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GIRO 2024 | "VPP", l'itinéraire du petit frère devenu grand
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Publié 14/05/2024 à 23:47 GMT+2
Valentin Paret-Peintre a confirmé tout son potentiel en remportant, ce mardi à 23 ans, sa première victoire professionnelle sur les routes du Giro. Issu d'une famille de cyclistes, le Haut-Savoyard a suivi le sillage de son grand frère, tout en prenant soin d'écrire sa propre histoire. Récit de son ascension vers les sommets depuis ses toutes jeunes années.
Tactique, physique, fantastique : le résumé du chef-d'œuvre de Paret-Peintre et Decathlon
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Une attaque foudroyante à trois bornes de l'arrivée et une première victoire en solo à savourer. Nous ne sommes pas sur les routes du Giro, où Valentin Paret-Peintre a décroché ce mardi sa première victoire chez les pros, mais à … Ancelle, dans les Hautes-Alpes, le 4 juin 2017, sur la 3e manche de l'inter-régions de la zone sud-est. On assiste alors à sa toute première victoire chez les cadets. Avec le recul, le podium du jour est savoureux : il y monte, du haut de ses 46 kg, en compagnie de deux autres futurs pros, Mattéo Vercher (TotalEnergies) et Bastien Tronchon … son coéquipier sur ce Tour d'Italie 2024.
Cette belle première à l'échelle des courses jeunes, Valentin la doit alors autant à sa taille de moustique propre aux grimpeurs en devenir qu'à une science de la course déjà remarquablement soignée pour un gamin de 16 ans. La course avait été ennuyeuse à souhait cette après-midi là. Mais il avait su patienter pour placer son attaque au moment parfait, dans une échappée où figurait aussi Alex Baudin, juste avant le sommet de l'ascension qu'avait gravi Thomas Voeckler en 2004 pour devenir champion de France. "Il fallait courir au millimètre vu l'armada du comité Rhône Métropole Lyon !" lâchait le Haut-Savoyard après la ligne, la lucidité clinique d'un vieux briscard, sans véritable effusion de joie, preuve d'une ambition déjà affirmée malgré son palmarès tout juste défriché.
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Coalition avec Bardet et jambes de feu : Paret-Peintre, la parfaite ascension finale
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Mais on n'en attendait pas moins, au fond, d'un Paret-Peintre. Car Valentin, comme chacun sait déjà, est le petit dernier d'une grande famille de cyclistes. Le cadet d'une fratrie composée de trois coursiers formés par le papa, Olivier, tour à tour entraîneur, directeur sportif et président et du Vélo Club d'Annemasse, et bloqué de son temps en 1re catégorie lorsqu'il était coureur : "J'étais un solex alors que mes enfants ont un moteur de formule 1". Valentin a deux ans de moins que Maeva - qui a pris la 6e place du championnat d'Europe juniors 2017 avant de devenir diététicienne. Et il n'a eu de cesse d'être comparé à Aurélien, de cinq ans son aîné, la même différence d'âge que les frères Schleck.
"Très clairement, le vélo a toujours occupé une place centrale dans la famille et depuis tout petit", retrace Valentin. "On passait nos week-ends sur les courses, d'abord pour aller voir courir mon frère. Tout ça a rythmé notre vie de famille. Et à table, on parlait vélo matin, midi et soir." "Mes parents avaient acheté un Trafic pour emmener les trois enfants, expliquait Aurélien dans Vélo Magazine en 2021. Chaque dimanche, c’était l’expédition. Quand j’étais minime, ma course était à 12h. Mais mon petit frère courait dès 9h ! Il fallait donc partir de bonne heure. Les épreuves se croisaient tout au long de la journée. L’un était au sprint, l’autre à la course, et le 3e aux jeux… Un casse-tête pour ma mère, qui ne pouvait pas être partout en même temps. Et l’après-midi, avec les copains, on mangeait la barquette de frites devant la course des grands.”
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Petite interview et gros câlin : la jubilation des Paret-Peintre
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L'un pour Saint-Etienne, l'autre pour Lyon
De retour dans l'appartement familial, à Annemasse, les deux frères partagent la même chambre, dans un lit superposé, mais aussi une tendance "assez bordélique" - "on ne voyait pas souvent le sol !" - et ce rêve, bien sûr, de courir ensemble, ce qui arrivera pour la toute première fois le 26 janvier 2022, au Trofeo Calvia, lors du baptême chez les pros de Valentin. Mais ce qui les différencie se lisait déjà aussi sur les murs, au milieu des posters de Contador en maillot rose et de Cancellara : "Aurélien avait une écharpe de Saint-Etienne, alors que moi j'étais plutôt pour Lyon !"
Dans la manière de courir, l'aîné est perçu par le père comme "un joueur d'échecs", alors que Valentin est plutôt du style pyromane en chef, ce qui s'est vu ce mardi sur la route de son triomphe à Bocca della Selva. "Valentin a un caractère plus offensif, il faut qu’il puisse le conserver chez les pros", espérait Olivier Paret-Peintre en 2021. "Aurélien, en minimes et cadets, avait face à lui une forte opposition des coureurs du club d’Evian (dont Victor Lafay, ndlr). Ils étaient 4 à 5 coureurs de bon niveau face à lui et Aurélien était obligé de calculer pour arriver à faire la meilleure place, car c’était difficile de les battre tous. Alors que Valentin, c’était l’inverse. Quand il était cadet au VC Annemasse, c’était nous qui avions un bon collectif. On avait forcément un schéma offensif. La façon de courir se prend dès les jeunes catégories."
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Paret-Peintre, la "délivrance" : "A 3 km, je me suis dit 'Il faut y aller, il faut le lâcher'"
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Un poids mouche qui n'a "pas peur de frotter"
Sur un vélo, Valentin ressemble évidemment à son frère, dans le style montagnard, mais il n'est clairement pas sa copie conforme. "Il est beaucoup plus léger et davantage grimpeur que moi", disait Aurélien alors que son frère disputait sa dernière année amateur au Chambéry CF, en 2021, où il a également été formé. "Il me fait penser à David Gaudu. A l’inverse, il a moins cette polyvalence que je pouvais avoir chez les espoirs." Clément Dupuy, l'ancien entraîneur et directeur sportif à Chambéry, leur trouvait la même "culture du vélo, sûrement liée à leur éducation, à leur père, et une finesse de l'activité vraiment importante. Ce sont des gars qui savent tout faire, alors qu'on a tendance à les ranger dans la catégorie des grimpeurs. Mais c'est vrai que pour Valentin, bien plus menu, tout le monde s'étonnait qu'il ne se fasse jamais bordurer sur le plat."
David Giraud trouvait lui aussi Valentin "hallucinant" du temps où il le dirigeait dans l'équipe juniors Btwin (2018 et 2019), qui sera ensuite affiliée directement à Décathlon AG2R La Mondiale. Malgré ses 48 kg de l'époque, son coureur avait réussi à prendre la 4e place d'un sprint massif sur le Tour du Pays de Vaud, manche de la Coupe des Nations Juniors, devant Hugo Page. "Il se faufile partout grâce à son petit gabarit et n'a pas peur de frotter", décrivait-il. "Quand une place s’est libérée pour les Trois Jours d’Axel (une course néerlandaise toute plate), je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’une vraie course de flahute. Il m'a dit : « Mais bien sûr que je veux venir. » Il n'a pas froid aux yeux et ne part jamais perdant."
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Paret-Peintre : "Je regardais Bardet quand j'étais jeune, aujourd'hui je le bats"
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Giraud notait aussi : "Son avantage par rapport à son frère, c’est qu’il a un frère !". Car partout où Valentin passe, Aurélien a déjà posé ses roues : "Mettre les pieds où il a mis les pieds, c’est un peu plus simple" appréciait ainsi le cadet. Le grand a donc pu, au fil du temps, lui disséminer ses conseils en vue des courses qu'il s'apprêtait à disputer. Un précieux avantage. Même si, revers de la médaille, cela lui vaut constamment d'être comparé aux résultats de son aîné, ce qu'il goûte assez peu. "Et on a eu les mêmes méthodes d'entraînement, mon père a déjà eu un cobaye avant. Du coup c’est plus facile pour lui" blaguait Aurélien voilà cinq ans.
Sa réussite a aussi inspiré Valentin. Il est frappant de voir à quel point leurs trajectoires s'épousent sur des moments-clés de leur carrière. Il y a d'abord ce succès sur la Classique des Alpes Juniors, à six ans d'intervalle, révélatrice pour les deux hommes et très symbolique puisque l'arrivée se situe à La Bridoire, le fief de leurs grands-parents. "Mais j'ai fait aussi 2e en J1, j'ai donc fait mieux au bilan" souriait Valentin l'année de son succès en 2019, devant les yeux de son frangin venu le supporter, après avoir battu d'une grosse minute le meilleur temps dans l'ascension principale de l'épreuve, le Mont du Chat, détenu jusque-là par … David Gaudu, lauréat en 2014. Il y eut ensuite cette 6e place sur la Ronde de l'Isard lors de leur première année espoirs respective - "mais j’ai gagné une étape, je peux le chambrer dessus" se marrait Valentin. Et il y a maintenant ce triomphe en commun sur le Giro, leur premier en grand tour, à 26 ans pour Aurélien et 23 pour Valentin.
Retard à l'allumage avant le "déclic" du Giro 2023
Pourtant, il a fallu plus de temps à ce dernier pour arriver à maturité. En espoir 1, à 19 ans, Valentin avait certes remporté son étape de la Ronde de l'Isard "à la pédale", vainqueur à Ax-3-Domaines avec 56" d'avance sur Finn Fisher-Black, aujourd'hui l'une des pépites d'UAE Emirates. Satisfait de ses résultats en 2020, il nous confiait toutefois conserver ce doute sur sa capacité à "tenir sur une saison entière à cause de mon faible kilométrage de l’an dernier (12000 à cause de deux épaules luxées). Je n’ai pas pu le savoir cette saison, car le confinement en a décidé autrement et je n'aurais que 180000 km au compteur cette année."
De fait, ce déficit de charge entraînera un retard allumage pour ses débuts chez Décathlon AG2R La Mondiale en 2022, après une dernière année amateurs solide mais sans coup d'éclat. "Sur la charge de travail que je lui demandais lors de sa première année pro, il arrivait difficilement à en faire 70%" rapporte son entraîneur actuel Alexandre Abel. "Et c'était lié à ce passif lors des deux ou trois saisons précédentes, où les charges étaient basses par rapport au minimum requis chez les pros. C'est ça qui a été le plus dur à digérer au début." Chez les espoirs, Léo Peters, alors directeur sportif au CCF, nous louait la qualité de Valentin à conserver le même niveau de puissance en fin de course. "Il avait sa qualité-là chez les jeunes, et lorsqu'il est passé pro, paradoxalement, ça a été sa grosse lacune" décrit Alexandre Abel.
"Quand il faisait un effort, il n'arrivait pas à en faire deux. Il n'a vraiment retrouvé cette qualité que depuis cette année. Une fois 2022 digérée, il a mieux encaissé les charges. Et sa première participation au Giro, l'an passé, lui a servi de déclic pour la confiance. Ça s'est vu par la suite. Il a fait un très bon hiver, en faisant le métier à 100%. Il a marché dès l'Australie (8e du Tour Down Under, ndlr) et fait preuve désormais d'une constance intéressante. Et je ne crois pas qu'il soit encore arrivé à son plein potentiel. Il reste encore jeune, tout vert." Mais déjà fort, tout de même, d'une victoire sur le Giro. Comme Aurélien, dont Alexandre Abel est également l'entraineur : "Ils ont des similitudes assez marrantes et troublantes. Mais à côté de ça, il y a presque un pacte entre eux, une indépendance vis-a-vis de leur carrière. Il n'y a pas de comparaison. Aurélien fait sa carrière, Valentin la sienne. Et si les deux marchent, c'est le bonheur général."
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