"Le cyclisme ce n'est pas un jeu, c'est un sport dur, terrible, impitoyable, qui exige de très gros sacrifices", a un jour professé Jean de Gribaldy dans une envolée fièrement reprise par les amateurs et les professionnels du braquet. “On joue au football, tennis, golf, hockey, mais on ne joue pas au cyclisme !" Il précisait qu’on joue "encore moins à la boxe", mais les pelotons y sont moins sensibles. Ils retiennent la noblesse de leur sport, dont la légende des forçats de la route a établi, il y a un siècle et pour toujours, une forme de supériorité, et même de sainteté, conquise dans la souffrance.
Jusqu'au 21 mars, l'abonnement à l'application Eurosport est à -50% pour un an, 34,99€ au lieu de 69,99€, pour suivre la saison de cyclisme en LIVE et sans PUB
Né en pleine Grande Boucle (le Belge Firmin Lambot triomphait une 2e fois en cet été 1922), Jean de Gribaldy a couru le premier Tour de l’après-Guerre, en 1947, et il s’est retiré sept ans plus tard avec une omoplate fracturée. Ce n’était pas un cador des pelotons mais il maîtrisait la science de son sport pour faire carrière puis, reconverti en directeur sportif, mener à la gloire des champions comme Sean Kelly.
Milan - Sanremo
Kwiatkowski souffre d'une côte fracturée depuis plusieurs semaines
22/03/2021 À 17:25
De ses débuts cyclistes jusqu’à sa mort dans un accident de la route en 1987, De Gribaldy a tout vu et tout compris à son sport. On aimerait aujourd’hui l’entendre commenter les envolées de Julian Alaphilippe, Mathieu van der Poel et Wout Van Aert. Ne "jouent"-ils pas, ces trois trublions, avec leurs offensives plus déconcertantes encore que l’aisance avec laquelle ils promènent leur vélo ?

Jeunes et insouciants

Fort de ses gloires passées, le cyclisme se plaît à regarder dans le rétroviseur. Souvent, on célèbre les champions d’hier et leurs grandes conquêtes. Et on assène tantôt que ces morceaux d'histoire, polis par le temps et vernis par la nostalgie, font honte aux coureurs contemporains, qui auraient perdu l’allant et la superbe de leurs aînés.
À l’inverse, on convoque aujourd'hui le passé pour mieux assurer que le cyclisme vit à nouveau de grandes heures grâce à ses héros débordants de panache. Loulou ? Un tourbillon sans frontières comme le cyclisme français n’en avait pas connu au 21e siècle. Wout ? Ses exploits tout terrains sont mesurés à l'aune des légendes Eddy Merckx et Sean Kelly. MVDP ? On ne sait plus où donner de la tête avec le fils et petit-fils de champions, qui embrasse une carrière au moins aussi étincelante que celles d'Adrie van der Poel et Raymond Poulidor.
Le Néerlandais jouait-il, lorsqu’il a pris les devants à plus de 50km de l’arrivée de la 5e étape de Tirreno-Adriatico, sous la pluie et sur les pourcentages qui menaient à Castelfidardo ? Avec sa barre énergétique en bouche, symbole d’insouciance mais aussi de prévoyance au vu des efforts déjà fournis et de ceux, plus considérables encore, qui l’attendaient, il ressemblait à un gamin lancé dans un autre de ses quatre cent coups.
À l’arrivée, il avait le teint émacié d’un homme qui a vieilli de quelques années en quelques dizaines de minutes. MVDP et ses compagnons ont beau faire ce qu’ils veulent sur leur vélo, ils finissent régulièrement prostrés sur le bitume. Eux aussi souffrent. Mais ils s'élèvent avant de s'effondrer et réécrivent les codes d'une discipline souvent corsetée par sa brutalité implacable.

Pogacar a failli gâcher l'énorme numéro de van der Poel : le résumé d'une folle journée

Tout devient possible, même vers Sanremo

Par nature, les classiques offrent plus de libertés aux audacieux, et pas seulement aux super-attaquants que sont MVDP, Alaf et WVA. À l’approche du printemps, les comparaisons entre Monuments fleurissent à nouveau. Sur Twitter, un commentaire relevait avec justesse que Paris-Roubaix est une course pendant laquelle "tu sais que n’as même pas le temps d’aller pisser". Ça vaut aussi bien pour les coureurs que pour les spectateurs, depuis toujours et par tous les temps, avec ou sans le trio fantastique qui nous éblouit actuellement.
Sur la Primavera, normalement, c’est plus simple. Du départ de Milan jusqu’à l’enchaînement de la Cipressa et du Poggio, il y a environ 270 km pour que chacun, au sein du peloton ou sur son canapé, s’hydrate bien, évite la fringale et aborde le final dans les meilleures conditions, prêt pour une explication à couteaux tirés vers la cabine téléphonique et dans la plongée vers la Via Roma. Jusqu’à preuve du contraire, c’est ainsi que se joue la gagne sur la Classicissima… longtemps réservée aux sprinteurs, jusqu’a ce que les puncheurs prouvent leur capacité à faire la différence sur le Poggio.
La contradiction à l’ordre établi est désormais incarnée par Alaphilippe, Van der Poel et Van Aert, qu'on retrouve sur tous les terrains, toujours performants. Le dernier, vainqueur sortant, est peut-être le moins enclin à bousculer le scénario d’une course qui favorise sa puissance brute. Mais Wout, qui a parfaitement digéré son stage de préparation juste avant les Strade Bianche, n’est pas avare en surprise. De toute façon, il lui faudra bien répondre à son rival intime MVDP, toujours prompt à jouer les funambules, suspendu au-dessus de la fringale mais suffisamment doué pour transcender ce vertige et filer vers le triomphe.
Quant à Alaphilippe, il semble moins tranchant que ses deux rivaux sur ce début de saison mais c’est un fin coursier prêt à toutes les audaces pour tirer son épingle du jeu (ou, à défaut, favoriser la meute Deceuninck). Il est également expert en alliances de circonstance et, à l’image de leurs offensives précoces avant un final de feu sur l’Amstel 2019, on peut imaginer voir le Français et van der Poel se découvrir tôt en direction de Sanremo. L’année dernière encore, c’était un fantasme infondé. Mais avec ces drôles de champions, la donne a changé.

Fritsch : "Van der Poel, c’est lui qui décidera quand va se jouer Milan – Sanremo"

Milan - Sanremo
Cosnefroy : "Quand on voit Julian qui se dresse sur les pédales, ça donne envie"
22/03/2021 À 17:17
Milan - Sanremo
Alaphilippe, Van Aert, van der Poel : Même avec ce trio, rien n'est jamais écrit
20/03/2021 À 19:26