Une multitude de premières, un grand retour et un invité tout autant souhaité par de nombreux suiveurs que redouté par l’essentiel des participants ? En raison des conditions épidémiques, le peloton va découvrir l’Enfer du Nord en automne, au moment où, signe des temps qui changent, les femmes se préparent à se disputer un triomphe historique sur les pavés menant à Roubaix. Le tout sous la pluie, pour la première fois depuis près de deux décennies ? Autant dire que le 125e anniversaire de l’épreuve mythique va éveiller et bousculer les souvenirs majestueux enfouis depuis plus de 900 jours et la victoire de Philippe Gilbert (mentionnons également la victoire de Tom Pidcock quelques semaines plus tard dans l’épreuve Espoirs).
“C’est aujourd’hui, la pluie !”, souriait vendredi le directeur de la course féminine, Franck Perque, accueilli à Denain par le crachin du Nord, avant que la pluie s'intensifie dans la soirée. “Pour ce week-end, on manque encore de certitudes, mais ça devrait plutôt être du vent.” Ce n’est pas tout à fait ce dont rêvent les fans qui scrutent chaque variation des prévisions météo, et ce n’est pas non plus ce que suggérait Thierry Gouvenou, directeur de l’épreuve masculine qui a régulièrement posté sur les réseaux sociaux des images de pavés mouillés. “Ça pourrait quand même être bien boueux”, précise Perque. Ouf ?
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Le manque se fait sérieusement ressentir pour les amoureux de Roubaix et beaucoup ont plongé dans de glorieuses archives pour compenser. Avec l’annonce d’un report à l’automne, le fantasme d’un Paris-Roubaix pluvieux est vite monté, nourri par les images de coureurs recouverts de boue. Parmi les plus célèbres, il y a la photo de Wilfried Peeters, golem gris dont seuls les yeux et la bouche sont immaculés, comme s’il portait une cagoule à la sortie de la trouée d’Arenberg en 2001. Quelques hectomètres derrière lui, Philippe Gaumont était au sol, victime d’une fracture du fémur sur les pavés glissants.

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Van der Poel : Paris-Roubaix sous la pluie, ça a l’air cool

Un an plus tard, les conditions à nouveau humides avaient mené au triomphe de Johan Museeuw, son troisième, pour la 100e édition, avec plus de trois minutes d’avance sur les deux hommes qui allaient l’accompagner sur le podium, l’expérimenté Steffen Wesemann et le tout jeune Tom Boonen, qui découvrait l'Enfer du Nord avec l’US Postal. Quatre ans plus tôt, le même Museeuw s’était fracturé la rotule à Arenberg et avait échappé à une amputation de la jambe suite à une infection. Sources de légendes, les pavés boueux peuvent également meurtrir.

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Mais on parle là d’un temps que les coureurs de moins de 45 ans ne peuvent pas connaître. Et parmi les nouveaux impertinents qui se sont mis en tête de bousculer les ordres établis, il s’en trouve un pour réclamer un supplément de boue sur sa ration de pavés automnale : “Paris-Roubaix sous la pluie, ça a l’air cool”, souriait Mathieu van der Poel (Alpecin-Fenix) en conférence de presse après une reconnaissance sur les pavés cette semaine.
Le Néerlandais n’a encore jamais disputé l’Enfer du Nord et il rêve d’un baptême du pavé sous la pluie. Habitué à briller en cyclo-cross et en VTT, il fait largement exception au sein des pelotons masculin comme féminin. “Roubaix, c’est suffisamment dur même sur le sec”, nous expliquait Chantal van den Broek-Blaak au moment de se projeter sur sa grande première. “On ne veut pas non plus que tout se joue sur une chute inévitable ou un accident.” Sous la pluie, les plus forts se distinguent, mais ils et elles peuvent vite être emportés par la loterie des secteurs boueux.

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Les pavés se dégustent en toute saison

Le scénario qui en fait saliver beaucoup, au sein des suiveurs qui ont pris la direction du Nord cette semaine, est intermédiaire : une bonne drache dans la nuit pour mouiller la terre et un vent fort pour essuyer un peu les pavés, pour s’accorder avec le souffle épique de ce retour roubaisien, avec double dose de course, et même triple en comptant les Juniors qui s’élanceront dimanche matin.
Le rendu s’annonce de toute façon extraordinaire. Souvenez-vous du Tour des Flandres disputés à l’automne dernier et du duel sublime, aussi bien sportivement que visuellement, entre Van der Poel et Wout van Aert, sous un ciel bas et menaçant. La lassitude ne semble jamais frapper les coureurs de classiques, à l’instar de Heinrich Haussler (Bahrain Victorious). À 37 ans, l’Australien est un amoureux éperdu et on l’a vu voler cette semaine à l'entraînement, notamment dans le Carrefour de l’Arbre, avant d’attaquer sa 14e participation.
Les coureurs ont faim de pavés et ce n’est pas un report automnal qui va leur couper l’appétit. Quelques-uns manqueront à l’appel, à l’image de Tom Pidcock (déjà très sollicité cette année), mais, avec Roubaix une semaine après les Mondiaux flandriens, un très joli enchaînement s’offrait aux experts du genre. Vous avez bien vu Nils Politt ou Zdenek Stybar pointer leurs grandes carcasses aux avant-postes la semaine dernière ? En toute saison, il y a des signes qui ne trompent pas. Roubaix approche.

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