Getty Images

Alonso est venu, il a vu et vaincu… deux fois

Alonso est venu, il a vu et vaincu… deux fois

Le 16/06/2019 à 18:49Mis à jour Le 17/06/2019 à 08:59

24 HEURES DU MANS - En deux participations, Fernando Alonso (Toyota) aura réussi son pari sarthois au-delà de l'imaginable, avec deux victoires au compteur. Avant de faire une pause, pour peut-être revenir un jour.

Fernando Alonso n'aura jamais retrouvé le parfum de l'ivresse en Formule 1 après ses titres mondiaux en 2005 et 2006. Et c'est rincé par un retour raté chez Renault (2008, 2009), cinq saisons (2010-2014) d'échecs chez Ferrari - parfois près du but - et lassé d'essuyer les plâtres du Honda chez McLaren de 2015 à 2018 qu'il aura mis un terme à sa carrière en Grand Prix fin 2018. En ayant débuté une heureuse - parfois chanceuse - reconversion sur tous les fronts. Avec une première expérience rafraîchissante aux 500 miles d'Indianapolis en 2017, suivie d'une victoire aux 24 Heures du Mans en 2018, qu'il a répliquée dimanche.

Vidéo - Mano a mano, crashes, coups de théâtre... Le film de cette 87e édition

03:00

Avec l'étiquette de pilote Honda en 2018, l'Espagnol était parvenu à convaincre Toyota de son indispensable concours dans la Sarthe pour vaincre la malédiction, franchir la dernière marche du podium. Une double casquette pour un timing parfait. A 36 ans, il s'était lancé avec succès à la poursuite de l'honorifique "Triple couronne" réservée à tout champion du monde de Formule 1 vainqueur d'Indy 500 et des 24 Heures du Mans. Un triplé tellement rare que Graham Hill en est encore le seul détenteur.

Vidéo - Alonso : "Il faut être honnête, la n°7 méritait de gagner"

00:47

L'an dernier, l'Asturien avait rempli son contrat avec une implication et un sérieux remarqués. En star de la F1 venue se mesurer avec prudence au mythe du circuit des 24 Heures, qui a remis plus d'un prétentieux à sa place. Associé à Sébastien Buemi et Kazuki Nakajima, sa Toyota n°8 avait réalisé la pole position et mené l'épreuve presque à parité avec la n°7 : 183 tours contre 205.

Cette année, auréolé d'une victoire aux 24 Heures de Daytona, avec Kamui Kobayashi entres autres, il est revenu tout aussi affamé. Peut-être plus, trois semaines après le fiasco de sa non-qualification sur le plus célèbre anneau de vitesse du monde. Samedi et dimanche, c'est lui qui a abattu le plus de kilomètres au volant de la n°8. On avait vu sa hargne dès son premier tour aux essais, mercredi. Elle fut manifeste lors de sa prise de poste, samedi en fin d'après-midi. La N°7 menait déjà grand train devant, et ça l'énervait passablement. Il a d'ailleurs attaqué, et son équipe a rappelé les deux équipages à l'ordre. En l'absence de réelle concurence, il n'y avait pas lieu de rouler à découvert.

Vidéo - 23 heures en tête pour la Toyota n°7 puis la catastrophe : le moment où la course a basculé

02:03

"C'est la chance qui nous a offert le trophée"

Les heures passaient. Ni lui ni Buemi ou Nakajima ne parvenaient à faire croire à un retour. Il y a bien eu cette brève charge du Japonais contre Lopez à 21h39 pour prendre la tête, aussitôt réduite à néant par la détermination de l'Argentin, aux commandes d'une machine dotée de meilleurs réglages.

Le delta avec la n°7 tournait autour de la minute, et Alonso comme un lion en cage. Pour cet impatient de nature, c'était une épreuve. Mais les rôles n'étaient-ils pas heureusement répartis ? Mike Conway, Kamui Kobayashi et "Pechito" Lopez roulaient enfin vers la victoire, et lui vers un nouveau titre mondial, son objectif revendiqué. Presque fataliste, il répétait que ça lui convenait. Jusqu'à tromper l'ennui en apportant le café aux coéquipiers dimanche matin.

Mais il était dit que ces 24 Heures du Mans ne pouvaient pas se dérouler une fois de plus normalement pour Toyota. Alonso assista à la mésaventure de Lopez à l'approche de la dernière heure. Vu le Sud-Américain se lancer comme il aurait aimé le faire à la poursuite de la voiture sœur. Avant le rappel à la raison.

Vainqueur une deuxième fois en deuxième participations, avec un autre titre mondial FIA à la clé, c'est un bilan exceptionnel dont seul Petter Solberg pouvait se targuer jusqu'à présent. "Nando" a quitté la Sarthe l'esprit léger, dimanche. Il avait promis de ne pas revenir l'an prochain. Son successeur Brendon Hartley désigné, il ne changera pas d'avis. Mais il avait confié son envie de revenir un jour dans la Sarthe, avant même le coup de théâtre de la dernière heure.

Vidéo - Dernier tour, Alonso ferme les yeux, ému... La Toyota n°8 va gagner

04:45

"Ce n'est pas mon dernier tour au Mans. Je reviendrai dans le futur, peut-être avec une Hypercar (en 2021) ou autre chose", avait-il dit. "C'est la chance qui nous a offert le trophée, nous le prenons, parce que les sports mécaniques sont ainsi. J'espère qu'ils gagneront l'année prochaine", a-t-il ajouté à l'arrivée, à l'adresse des vaincus bien malheureux. Loin de l'étiquette de mercenaire qu'on lui avait collé en 2018, Alonso nous a bel et bien fait découvrir un autre pilote. La magie du Mans, encore une fois.

Fernando Alonso (Toyota n°8) aux 24 Heures du Mans 2019
0
0