Mathématiquement, c’est encore jouable. Les Los Angeles Lakers ne sont pas complètement éliminés de la course aux playoffs. Mais ces mêmes chiffres vont diront qu’avec quatre matches (et demi) de retard sur le huitième de la Conférence Ouest, et à peine plus d’une quinzaine de rencontres à jouer, les chances pour les Californiens d’y participer sont quasiment nulles (la probabilité est estimée à 0,9% selon un index ESPN). Et puis oublions les statistiques et les probabilités.
Concentrons-nous sur ce qui est plus concret tout en étant paradoxalement plus abstrait et moins quantifiable, à savoir l’impression visuelle dégagée par une équipe en perdition sur le terrain. Ce week-end, les Lakers ont perdu contre les faibles Phoenix Suns, une formation bonne dernière à l’Ouest qui n’avait gagné que douze de ses soixante-trois matches précédents. C’est déjà la troisième défaite contre une franchise qui n’a rien d’autre à jouer qu’un bon choix de draft depuis la reprise après le break du All-Star Game. Intolérable.
Inadmissible et même impensable pour un groupe censé évoluer dans l’urgence, avec un enjeu fort et important au bout. C’est comme si les Angelenos avaient déjà abandonné avant la fin du combat. Un peu à l’image d’un LeBron James qui a quitté le parquet pour rejoindre les vestiaires dix secondes avant la sirène finale d’un nouveau revers, cette fois-ci contre les Bucks. Le capitaine désigné qui laisse le navire et ses coéquipiers dans la galère...
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LeBron James (Los Angeles Lakers)

Crédit: Getty Images

Une équipe qui a déjà abandonné

Celui qui était amené à devenir le guide de cette jeune équipe – un rôle qu’il s’est lui-même attribué – s’est finalement isolé de ses compagnons au cours des dernières semaines. Quant au coach Luke Walton, ça fait bien longtemps maintenant qu’il l'a délaissé, avec notamment son entourage qui ferait pression auprès des dirigeants pour couper la tête de l’entraîneur. Peut-être que le King n’a pas lui-même demandé le licenciement de Walton mais comment croire qu’il n’est pas lié, au moins indirectement, quand les trois remplaçants évoqués – Jason Kidd, Tyronn Lue et Mark Jackson – sont trois de ses proches ?
Voilà donc un coach qui sent qu’il sera prochainement sacrifié, et qui a du même coup perdu une forme de contrôle sur son effectif. Un effectif justement dans l’incertitude avec la moitié des joueurs libres cet été et l’autre moitié susceptible de servir de monnaie d’échange dans le cadre d’un transfert massif. Un naufrage collectif complet, du management au terrain en passant par le staff, peut-être la seule chose qu’ils auront réussi à faire tous ensemble cette saison.
James savait qu’il devrait faire preuve de patience en quittant une équipe établie et expérimentée comme les Cleveland Cavaliers pour rejoindre un projet plus glorieux, certes, une organisation mythique, mais en reconstruction. En revanche, il ne s’attendait sans doute pas à un tel échec. Parce que oui, on peut déjà parler de pari raté. D’une première saison gâchée sur les quatre du contrat signé par le natif d’Akron. C’est d’ailleurs en partie parce qu’il – et ses dirigeants – a (ont) manqué de cette fameuse patience annoncée que la saison des Lakers est partie en vrille.
En juillet, le quadruple MVP assurait à ses dirigeants qu’il n’était pas pressé de jouer avec une autre superstar, ce qui était pourtant une tradition depuis son départ pour le Miami Heat en 2010. Il était prêt à attendre un an. Mais comme l’avait souligné à raison Brian Windhorst, un journaliste qui le suit depuis ses débuts, les belles promesses estivales de LeBron prennent fréquemment du plomb dans l’aile quand le joueur est confronté à la réalité du terrain quelques mois plus tard.

LeBron James et Luke Walton (Los Angeles Lakers)

Crédit: Getty Images

Le forcing pour Anthony Davis, un coup de poker fatal

C’est donc soudainement, au beau milieu de la saison, que les Lakers ont jeté leur dévolu sur Anthony Davis après la demande de transfert – encore plus brutale – du bonhomme. Peut-être que les dirigeants ont senti que la plupart des All-Stars libres l’été prochain (Kawhi Leonard, Kevin Durant, Kyrie Irving, Klay Thompson, Jimmy Butler, Kemba Walker...) ne seraient pas nécessairement tentés à l’idée de jouer avec le King à Los Angeles. Ou peut-être ont-ils eu peur du package que pouvaient proposer les Celtics pour Davis… seulement à partir de juillet. Alors ils ont précipité les choses. Tout a été forcé. De la requête de l’intérieur auprès des Pelicans, avec pour objectif d’aller jouer aux Lakers, aux négociations d’un échange qui avait finalement très peu de chances d’aboutir.
L’implication, même indirecte encore une fois, de James semble évidente. Comment penser le contraire ? Davis est représenté (depuis l’été 2018) par Rich Paul, qui n’est pas seulement l’agent de LeBron mais aussi l’un de ses meilleurs amis. Il intervient dans chaque décision qui concerne la carrière, et même la vie, de la superstar. Histoire de pimenter l’affaire, James avait déclaré qu’il aimerait bien jouer avec l’intérieur de New Orleans quelques semaines avant que ce dernier aille au clash avec ses dirigeants. Un pari raté – à l’image de la saison des Lakers donc – pour la communauté Klutch Sports (le nom de l’agence de Rich Paul), dont les deux basketteurs font partie.
Tout a changé pour la franchise californienne à partir du moment où James s’est blessé à l’aine. Les Angelenos étaient alors quatrièmes à l’Ouest, avec un bilan évidemment positif, et ils montaient clairement en puissance. Mais les défaites se sont enchaînés en l’absence de leur meilleur joueur. Ce dernier, inquiet ou impatient, voire les deux, a alors peut-être milité auprès de ses dirigeants pour du changement au sein de l’effectif. Comment ses coéquipiers pouvaient-ils le regarder par la suite ? Les rumeurs et l’attention médiatique permanente autour de cette affaire, ce transfert manqué, a complètement déstabilisé le groupe. Elle ne s’est pas matérialisée par une dispute publique mais il semble évident qu’il y a eu une cassure à ce moment-là.

Anthony Davis

Crédit: Getty Images

LeBron, faux leader qui s’est lui-même isolé

Une déconnexion entre le général et ses soldats. Le leadership de LeBron a d’ailleurs vraiment montré ses limites cette saison. Il a pris plusieurs fois la parole pour critiquer ses camarades après des défaites alors qu’il défend de moins en moins – pour ne pas dire plus du tout – chaque saison depuis au moins trois ans. Même après avoir juré avoir "activé le mode playoffs", ce fameux état d’esprit où il renverse tout sur son passage. Il a beau fanfaronné en défiant les équipes adverses de le cibler en défense, c’est déjà ce qu’elles font toutes. Soir après soir. Et sans avoir peur en plus. Il n’a pas eu l’attitude d’un vrai patron cette saison. Même sur le terrain, il ne montre plus autant l’exemple. Illustration avec cette remise en jeu ce week-end, quand un James dépité, au langage corporel frappant, balançait la balle sur l’arrière du panneau plutôt que de faire une passe normale et perdait du même coup le ballon bêtement alors que les Lakers jouaient un match très important.
Et que dire aussi de tous ses posts Instagram – vus par ses jeunes coéquipiers très actifs sur les réseaux sociaux – où il louait ses records historiques juste après des défaites collectives ! Quel est le message envoyé ? Faux sur toute la ligne. Mais il n’est évidemment pas le seul responsable. Ce pari raté, c’est aussi celui de Magic Johnson (le président) et Rob Pelinka (le GM). Ils ont mal joué le jeu de poker nécessaire pour réussir un deal de cette envergure quand Anthony Davis s’est retrouvé sur le marché. Leur inexpérience à ce niveau – après tout, ils ne sont en poste que depuis deux ans même s’ils ont évidemment fréquenté le milieu du basket depuis des années maintenant – s’est fait sentir pour la première fois. Ils ont forcé la main plutôt que de bluffer. Et ils se sont retrouvés humiliés en proposant la moitié de leur effectif, façon de parler, et des choix de draft sans même forcément attiré l’attention des Pelicans. Ils étaient désespérés, et ça se sentait. Les Pelicans n’avaient donc absolument aucune raison de penser que l’offre que feront les Lakers en juillet sera moins intéressante.

Grand chambardement à venir à Los Angeles

Il y a aussi eu de très mauvais choix dès la dernière intersaison. Magic et Pelinka voulaient éviter de reproduire les mêmes erreurs que les Cavaliers. Ils voulaient entourer James de playmakers pour éviter que le King se fatigue – en lui laissant un rôle de finisseur. Sauf que d’une, ce dernier a finalement cassé tous les plans de sa franchise en prenant le jeu à son compte après le début de saison raté des Lakers. De deux, le casting était critiquable. Ce sont les vétérans les vrais points faibles de cette équipe. Les Rajon Rondo, Lance Stephenson et compagnie. Des joueurs choisis par les dirigeants (et validés par James). La blessure de Lonzo Ball - dont l’impact est réellement sous-estimé par une partie du public qui continue de le voir comme le "fils de" l’exacerbant LaVar Ball - a aussi enfoncé L.A.
Les regards sont maintenant déjà tournés vers une intersaison 2019 qui s’annonce explosive et… déjà décisive. Il faut une remise en question à tous les niveaux. Et même pour LeBron James. Il n’est plus le meilleur joueur du monde (même s’il est clair qu’il n’est pas à 100% actuellement). Il prend de l’âge, 34 ans depuis décembre. Mais c’est surtout sa mentalité qu’il doit faire évoluer, même si cela paraît peu probable à ce stade de sa carrière. Sa première saison au Heat, en 2010-2011, s’était aussi soldée par un échec : une finale perdue contre les Mavericks avec un LeBron catastrophique dans les moments importants. Il en était revenu beaucoup plus fort. Mais il avait aussi huit ans de moins ! Et il était soutenu par un Dwyane Wade et un Chris Bosh à l’époque.
Les Californiens vont donc désespérément – encore une fois – lui chercher du soutien pendant l’été. Voilà qui promet un grand chamboulement. Cette équipe sera sans doute complètement différente la saison prochaine. Nouveau coach, nouveaux coéquipiers. Avec ou sans Anthony Davis. Parce que mine de rien, les Lakers ne peuvent déjà plus se permettre de se louper à nouveau. Le temps presse.

Kyle Kuzma, Lebron James et Lonzo Ball

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