"Si je me retrouve avec Sagan dans le final, je ne le relaierai pas. Pas lui." Fabian Cancellara avait annoncé la couleur avant Milan-San Remo 2013. Résultat : il se retrouve bel et bien avec Peter Sagan dans le final d’une Classicissima disputée dans des conditions dantesques et rabotée d’une cinquantaine de bornes. Le Slovaque s’accommode du manque de collaboration de "Cance", au point de se trouver dans une position quasiment idéale : il est l’homme à battre du sprint à six qui se dessine. Et l'homme à battre est battu.
Gerald Ciolek décroche la plus grande victoire de sa carrière. Cancellara termine 3e. Il n’a pas gagné, mais au moins, Sagan non plus. "Nous avions commis l’erreur de trop nous concentrer l’un sur l’autre", analysera plus tard le cadet des deux favoris.
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05/05/2020 À 21:36

Milan - San Remo 2013 : Peter Sagan (à gauche) regarde Fabian Cancellara (à droite), incrédule... Gerald Ciolek (au milieu) leur a bel et bien grillé la politesse !

Crédit: Getty Images

Pour comprendre la défiance de "Spartacus" vis-à-vis de son jeune rival, il faut remonter au 1er juillet 2012. Peter Sagan, 22 ans, signe une entrée fracassante dans la plus grande course du monde. Dans le final de la première étape en ligne du Tour, il a parfaitement manœuvré. Trop bien, presque. A 1 500 mètres de la ligne, il a répondu à l’attaque d’un Cancellara au-dessus du lot la veille lors du prologue, et encore très fort dans la bosse d’arrivée. Voilà "Peto" sur le porte-bagage de la machine helvète, qui l’exhorte à prendre un relais, pendant qu'Edvald Boasson Hagen, parti à contre-temps, grille ses cartouches pour recoller.
Rien n’y fait, Sagan ne bouge pas d’une oreille. Il est dans une position idéale. Entre deux coureurs qui s’époumonent. Le Suisse ralentit, le Norvégien opère la jonction. "Juste au moment où j’ai cru perdre mes nerfs et attaquer, Cancellara a heureusement lancé le sprint", se remémore le champion de Slovaquie. C’est une partie de plaisir pour le moins émoussé du trio. L’impétueux Sagan a frappé. "Cance" a noté.
Il estimait que j’avais profité de son travail pour lui chiper la victoire… ce qui était vrai
Peter Sagan reviendra dans son autobiographie, Mon monde (Talent Sport, 2019) sur le ressentiment que ce succès a suscité chez son dauphin du jour : "Cancellara m’en a voulu. D’abord parce qu’il estimait que j’avais profité de son travail pour lui chiper la victoire… ce qui était vrai." Bien content de ne pas (encore) être celui sur qui tous les projecteurs sont braqués. "Il était une superstar et moi, un débutant", argumente-t-il.
Selon Jacky Durand, "n'importe quel jeune coureur qui fait son premier Tour aurait été content de faire deuxième derrière Cancellara." Mais Peter Sagan n'est pas n'importe qui. "Quand un néo-pro (ce qui n'était pas le cas de Sagan, ndlr) est échappé avec un ancien, il doit rouler avec lui (...) Il a changé la philosophie de ce sport", ajoute notre consultant. Et pas seulement par sa façon de courir.
"(Il y a) aussi cette célébration, qui l'a vraiment énervé (Cancellara). Il l’a prise comme un affront personnel et un manque de respect", commente Sagan. Un drôle de geste en référence à "une virée en boîte de nuit à Zilina", comme il l’expliquera dans son ouvrage : "Avec tous mes potes, nous avions fait la danse du poulet, coudes et genoux écartés, pour je ne sais quelle raison – et cette raison était probablement la bière." Chose promise, chose due : il leur a dédicacé son premier succès sur le Tour.

Peter Sagan décroche son premier succès sur le Tour en 2012, devant Fabian Cancellara, célébration (alors) énigmatique à la clef

Crédit: AFP

Tourminator est né

Sagan ne paiera pas le tribut de son insolence sur ce Tour de France. Il ajoutera une deuxième victoire à sa collection, dans un sprint en côte où il aura eu affaire aux mêmes adversaires (EBH 2e, "Spartacus" 4e). Puis une troisième, cette fois dans un registre plus "pur sprinteur" devant Andre Greipel et Matthew Goss. De quoi légitimer, au moins en partie, son irrévérence, comme nous l’explique David Moncoutié, qui participait à l’épreuve : "Il n’était pas forcément dans les codes que l’on avait vus jusqu’à présent (mais) il gagnait, et il y a du respect du peloton quand on tombe sur quelqu’un qui est très fort à la pédale."
Que ce soit avec ou sans l’aval de ses pairs, Sagan a fêté ces deux bouquets supplémentaires avec originalité. Toujours. L’un en mode "imitation d’un homme en train de courir", l’autre en mode Hulk. Daniel Oss nous livre les coulisses de l’une de ces mises en scène : "Le soir à table, nous lui avions dit : ‘Si tu gagnes une autre étape, tu dois faire Forrest Gump’." Défi relevé. "Au moins, Cancellara savait à présent que ma célébration ne lui était pas destinée", sourira le facétieux Sagan.
La suite ? Il devra se contenter de "places" jusqu’à Paris, mais il quittera la capitale française avec le premier de ses sept maillots verts de la Grande Boucle et un surnom, gravé sur son vélo. Tourminator est né.

Boasson Hagen, Cancellara and co. sont loin : Sagan peut imiter Tom Hanks en toute quiétude

Crédit: Getty Images

Pannes de jambes dans le Cauberg

Ce premier Tour de France, détonant autant que détonnant, arrive après une demi-saison bien pleine. Sagan a amassé les victoires : treize avant le grand rendez-vous de juillet, dont des récitals en Californie et en Suisse, où il commence à devenir le maître des lieux. Le voilà donc avec seize succès en 2012, un de plus qu’en 2011. Il progresse, indiscutablement. Mais il n’a toujours pas gagné la moindre classique. 5e du Tour des Flandres, 4e de la Primavera, 3e de l’Amstel Gold Race, 2e de Gand-Wevelgem : il commence à tourner autour. Mais il est incapable de mettre la balle au fond. C’est sur l’Amstel qu’il a semblé le plus proche du but, en tête à 50 mètres de la ligne, mais débordé par Enrico Gasparotto et Jelle Vanendert.
En fin de saison, c’est encore le Cauberg – à l’époque juge de paix de la classique néerlandaise – qui lui est fatal. Philippe Gilbert décroche le titre mondial à Valkenburg, devant Boasson Hagen et Alejandro Valverde. Sagan, 14e, a calé. Sur la course en ligne des Jeux olympiques, le Slovaque n’a même pas pesé (34e). Les grandes épreuves disputées sur un jour lui résistent encore, et il va devoir faire preuve de patience pour les conquérir.

113 victoires, une série de 8 ans et 7 maillots verts : la folie Sagan en stats

Ce n’est donc pas lors de Milan-San Remo 2013 qu’il y parvient. Six jours plus tard, Sagan est encore deuxième, à l’arrivée du GP E3. Cette fois, pas de surprise à la Ciolek : c’est bien Cancellara qui le devance, de plus d’une minute. Il reste encore une course d'un jour à "Peto" pour faire le plein de confiance avant le Tour des Flandres, sommet à venir de leur explication. Bingo : le leader de l’équipe Cannondale remporte Gand-Wevelgem en solo, alors que ses compagnons d’échappée l’imaginaient sans doute plus enclin à attendre la dernière ligne droite pour produire son effort. Il tient une première victoire de référence sur les pavés. Place au Ronde.

Plate couture et plates excuses

Le Tour des Flandres, c’est 256 kilomètres, soit 66 de plus que Gand-Wevelgem cette année-là. Sagan va comprendre qu'il ne boxe pas encore dans la même catégorie que Cancellara sur une telle distance, au moment d’enchaîner les monts plein gaz. Le duo de favoris s’extrait du peloton dans le Vieux Quaremont puis reprend Jürgen Roelandts, qui avait anticipé. Dans le Paterberg, le Belge sera le premier à craquer… mais Sagan l’imitera dans la foulée. En 14 kilomètres, il va perdre 1’27" sur Spartacus.
Mais le Slovaque serre le poing sur la ligne d’arrivée. Deuxième, il décroche à 23 ans son premier podium sur un Monument pavé. Il va y faire un geste déplacé. Alors que l’une des hôtesses de l’épreuve, Maja Leye, embrasse le vainqueur, Sagan lui touche les fesses, faisant mine de les lui pincer. Il lui présentera de plates excuses, sur les réseaux sociaux et en face à face.

Le geste déplacé de Peter Sagan, sur le podium du Tour des Flandres 2013

Crédit: Getty Images

Sagan réalise une saison 2013 teintée d’un goût d’inachevé. Mais tout de même impressionnante. Après son relatif échec flandrien, il a certes fait l’impasse sur Roubaix, mais il a ensuite activé le mode stakhanoviste. Sur le Tour, il se vêt d’un deuxième paletot vert. Il n’y décroche en revanche qu’un seul bouquet, à Albi, à l’issue d’un coup de force de sa formation. Le polyvalent slovaque termine l’année par une 6e place sur des Mondiaux taillés pour des gabarits plus petits que le sien, et enlevés par Rui Costa. Bilan : 22 succès en 91 jours de course. Doit-il pour autant s’en gargariser ? L’heure est à l’introspection.

"S’il avait attendu le sprint, il aurait gagné"

"2013 avait été ma meilleure année jusque-là, estime-t-il dans son livre, dont la date de publication originale est le 4 octobre 2018. J’étais le cycliste qui avait eu le plus de succès au sein des formations du World Tour (22 donc, devant Mark Cavendish, 19, ndlr). Mais qui peut dire qu’un coureur qui a remporté vingt-deux courses a eu plus de succès que celui qui a remporté le Tour de France et dix-sept autres courses (sic, douze autres) comme l’a fait Chris Froome cette année-là ?" C’est ainsi dans une optique plus qualitative que Sagan a abordé sa cinquième saison professionnelle. Pour un résultat en-deçà de celui escompté.
La fameuse pancarte, il l’a maintenant quasiment dès qu’il accroche un dossard. Et il peine à s’y faire, tactiquement. Son sprint perdant face à Matteo Trentin lors de la 7e étape du Tour 2014, après avoir tenté de faire la différence plus tôt dans la course, en atteste. "Cette étape symbolise bien Saganet le défaut qu’il avait alors particulièrement, d’après notre consultant Nicolas Fritsch. Il sort dans la bosse, il fait un festival… il se fait rattraper et battre de trois fois rien. S’il avait attendu le sprint, il aurait gagné."

Tombé trois jours plus tôt, Peter Sagan s'incline d'un cheveu face à Matteo Trentin, à l'arrivée de la 7e étape du Tour de France 2014

Crédit: Getty Images

La problématique de gestion du rôle de favori atteint son paroxysme. "J’étais assez réaliste pour comprendre que, jusque-là, ma trajectoire vers les sommets avait été telle qu’il me faudrait adapter ma stratégie à cause de mon nouveau statut, raconte Sagan. J’étais à présent marqué de près sur chaque course. Nul doute que cela risquait de réduire quelque peu mon nombre de victoires. J’ai décidé de me concentrer de plus en plus sur les grandes courses, comme les Flandres et Roubaix."

"Ce n’était pas du surplace que je faisais, c’était de la merde"

Gagner moins pour gagner mieux, OK, mais dans certaines proportions. "Je pouvais accepter de faire un peu de surplace une saison si c’était le prix à payer pour gagner davantage par la suite. Mais ce n’était pas du surplace que je faisais. C’était de la merde. J’étais nul à pleurer." Il reste tout de même trop fort pour que la vue d’ensemble de sa saison 2014 soit indigente.
Il s’adjuge notamment sept courses, dont le GP E3, et ajoute un troisième maillot vert du Tour à sa collection. Mais il n’a pas trouvé la faille sur la Grande Boucle, et ce alors qu’il a terminé dans le Top 5 des sept premières étapes. "Aucune célébration loufoque… pas même une célébration, tout court." 16e du Ronde (gagné par… Cancellara), 6e à Roubaix, 43e des Mondiaux. Il se déçoit.

Tour de France 2014 - Peter Sagan, un maillot vert qui fait chou blanc en termes d'étape

Crédit: Getty Images

La rencontre, au printemps 2012, de celle qui deviendra sa femme trois ans et demi plus tard (et dont il a annoncé s’être séparé en 2018) avait donné du piment à son existence. Un épanouissement qui avait contribué à sa belle cuvée 2013 : "C’était génial, avec Katarina à mes côtés, je voyais la vie sous un jour nouveau. Je me sentais plus fort." Mais Sagan était de plus en plus contrarié par le manque de temps qu’il avait à consacrer à cette idylle. Un désagrément lié à sa baisse de régime, dans un rapport de réciprocité aux airs de cercle vicieux.

2015 : Tinkoff-Saxo ou le grand saut dans l’inconnu

Motivation en berne, Peter Sagan a besoin d’un nouvel environnement : "Il était temps de changer quelque chose. Ou alors de rentrer à la maison à Zilina et raccrocher mon vélo." Il va être servi. Actée à l’été 2014, son arrivée au sein de l’équipe Tinkoff-Saxo du milliardaire Oleg Tinkov, à partir de la saison 2015, va bouleverser ses repères. Il y rejoint Alberto Contador, qui a l’ambition de renouer avec le maillot jaune du Tour de France. Mais avant même de se pencher sur leur cohabitation sur les routes de la Grande Boucle, Sagan ambitionne de briller au printemps.
Pour cela, il est coaché par Bobby Julich. Et c’est peu dire que la mayonnaise ne prend pas. Le suivi ultra-poussé que préconise le 3e du Tour de France 1998 ne convient pas à Sagan, qui évoquera en 2018 "une méthode de travail intrusive." Avec des exemples dans un langage fleuri et sans doute extrapolés : "Quelle était l’odeur de ta pisse, Peter, aujourd’hui ? Peux-tu me dire combien tu as de poil sur ton gros orteil, Peter?"
Pour ne rien arranger, Bjarne Riis, directeur sportif "qui était à l’origine du premier transfert de (la) carrière" de Sagan, est écarté juste avant Milan-San Remo. "Génial, le mec qui m’avait fait venir venait de prendre la porte", déplorera trois ans plus tard le Slovaque. Sa campagne de classiques n’est pas ridicule : 4e de la Primavera et du Ronde, notamment. Mais elle s’achève par une 23e place significative sur l’Enfer du Nord. Peter Sagan vit l’enfer des données en tout genre qui lui sont demandées : "Bobby était obsédé par mes chiffres. J’étais épuisé (…) assassiné par des chiffres."

Peter Sagan lors de Paris-Roubaix 2015

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Plaisir et réussite retrouvés en Californie

Selon Sagan, sa campagne "flandrienne" 2015 fut "un désastre" : "Plus de secondes ou de troisièmes places, plus de victoires qui m’échappaient de justesse." Il apprendra plus tard que c’était en partie dû à un virus. Mais il attribue cela, au moins autant, à sa mauvaise relation avec Julich. Celle-ci atteint un point de non-retour quand des bruits de couloirs prêtent à l’Américain un avis péremptoire sur son poulain, qui serait "cramé". Réaction de l’intéressé, selon ses dires dans son livre : "Si vous le dites ! Allez vous faire foutre ! J’arrête !"
Le juteux contrat de trois ans signé par la star slovaque étant en jeu, son équipe, "la Team Peter", trouve une solution. Sagan ne claque pas la porte, mais il change de coach, au sein même de la structure Tinkoff-Saxo. Patxi Vila prend le relais. "Je l’aimais bien, il n’était pas constamment sur mon dos", confiera un "Peto" conquis et pour qui il n’est plus question de tirer sur la corde. "Ma position naturelle sur le vélo est un peu tordue.Cette période de surentraînement avait provoqué des raideurs au niveau de ma hanche droite – que je dois toujours surveiller – et de mes lombaires", déplorera-t-il en 2018.
La remise en route de la machine Sagan s’opère lors du Tour de Californie 2015. Le trublion slovaque retrouve son allant. Il se bat avec Cavendish sur les arrivées massives. Mais aussi dans la montagne avec Julian Alaphilippe, autre as de la polyvalence. Il gagne même un chrono, collant 15 secondes au spécialiste Jos van Emden : "Dans mon nouveau mode je-me-fous-de-tout, j’ai survolé les 10 kilomètres."

Peter Sagan et Julian Alaphilippe se sont livré un duel épique sur le Tour de Californie 2015

Crédit: Getty Images

La victoire finale va se jouer entre Alaphilippe et Sagan. Ce dernier a besoin de monter sur le podium de la dernière étape – sans que son adversaire Français ne le fasse – pour être sacré. Résultat ? Cavendish, coéquipier du puncheur tricolore, empoche l’ultime bouquet… mais Sagan prend la troisième place, à la photo-finish, devant Tyler Farrar. Il glane ce qui reste la dernière course par étapes inscrite à son palmarès, à l’issue d’un épilogue qui rappelle son précédent succès en la matière, sur le Tour de Pologne.
Je ne t’ai pas fait signer parce que je voulais ce put*** de maillot du classement par points de ce put*** de Tour de Suisse
Sagan enchaîne avec, tradition oblige, un super Tour de Suisse (deux étapes assorties d’un cinquième classement par points de suite sur l’épreuve helvète). Il prépare le Tour de France et négocie un rôle d’électron libre. Il donnera un coup de main à Contador sur l’étape des pavés, et ailleurs si cela semble nécessaire, mais il ne va pas sacrifier ses chances de quatrième maillot vert pour autant : "Si nous n’étions pas capables de gagner le Tour avec sept porteurs d’eau très bien payés, nous avions peu de chance d’y arriver à huit."
A trois jours du départ, il reçoit un coup de téléphone de Tinkov. Sagan relate son propos dans son autobiographie : "Peter, il faut que l’on discute de ton contrat." Et il n’est pas question de revalorisation. "Je t’ai pris dans l’équipe pour remporter quelques classiques (…) j’ai besoin de victoires sur les Monuments. C’est pour ça que je te paie, tonne l’oligarque russe. Je ne t’ai pas fait signer parce que je voulais ce put*** de maillot du classement par points de ce put*** de Tour de Suisse." Et de conclure : "Tu me dois tes salaires de mars et avril."

Oleg Tinkov et Peter Sagan, avant Tirreno-Adriatico 2015

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Un Tour d'Espagne (en partie) rassurant

Peter Sagan laissera passer l’orage, après avoir jeté un coup d’œil à son contrat, s’assurant qu’aucune clause ne lui avait échappé. Le jour de la première étape du Tour, un contre-la-montre par équipes à Utrecht, Tinkov le recontactera. Cette fois, plus question d’argent. Juste un drôle de conseil : "Oublie-moi toutes ces conneries de consignes d’équipe. Envoie-les chier. Va me chercher ce maillot vert." Il ira la chercher, cette fameuse tunique verte, tout en donnant quelques coups de main à Contador (finalement 5e du général). Mais en poussant à son paroxysme sa nouvelle réputation de merveilleux perdant : dix Top 5, aucun gain d’étape. Il est "fanny" sur le Tour pour la deuxième année de suite.
Il va bien gagner une étape sur la Vuelta, pour se rassurer, signant son neuvième succès de l’année avant de quitter la course sur une chute, suivie d’une grosse colère contre le motard qu’il en jugeait responsable. Mais au départ de la course en ligne des Mondiaux de Richmond, il ne s’avancera pas fort de résultats qui inspirent une confiance absolue en sa capacité de triompher. Peter Sagan a 25 ans. Il a encore du temps devant lui. Mais cela fait, déjà, pratiquement six saisons que l’on voit en lui un potentiel vainqueur d’une grande course d’un jour. L’attente touche à sa fin.

Peter Sagan, lauréat d'une étape sur la Vuelta en 2015

Crédit: AFP

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