’ai appelé ma copine et je lui ai dit que j’étais dégoûté… Parce qu’avec Finn, on est rivaux aussi. Ce qui est difficile d’accepter, c’est d’être à la place à laquelle je suis et de voir que tout sourit aux autres. Après coup, j’ai un peu réfléchi à tête reposée et j’ai trouvé ça cool pour Finn. Je l’ai appelé pour le féliciter. Mais ma première réaction était très amère, je dois le reconnaître. Et je l’ai même avoué à Finn que sa victoire m’avait fait ch… au début (sourire).
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Votre 100e départ en Coupe du monde est donc prévu pour Whistler le 27 septembre prochain…
L.B. : (il coupe) Ah, ça sera mon 100e départ ? Je ne savais même pas (rires). C’est l’objectif de reprendre au Canada. C’est beaucoup plus réaliste que les Gets. Je ne sais pas quel niveau j’afficherai là-bas. Je sais que ça ne sera pas facile mais je suis confiant : je vais y arriver. Là, je suis totalement déconnecté de mes routines habituelles et j’ai vraiment envie de me remettre dans le bain pour préparer dès maintenant la saison prochaine. Vous avez 32 ans. Vous êtes devenu papa il y a peu. Vous avez aussi lancé votre propre marque de merchandising ("Like Butter").
Vous vous donnez encore combien d’années au plus haut niveau ?
L.B. : On en discute beaucoup avec mon manager. Laurent (Delorme) doit préparer "l’après-Bruni" et c’est normal. Mon mécano aussi aimerait arrêter bientôt. Je pense déjà faire les saisons 2027 et 2028. Et peut-être 2029 en fonction de mon état physique. Mais je ne me vois pas continuer après 35 ans…
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