NBA : Supprimez le play-in tournament ou n’y touchez plus

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NBA - C’est une anomalie. Les Pelicans ont achevé la saison régulière avec un bilan bien en deçà de l’équilibre : 36 succès, 46 revers. Ils sont pourtant toujours en lice pour décrocher le titre. Dimanche, ils ont ainsi débuté les playoffs par une défaite à l’ampleur raisonnable face aux Suns. Le play-in tournament est à l’origine de cette situation. Que penser de ce récent ajout au calendrier ?

Brandon Ingram et ses Pels ont rugi de plaisir lors du play-in tournament : direction les playoffs !

Crédit: Getty Images

36 victoires, 46 défaites. C’est le bilan au mieux moyen, au pire médiocre, affiché par les New Orleans Pelicans à l’issue de la saison régulière 2021-2022. Pourtant, ils participent aux playoffs NBA. Il faut remonter à 2004 pour trouver trace d’une équipe - celle des Celtics - présente à la table des chefs malgré un si faible taux de succès (43,9%). Pour leur entrée en lice dimanche à Phoenix, Brandon Ingram and co. n’ont pas été ridicules, mais ils n’ont pas non plus fait de miracle, s’inclinant 110-99.
Neuvièmes de la Conférence Ouest après les 82 rounds au menu, les Pels ont arraché le huitième spot lors du play-in tournament. Ils doivent leur place en postseason à deux victoires, face aux Spurs puis à des Clippers frappés par un coup du sort et éjectés malgré un bilan bien meilleur (42V-40D). Ils ne l’ont volée à personne. Mais ils cristallisent le débat que peut susciter ce fameux "play-in". Une sorte de phase de barrage introduite il y a deux ans, dans un contexte particulier, via un format différent, et avec un argument sportif (alors) difficilement réfutable.

Le prétexte du Covid

Juillet 2020. Suspendue en raison du Covid-19, la NBA reprend dans une bulle à Orlando. Espérer atteindre les 82 matches par franchise est illusoire, en termes de calendrier comme de logistique. Ainsi, ceux qui vont échouer aux portes du "Top 8" pourraient se sentir lésés par cet exercice tronqué. D’où la mise en place d’un play-in tournament, susceptible de concerner deux équipes par conférence : pour pouvoir défier le huitième, le neuvième ne doit pas excéder les quatre victoires de retard.
Le concept avait déjà été envisagé en 2019. Il s’impose cette fois naturellement. Pour compenser une relative injustice, donc. Mais personne n’est dupe. La NBA n’est pas mécontente d’avoir ainsi dû s’adapter : son play-in est entré dans les mœurs. Dès la saison suivante, il prend une place plus importante, en concernant quatre larrons à l’Est comme à l’Ouest : du septième au dixième, et ce sans prise en compte de l’écart en nombre de succès.
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Trae Young, brillant avec les Hawks lors du play-in cette année

Crédit: Getty Images

Déjà des moments (plus ou moins) marquants

La pilule passe moyennement chez LeBron James, par exemple. "Celui qui a eu l’idée de cette merde doit être viré", tonne le King en mai 2021, avant de briller lors du play-in face aux Warriors, tir décisif et déclaration originale à la clef : "Je voyais trois arceaux… j’ai donc visé celui du milieu". Un an plus tard, il n’a même pas eu l’opportunité d’y participer, onzième de l’Ouest avec ses Lakers. D’autres se sont chargés de rendre spectaculaire ce sas entre la régulière et les playoffs.
L’édition 2021 a aussi été le prélude de la montée en puissance de Ja Morant. L’édition 2022 a vu Trae Young faire des merveilles. Dans un autre style, Patrick Beverley et les Timberwolves ont célébré leur qualification en PO comme un titre de champion, faisant le bonheur de la (taquine) toile. Le discours inspirant de Willie Green, qui a remis les Pelicans sur les rails, a aussi marqué les esprits. Le si jeune play-in a déjà accouché de grosses performances et de "séquences émotion", en deux opus et demi.
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La joie intense de Patrick Beverley et Anthony Edwards, après la qualification des Timberwolves pour les playoffs, lors du play-in tournament - 12/04/2022

Crédit: Getty Images

Cependant, de telles grandes partitions et scènes mémorables peuvent avoir lieu indépendamment de ce drôle de tournoi, qui garantit les très recherchés "win or go home". Mais ce qui est rare est précieux et la saveur d’un "game 7" tient en partie dans son caractère potentiel. La NBA n’a pas besoin de gonfler artificiellement l’intérêt de sa fin de saison régulière au mépris d’une prime à la régularité qui est cohérente et en vigueur depuis des décennies.

Faux antidote au tanking

"Nous constatons un impact important, essentiellement sur le dernier mois de la saison, a récemment défendu le commissioner Adam Silver. Des équipes se battent pour intégrer le play-in, d’autres se bousculent pour l’éviter." L’éviter par le haut ? Ou par le bas. On pourrait ainsi lui rétorquer que les Blazers ont pris soin de perdre leurs onze dernières rencontres de l’exercice, alors qu’ils étaient aux portes de la zone 7-10, afin de s’en éloigner méthodiquement.
Jouer sur les probabilités d’obtenir tel ou tel pick à la draft, en fonction du classement de la saison régulière, est certainement l’unique moyen de limiter le tanking. La NBA l’a fait efficacement en 2019, année depuis laquelle avoir le plus mauvais bilan n’est plus si avantageux. Le play-in, en revanche, ne peut agir que de manière marginale sur cette tendance à la défaite voulue, conséquence d’un mécanisme d’autorégulation inhérent au concept de ligue fermée.

Le doigt dans l’engrenage

Toujours est-il que la NBA semble bien décidée à ne pas lâcher son nouveau format - dont les contours pour 2023 n’ont pas été officialisés -, et ce malgré une incongruité. Dans un microcosme où les statistiques individuelles sont un sacro-saint facteur à l’heure d’évaluer la grandeur d’un joueur, les points inscrits en "play-in" n’appartiennent ni à l’univers de la saison régulière ni à celui des playoffs. Ce qui sera possiblement corrigé au gré de la pérennité de cette phase de barrages.
La prochaine étape pourrait être son extension (outre la création d’un tournoi en cours de saison, qui est encore une autre affaire). De moins en moins de formations assurées de jouer les playoffs à l’issue de la régulière, de plus en plus d’équipes qui conservent l’espoir d’y prendre part, cela vous dit ? J’espère que cet excès souffrirait d’un manque d’adhésion. Existe aussi l’hypothèse d’une certaine modération, visant à réduire le risque de laisser traîner un carton d’invitation chez quelqu’un qui n’a pas fait grand-chose pour en posséder un. Via un écart maximum, façon 2020.
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Brandon Williams et Keon Johnson, lors d'une défaite de 31 points face au Jazz : gagner ne semblait pas être la priorité des Blazers, en fin de saison

Crédit: Getty Images

Restons-en là

Le retour dans l’équation d’une telle notion serait pour moi une mauvaise option. Cela reviendrait à dire qu’à condition d’avoir remporté seulement trois rencontres de moins qu’un adversaire, par exemple, on obtient le droit de l’affronter, en tant que formation d’un calibre similaire… alors qu’avec quatre succès de moins que lui, on ne mérite que de prendre la route des vacances. Tout cela autour d’un nombre de victoires fixé arbitrairement. Pourquoi trois ? Pourquoi pas deux, ou quatre ?
A mon avis, il faut aller au bout du procédé. Si le "play-in entertain(tourna)ment" donne satisfaction à la Grande Ligue, que ce soit pour des raisons pécuniaires directes, de spectacle et de dramaturgie proposés, ou de quête de nouveauté assumée : OK. Mais autant ne pas faire les choses à moitié, ne pas chercher à refaire un pas en direction d’une logique sportive bafouée. Un pansement sur une jambe de bois n'en fait pas une prothèse haut de gamme. Mon vœu, sans doute pieux, est la disparition du play-in. Mon souhait, probablement plus raisonnable, est son maintien en l’état.
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LeBron James

Crédit: Getty Images

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