Cyclisme - "Ça va complètement fausser la course" : La nouvelle règle des oreillettes et ses limites

Depuis le début du mois d'août, l'UCI a lancé la phase de test de plusieurs nouvelles réglementations en vue d'une possible adoption définitive dans les prochains mois. Parmi elles : la limitation à seulement deux porteurs d'oreillettes par équipe, au lieu de tous les coureurs comme c'est actuellement le cas. Une nouvelle règle qui pourrait améliorer le spectacle, mais aussi frustrer les équipes.

Omar Fraile avec le brassard de capitaine signalant les porteurs d'oreillettes sur le Tour de Burgos, le 9 août 2024

Crédit: Getty Images

Ils ne sont pas passés inaperçus sur le Tour de Burgos. Cette semaine, les captures d'écran de coureurs portant des brassards jaunes de capitaines sur la course à étapes espagnoles ont fleuri sur les réseaux sociaux et étonné les internautes. Un signe permettant de distinguer les deux porteurs d'oreillettes de chaque équipe, comme le demande la nouvelle règle expérimentée par l'UCI.
Présentée mi-juin, simultanément aux tests de cartons jaunes, et d'une modification de la règle des trois kilomètres pour la faire passer à cinq kilomètres, la mesure est censée apporter plus de sécurités aux coureurs. Jacky Durand, notre consultant cyclisme, valide sur le principe. : "Techniquement parlant, c'est mieux. C'est comme en voiture, si on est au téléphone on est moins vigilants. Après, ça va complètement fausser la course", tempère-t-il.
Enlever les oreillettes à la plupart des coureurs, cela signifie donc également les priver d'informations sur les échappées, l'avancée de l'étape, ou encore la stratégie de course de l'équipe. A moins de s'enquérir auprès d'un des deux porteurs, mais il faudrait pour ça être dans le même groupe qu'eux. Des conditions de course qui ne sont cependant pas totalement étrangères au peloton, puisque les championnats nationaux et internationaux se courent déjà sans aucune oreillette.
"En tant que spectateur, on a tous envie de voir les coureurs sans oreillettes, poursuit Jacky Durand. On le voit sur les quelques courses qui sont faites sans : ce sont souvent de belles courses. Avec parfois des quiproquos, des mésententes parce que les coureurs ne sont pas tout de suite au courant de qui est dans l'échappée. Il y aura forcément un moment ou un autre où, pour le spectacle, on va être servis."
Cela a récemment été le cas sur les Jeux Olympiques de Paris, où l'absence d'informations glissées directement dans l'oreille de Remco Evenepoel a offert un moment mémorable. Alors qu’il avait crevé à 4km de l'arrivée, le Belge ignorait qu'il avait plus d'une minute d'avance sur Valentin Madouas, son plus proche poursuivant, et a commencé à paniquer au bord de la route en attendant son changement de vélo.
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La crevaison qui a failli priver Evenepoel de la médaille d'or

Video credit: Eurosport

Mais elle a aussi offert son lot de quiproquos. Comme lorsque le groupe mené par le Français Christophe Laporte a à peine disputé le sprint sur la ligne d'arrivée alors qu'une médaille de bronze était en jeu. Aucun des membres de l'échappée ne semblaient au courant, et le coureur de la Visma|Lease a Bike lui-même a dû attendre quelques minutes avant de savoir qu'il était médaillé olympique.

Pas de restrictions sur la Vuelta

Jacky Durand comprendrait donc une levée de bouclier des équipes : "Stratégiquement, pour les équipes, je peux imaginer que beaucoup seront contre. Si c'est ainsi, il faudra donc faire le bon choix de coureur à équiper de l'oreillette." L'UCI promet ainsi que "les réactions de toutes les parties prenantes seront recueillies afin d'étudier les effets de la restriction."
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Sepp Kuss, vainqueur du Tour de Burgos 2024 couru avec des restrictions sur les oreillettes, le 9 août 2024

Crédit: Getty Images

Et un autre des acteurs du cyclisme pourrait s'y opposer : "Imaginez un sponsor qui donne 40 millions d'euros, poursuit notre consultant. Sur un Tour de France, un leader crève et son équipier ne peut pas être averti donc ne peut pas l'attendre, et ce même coureur perd le Tour là-dessus. Le sponsor va se dire : 'Tout ça alors que tous les sports se modernisent ?' Il y a des oreillettes partout. Les pilotes sont en relation en permanence avec les stands en F1, etc. Donc je peux comprendre si un sponsor se dit que ce n'est pas possible."
En attendant les Grands Tours - il n'y aura pas de restrictions sur les oreillettes lors de la Vuelta fin août -, l'absence d'oreillette pour la plupart des équipiers n'a pas empêché Sepp Kuss de s'imposer en solitaire lors de la troisième étape du Tour de Burgos, et au général en contrôlant son avance. L'Américain, comme la plupart des favoris, en portait une. Première indice de la future stratégie des équipes concernant la répartition des deux oreillettes. Elle n'a cependant pas empêché une chute massive dans le final de la deuxième étape. Mais qui a parlé de solution magique ?
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