France - Espagne en finale de l'Euro : Duel éternel, rivalité érodée ?
Eurosport sur GoogleEURO BASKET - France-Espagne. L’affiche de la finale sent le soufre et réveille de nombreux souvenirs. Dimanche à Berlin, 20h30, deux sélections qui partagent un immense vécu commun vont se disputer la couronne continentale. Mais après la mise entre parenthèses de leur émulation depuis 2016, Français et Espagnols entretiennent une nouvelle rivalité, moins spectaculaire. Mais sûrement plus saine.
Rudy Fernandez (Espagne) et Rudy Gobert (France), opposés en finale de l'Euro 2022
Crédit: Eurosport
Entre la France et l'Espagne, historiquement ce n'est pas : "Je t'aime, moi non plus". C'est : "Je te déteste, moi aussi." En héritant de la Roja comme adversaire en finale de l'EuroBasket, les Bleus ont aussi hérité d'une décennie de combats au sens propre et de haine viscérale entre leurs aînés et leurs homologues espagnols. Même si pour cette nouvelle équipe tricolore, ce dimanche à Berlin marquera avant tout l'occasion d'aller glaner un nouveau sacre continental neuf ans après le titre de 2013, pour toute une génération, c'est bien plus que ça. Un France-Espagne reste un match à part.
Certes, il n’y aura pas Tony Parker ni les frères Gasol. Certes, il n’y aura pas Nicolas Batum pour taper du poing… sur la table. Mais l'âme des anciens pèse toujours sur l'aura de ce duel, classique européen par excellence. "Dimanche, ça va être la guerre", s’est empressé de tweeter vendredi l’ancien pilier de la défense tricolore, Florent Pietrus. Message assorti du mot-dièse #BeatSpain qui a rassemblé une pléiade de supporters français, au gré des nombreux affrontements entre les deux nations. Le dernier duel majeur, concernant les sélections masculines, remonte à une fessée administrée par les Ibères, lors des Jeux Olympiques 2016.
Fournier, chef de file vers un Traité de paix
Mais de l'effectif français actuel, seuls Thomas Heurtel et Rudy Gobert étaient présents lors de cette déculottée. Le groupe de Vincent Collet avance désormais avec une double identité difficile à cerner, prise entre l'absence de rivalité sans match référence face à la Roja depuis six ans, et le martèlement d'une haine vouée aux Espagnols par la génération Parker-Diaw. Au risque de décevoir les plus farouches supporters d'une guerre à mener contre la sélection hispanique, le capitaine de cette équipe tricolore "new look" Evan Fournier a fait un pas vers une forme de traité de paix entre les deux pays avant la finale.
"La rivalité avec l'Espagne concerne davantage les anciens, a tempéré l'arrière tricolore en conférence de presse. Vendredi soir, Boris (Diaw), on aurait dit qu'il était redevenu joueur. Il voulait mettre son short, ses chaussures et mettre des bras (dans le visage, ndlr). La rivalité est très marquée chez eux, nous les joueurs beaucoup moins. On est au courant de l'historique mais je n'ai pas de haine contre eux dans mon coeur."
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Evan Fournier avec Vincent Collet en équipe de France
Crédit: Getty Images
Et si Fournier connaît le passif des deux sélections, un homme se détachera probablement encore plus facilement du vécu commun franco-ibérique. Lorenzo Brown, joueur américain naturalisé dans l’optique de disputer cet Euro avec l’Espagne, a brillé sur le parquet en demi-finale face à l’Allemagne (29 points, 6 passes décisives). Puis il a fait preuve de transparence en conférence de presse, avouant ignorer la portée de la joute à venir. "Je ferai mes recherches en rentrant à l’hôtel", a-t-il tout juste promis.
La promesse d'un combat au sens propre entre Bleus et Rouges comme certains fans tricolores l'espèrent serait-elle donc une simple chimère ? Pas sûr, car malgré six ans sans confrontation directe, le staff des Bleus est encore très imprégné de cette rivalité, de son entraîneur Vincent Collet à son manager général Boris Diaw, qui n'a pas pu cacher une forme de nostalgie peut-être plus au goût du jour en 2022. "C'est encore plus beau si on les bat, ça fait encore plus mal si on perd", a lâché l'ancien capitaine des Bleus pour l'AFP. L'influence de tels personnages du basket français revêt forcément un impact sur Gobert, Yabusele et consorts, de la même manière que la présence de Rudy Fernandez, le boucher de Tony Parker en 2011, personnifie la rivalité franco-espagnole côté ibérique.
Dans ce duel majeur des années 2000-2010, les Français ont plus souvent connu l'amertume que leurs rivaux, avec en point d'orgue les déceptions des JO 2012 et de l'Euro 2015, ou encore la défaite en finale continentale, en 2011. Mais ils ont su rendre les coups, en témoigne la victoire fondatrice en demi-finale de l'Euro 2013, assortie du discours mémorable de Tony Parker et suivie du sacre. Souvent dans la peau de l'outsider, la France a parfois su s'en accommoder.
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Gobert : "Des médailles d'argent, j'en ai plein, à Paris 2024, c'est l'or ou rien"
Video credit: Eurosport
La France favorite ?
Elle devrait aborder ce dernier acte dans une optique différente. Les Bleus sont vice-champions olympiques. Ils pâtissent des absences de Nando De Colo et Nicolas Batum mais ont, tout de même, entamé la compétition avec un statut de prétendant au couronnement. L'Espagne paraissait alors un cran en-dessous, en mode reconstruction, dans le lot des équipes "à ne pas négliger" eu égard à son récent passé. Elle continue de miser là-dessus.
Juancho Hernangomez, coéquipier de Rudy Gobert la saison dernière, a d'ailleurs transmis la pression au géant français : "Ils sont plus grands que nous, ils shootent mieux… on va partir à la guerre face à une meilleure équipe." Et d’ajouter : "Personne ne croyait en nous (avant l’Euro), mais on se voit comme des champions." Une posture d’"underdog" qui tend à inverser les rôles, par rapport au succès surprise des Bleus notamment.
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Hernangomez et Rudy Gobert se livreront à n'en pas douter une bataille épique dans la raquette en finale de l'Euro Basket
Crédit: Getty Images
"Les anciens et notre staff ont vécu beaucoup de moments face à l'Espagne, plutôt mauvais, et ça se ressent chez eux. Mais ce n'est pas pareil aujourd'hui. Je ne suis même pas sûr que, côté espagnol, il y ait une si grosse rivalité chez les joueurs", a tenté de calmer Fournier dans sa dernière prise de parole avant la joute finale. Réel désir d'apaisement ou naïveté trop candide, les Bleus ont cette volonté noble de ne pas rentrer dans un duel extra-sportif avec les Espagnols. Reste à savoir si cet idéal pacifiste restera indemne une fois que les hymnes auront retenti avant le coup d'envoi dimanche, à 20h30.
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"En mission" : le doc au coeur de l'épopée des Bleus aux JO de Tokyo
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