Bouhanni : "Je me suis parfois senti humilié"

Eurosport sur Google

TOUR D'ESPAGNE 2018 – Nacer Bouhanni a décroché jeudi sa plus belle victoire depuis des lustres en enlevant la 6e étape de la Vuelta. L'occasion pour le Spinalien de vider son sac. Notamment quant à ses rapports avec son équipe, Cofidis, avec laquelle rien n'est simple. Bouhanni l'avoue, il a passé des moments difficiles. Mais il a encaissé.

Eurosport

Crédit: Eurosport

Si Nacer Bouhanni est revanchard, il va savourer cette victoire d'étape à San Javier comme aucune autre. Ce succès, c'est une revanche sur les 24 dernières heures, les 16 derniers mois, les quatre dernières années. Sur certaines personnes, aussi. Ça fait beaucoup ? Peut-être. Mais ce sont toutes ces ardoises que le sprinter français a tenu à solder jeudi en décrochant ce bouquet si longtemps attendu. Il savoure, Nacer. Et règle quelques comptes, aussi, au passage. Avec beaucoup de monde.
Il y avait donc d'abord la dernière polémique en date. Mercredi soir, le rapport du jury des commissaires de la Vuelta évoquait une amende de 100 francs suisses et une pénalité de 20 secondes contre Nacer Bouhanni pour "poussée contre un véhicule". Le journal espagnol As croyait savoir que le sprinter de la Cofidis avait donné un coup dans la voiture de son équipe et s'était ensuite disputé avec son directeur sportif, Jean-Luc Jonrond. Balivernes. "Pourquoi tenter de me faire passer pour le mauvais garçon que je ne suis pas ?" a réagi le coureur sur son compte Twitter, recevant le soutien de son équipe, qui parlait, elle, "d'affabulations."

Je t'aime, moi non plus

Jeudi soir, malgré la victoire, il avait encore la rage devant cet épisode révélateur de ce qu'il faut bien appeler une mauvaise réputation, qu'il ne mérite pas toujours. Mais avec Bouhanni, tout semble devoir prendre des proportions... disproportionnées. "Je suis très déçu de ce qui s'est passé hier (mercredi, NDLR) de ce qui s'est dit dans les médias, a-t-il lancé. J'ai été lâché à 75 km de l'arrivée, ça a été dur pour moi toute la journée, alors raconter de grosses bêtises comme ça... C'était infondé. Je n'ai pas compris. Je me suis réveillé ce matin et je me suis dit 'c'est incroyable de raconter de telles choses'. C'est tout ce que j'ai à dire."
Sauf que c'eut été un peu court et que le jeune homme avait bien d'autres choses à dire en somme. Alors il a continué. Car Nacer Bouhanni est aussi remonté contre sa propre équipe. Chez Cofidis, c'est un peu "Je t'aime, moi non plus" entre le sprinter vedette et le manager, Cédric Vasseur, qui n'a pas manqué une occasion de piquer l'orgueil de son coureur, y compris publiquement. Pas plus tard qu'il y a deux semaines, dans un long entretien que Vasseur nous avait accordé, on pouvait sentir de façon presque palpable les tensions entre l'ancien maillot jaune du Tour et Bouhanni.
Ce dernier l'a avoué jeudi, il n'a pas bien vécu tout cela. "Je me suis senti parfois humilié, confie-t-il. Tout ce qui a été dit sur moi, ça a été dur." Il a "encaissé" et a "toujours travaillé dur". Mais Bouhanni, de son point de vue en tout cas, n'a pas été soutenu comme il en aurait eu besoin. "Quand on est sprinter et qu'on sent qu'on n'a pas l'équipe derrière soi, c'est difficile, poursuit le vainqueur du jour. J'ai essayé de faire abstraction de tout ça, je suis resté très pro." Du soutien, il en a tout de même trouvé auprès de Thierry Vitu, le président de l'équipe nordiste. "Il m'a motivé au début de cette Vuelta et m'a encore dit hier (mercredi) que j'avais toute sa confiance. Ce sont des petites choses qui motivent, ça m'a fait du bien."
Cofidis et Bouhanni, c'est une sorte de gigantesque incompréhension mutuelle. Et ce n'est pas nouveau. Sa formation attendait plus de lui et c'est réciproque. Comme dans toute relation partie sur des bases compliquées, les étincelles ont été nombreuses. Notamment cette année. Les bisbilles concernant le leadership avec Christophe Laporte, son "altercation" avec le directeur sportif Roberto Damiani en mai au Grand Prix de Francfort ("c'était banal et ça aurait dû rester en interne dans l'équipe", a-t-il minimisé jeudi), jusqu'à sa mise à l'écart pour le Tour de France.
Cette pilule-là, celle de trop, n'a visiblement pas été digérée. "Je suis pro et je veux gagner un maximum de courses, et je pense que c'est dans l'intérêt de tout le monde que je m'impose sur une étape comme celle d'aujourd'hui", reprend-il, avant de lancer sa pique : "j'aurais même dû déjà m'imposer sur le Tour de France, parce que j'étais en très grande condition. Malheureusement, je n'ai pas pu le disputer. C'était une grosse déception mais je me suis remotivé, je suis passé à autre chose. Je me suis dit 'réponds sur la Vuelta' et c'est ce que je viens de faire."
C'est aussi une victoire sur lui-même. Car si Nacer Bouhanni a souvent déçu sur la route ces derniers mois (c'est sa 6e victoire de la saison mais la première en World Tour et il n'avait plus levé les bras à ce niveau depuis le Tour de Catalogne 2017), c'est aussi à cause de cette chute sur le Tour du Yorkshire, il y a 16 mois. "Un très grave accident, rappelle-t-il. Ça a été minimisé, mais il aurait pu me coûter la vie." Et la vue, puisqu'il a gardé des séquelles des mois durant à ce niveau, sa vision étant altérée. "Je me demandais quand j'allais revoir normalement, ça a été très long, relance le sprinter. Aujourd'hui, je suis sur le vélo, je m'emporte et je suis très content."
En prime, il voit dans sa victoire du jour un clin d'œil cocasse. Sa dernière victoire sur un grand tour ? C'était il y a quatre ans, jour pour jour. Sur la Vuelta. Et les similitudes ne s'arrêtent pas là. "La veille, j'avais fini dernier, j'étais presque hors délai. Là, pareil. Je finis dernier, je vis un calvaire et je gagne le lendemain. Ce matin, j'ai regardé la photo de l'étape de 2014 et je me suis dit que si je pouvais faire pareil, ce serait incroyable." Pari tenu.
A l'époque, c'était avec la FDJ qu'il avait levé les bras. Cette fois, pour Cofidis. Et demain ? Bouhanni est engagé avec l'équipe nordiste jusqu'en 2019. "Je suis sous contrat, rappelle-t-il. Je ferai mon maximum." Mais il s'est beaucoup interrogé. "Je me suis demandé si l'équipe voulait toujours de moi. J'ai eu des contacts avec d'autres équipes c'est vrai, mais si on veut encore de moi..." Et il finit sur une supplique : "moi, tout ce que je veux, c'est travailler sereinement. Et gagner des courses." Comme jeudi. Un nouveau départ ? Peut-être...
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité