24H du Mans 2026 | Robert Kubica (Ferrari), vainqueur en 2025 : "J'étais dans une sorte de zone, un état rarement atteint dans ma vie"
Mis à jour 13/06/2026 à 08:55 GMT+2
Devenue une véritable légende de la course en gagnant les 24 Heures du Mans l'an dernier à bord de la Ferrari 499P n°83, en compagnie de Phil Hanson et de Yifei Ye, Robert Kubica remet son titre en jeu cette année avec à l'esprit tout ce que la course peut compter d'aléas. Au milieu d'une concurrence plus affûtée. Le Polonais s'en explique en exclusivité pour Eurosport, avec Tom Kristensen
Ferrari vainqueur pour la 3e fois de suite : le résumé long de l'édition 2025
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Tom Kristensen : Robert, j'aimerais que vous nous racontiez ce que l'on ressent en remportant Le Mans - enfin, pour vous, pour la première fois - au volant de la Ferrari.
Robert Kubica : Beaucoup de choses se sont passées l'an dernier. Je crois que je ne m'y attendais pas. Je connaissais Le Mans depuis mes 21 ans. C'est une course très particulière, très émouvante. Je savais que cette course historique était très suivie. Mais l'ampleur de l'attention que j'ai reçue ensuite, au-delà du monde du sport automobile, m'a vraiment impressionné, voire stupéfié. Mais pour en revenir aux émotions... Oui, Le Mans peut être éprouvant. C'était donc un mélange d'émotions et de fatigue. Cela fait déjà un an, malheureusement. Beaucoup de temps a passé. Mais chaque fois que j'en parle, l'émotion est toujours là. Même si nous sommes déjà pleinement concentrés sur l'édition de cette année. Nous sommes en plein milieu des essais et de tout le reste. Mais quand on y repense, c'est une voiture qui évoque de bons souvenirs.
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De miraculé à vainqueur des 24h du Mans : Kubica, un destin hors du commun
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Il y a tellement de détermination et de volonté. Quand on se replonge dans le cockpit, dans ces derniers instants, on sent à quel point vous étiez déterminés.
R.K. : Vous le savez mieux que moi. J'ai découvert les 24 Heures du Mans en 2021, au volant d'une LMP2. Nous étions en tête dans le dernier tour, [Yifei] Ye était au volant et nous nous sommes arrêtés. Honnêtement, j'étais calme, conscients de ce pour quoi nous nous battions. Conscients qu'on ne sait jamais si l'on aura une seconde chance. Mais c'était intense. Car, au bout du compte, la Porsche était tout près. Nos voitures sœurs (les n°50 et 51, vainqueures des éditions 2023 et 2024) aussi. Il fallait donc trouver le juste équilibre et garder son calme. Mais rester calme ne signifie pas que c'était facile. Le calme, c'est être en prise avec la situation, dans le rythme.
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Haie d'honneur pour Kubica, Ye et Hanson
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Où se situait ce rythme ? Où fallait-il faire preuve de précision au volant ? Y avait-il des endroits où il fallait se montrer un peu prudent ? À quel moment la voiture devenait-elle piégeuse ?
R.K. : En fait, elle était très agréable à piloter, je dois dire. Honnêtement, je connaissais nos capacités et nos points forts. Je me souviens d'une partie de la course... C'était mon deuxième relais. Il fallait creuser l'écart pour nous donner la marge nécessaire afin de changer les pneus, pour éviter de prendre des risques. Et c'était un moment où, eh bien, on est vraiment dans l'action. On sait qu'on est en tête, qu'on n'a pas besoin de forcer. Cela apporte un confort et une sécurité supplémentaires. Après 23 heures de course, on est en tête. On entre dans la voie des stands et on se dit : 'OK, on peut finir comme ça', ou bien 'on change les pneus, on joue la sécurité'. Mais l'arrêt aux stands, c'est toujours un peu... C'est du sport automobile, on ne sait jamais. Mais ce que j'ai aimé - et c'est un sentiment que je n'ai pas souvent éprouvé - c'était de sentir dans la zone. Comme si je maîtrisais totalement la situation. C'est un état que j'ai rarement atteint dans ma vie. On a le contrôle sur ce qui se passe. Et j'aime ça. Honnêtement, ça me manque. La réalité, c'est que je n'ai pas gagné beaucoup de courses dans ma vie. Alors, cette sensation particulière de pression et de responsabilité, j'aime ça.
Nous vivons l'âge d'or du Championnat du monde d'endurance. Et vous y jouez un rôle. Qu'est-ce que cela fait d'y participer ?
R. K. : Le niveau global du championnat a augmenté, et pas seulement en termes de nombre de voitures engagées. Dès que des constructeurs s'impliquent, tout monte en gamme : le niveau des pilotes et des écuries, ainsi que l'engagement des marques. Cela donne lieu à de superbes courses, aussi bien pour nous que - surtout - pour les spectateurs. J'aime le concept de la course multi-catégories. La gestion du trafic y joue un rôle majeur ; c'est parfois pénible, mais cela fait partie du jeu. Même si les courses sont bien plus longues que celles en monoplace, elles restent intenses. Certains ont encore une vision dépassée, selon laquelle l'ère de l'Endurance touche à sa fin. Cette époque est révolue. La fiabilité des voitures est aujourd'hui exceptionnelle.
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Yifei Ye : "Après la mésaventure de 2021, j'étais très stressé dans le dernier tour"
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Nous disposons de pneus capables de tenir vraiment le coup pendant environ deux heures, ce qui rend les courses intenses. Que ce soit au Mans ou lors d'autres épreuves du WEC -comme les courses de six heures -, nous avons une certaine liberté d'action ; au final, cela revient à enchaîner des relais de deux heures chacun. C'est comparable à une course de F1. À cela s'ajoute la gestion du trafic. Il faut donc beaucoup réfléchir et anticiper. La lecture du trafic est assez délicate ; on essaie toujours d'anticiper. Au Mans spécialement, il faut observer les autres voitures : on sent que ça va être serré, on espère que le pilote adverse commettra une erreur pour pouvoir le doubler avant les virages Porsche et éviter de se retrouver bloqué. En GT, c'est plus une question de prudence. C'est un univers que j'ai découvert assez tardivement, car je ne suis venu à l'Endurance qu'à un stade avancé de ma carrière. Mais j'aime beaucoup ça, j'y prends vraiment plaisir. J'aimerais la gagner au moins une fois de plus ; c'est un peu comme ça que ça se passe : une fois qu'on l'a remportée une deuxième fois, on a envie de décrocher une troisième victoire. Mais bon, c'est un sacré défi.
Vous avez gagné l'année dernière alors que vous partiez de la 13e place. Vous disposiez donc manifestement d'une meilleure voiture pour la course ; vous aviez une voiture taillée pour la course.
R. K. : L'an dernier, nous avons rencontré un problème lors des qualifications. Beaucoup de gens ont cru que nous ne forcions pas vraiment, mais non, nous avions un souci. Dans l'ensemble, je pense que nous avions le sentiment de pouvoir facilement remonter au classement. Nous n'avions pas une voiture très rapide, mais elle était très régulière. Cette année, la situation est un peu différente. Une partie de la concurrence a considérablement élevé son niveau de jeu. De notre côté, nous avons choisi de miser sur ce que nous maîtrisions, sur ce que nous avions appris l'année précédente avec notre package. Mais je pense que nous aurons du mal en conditions de course. Nous ne sommes pas aussi rapides que nous le souhaiterions en accélération ou en ligne droite, ce qui est pourtant crucial pour les dépassements et la course elle-même. Surtout avec des températures élevées, je pense que la course sera difficile, car il faudra compenser ce déficit dans les virages. Mais une fois que les pneus commencent à surchauffer...
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"Un état de transe" : Comment ça se passe dans le cockpit d'une voiture lors des 24h du Mans ?
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Vous êtes donc ambitieux pour cette année ?
R. K. : Je pense que je viens toujours ici avec exactement le même objectif : me concentrer sur ce que je maîtrise, sur ce que je peux influencer, et essayer de réaliser la meilleure course possible au Mans de mon côté. Ensuite, la course nous dira ce qui est réalisable. On ne sait jamais. C'est une épreuve longue. En sport automobile, les scénarios peuvent varier énormément. Nous espérons donc être dans le coup. La pression est forte pour les pilotes, mais surtout pour l'équipe. Le travail en piste et aux stands est fondamental. Si nous parvenons à tout mettre en place correctement, nous verrons bien. Mais je m'attends à ce que, si nous parvenons à rallier l'arrivée avec le comportement actuel de la voiture, un top 6 constitue déjà une belle réussite.
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