"S'il te plaît, ne te rabaisse pas à faire le travail d'équipier. Concentre-toi sur la saison prochaine. En 2021, tu peux encore gagner !". Sur Twitter, MarcoNJT a un avis bien tranché sur ce que doit faire, et surtout ne pas faire Chris Froome sur la Vuelta 2020. L'homme aux 24 abonnés, ne s'attendait pas à recevoir une réponse d'un septuple vainqueur de grands tours : "Je ne demanderais pas à mes coéquipiers de faire ce que je ne fais pas pour eux". Limpide et parfaitement révélateur de son état d'esprit irréprochable. Cette Vuelta est sa dernière course avec le maillot de son équipe de toujours ? Froome n'allait certainement pas jouer la starlette. Ce n'est pas le genre du bonhomme.

Détail intéressant à noter, Froome n'a jamais couru le moindre grand tour avec les coureurs qui composent l'équipe Ineos sur ce Tour d'Espagne. Il ne doit aucune de ses victoires, aucun de ses podiums à Richard Carapaz, Andrey Amador et les autres. Détail, c'est vrai mais la fidélité de Froome, qui n'est évidemment pas son seul moteur sur les routes espagnoles nous y reviendrons, va à l'institution Ineos. Celle qui l'a fait.

Tour d'Espagne
"Nous avons copié Ineos, maintenant les gens vont regarder ce que nous faisons"
10/11/2020 À 13:12

Ses ambitions enterrées, Froome est pourtant toujours là

Peu importe au fond quel est le nom du coureur qui portera haut les couleurs britanniques. "ALL IN FOR RED", s'était-il exclamé sur Twitter après le contre-la-montre qu'il a géré pour garder des forces utiles à Richard Carapaz. Joignant le geste à la parole, Froome a oeuvré là où on le lui demandait. Tantôt à l'arrière pour remonter les bidons, tantôt à l'avant pour rouler derrière les échappés ou pour faire mal au peloton quand la forme est revenue.

Pour son premier grand tour depuis la Grande Boucle 2018 et seize mois après sa terrible chute sur le Dauphiné, que pouvait espérer Chris Froome ? C'était la grande question de cette Vuelta depuis que Dave Brailsford l'avait retiré du huit appelé à courir le Tour. Elle a malheureusement trouvé rapidement sa réponse. A Arate, dès la première étape, Froome avait coupé la ligne à plus de onze minutes des leaders. S'il avait des ambitions, il devait déjà les enterrer.

Combien de coureurs de sa trempe, ils ne sont pas nombreux c'est vrai, auraient continué sans se départir de leur motivation, ni de leur sourire ? Prenez Tom Dumoulin. Le Néerlandais vit une année 2020 cauchemardesque tout en voyant Primoz Roglic régner dans son équipe. Relégué à 42 minutes au général au soir de la 7e étape, il n'a pas pris le départ de la 8e. Le Slovène n'aurait-il pas eu besoin d'un Dumoulin même loin de sa forme optimale pour contenir les assauts d'adversaires qui voulaient sa peau ?

Alto de Moncalvillo, Alto de la Farrapona, Laguna Negra de Vinuesa, autant d'occasions où Richard Carapaz a vu un septuple vainqueur de grands tours lui faire le tempo. Alors qu'il sait que la Vuelta est sa dernière course pour Ineos, une formation qui n'a rien fait pour le retenir, Froome ne montre rien d'un quelconque ressentiment. Sur le vélo mais aussi hors course où il apparaît toutes dents dehors sur les réseaux sociaux de sa formation.

Le cinquième Tour de France l'obsède

On pourra toujours dire qu'il court ainsi en pensant à l'année prochaine, à sa réhabilitation. Quid alors de cette bonne humeur permanente ? Quoiqu'il arrive, il sortira grandi de ce Tour d'Espagne. Le robotique et intouchable Froome a laissé la place à un coureur abîmé mais toujours fier.

Fier surtout d'être toujours un coureur cycliste. Cette terrible chute sur la reconnaissance du contre-la-montre du Dauphiné 2019 aurait pu le mettre définitivement sur la course. "Je suis loin d'être proche de la fin", disait-il à la BBC Radio avant le départ. Bradley Wiggins voit d'ailleurs dans les performances de son ancien coéquipier celles d'un coureur encore capable de remporter des grandes courses.

Sans verser dans l'angélisme, c'est aussi à la lumière de ses ambitions prochaines qu'il faut lire le comportement de Froome sur la Vuelta. Il n'a rien à gagner à grommeler sa gloire passée en queue de peloton. "La douleur que vous ressentez aujourd'hui sera votre force demain", écrit-il sur Twitter. Ce cinquième Tour de France, qu'il visera avec Israel-Start Up Nation, l'obsède mais avant cela il faut boucler la boucle Ineos. Elle avait démarré par une énorme surprise sur la Vuelta 2011, elle s'est achevée par un Tour d'Espagne 2020 qui l'honore.

"Froome est la personne qui m'a le plus inspiré chez Ineos"

Tour d'Espagne
"Vu sa préparation il n'était pas possible de faire mieux": l'entraîneur de Gaudu décrypte sa Vuelta
09/11/2020 À 13:30
Tour d'Espagne
Fritsch : "La différence entre le Tour et la Vuelta ? Roglic est tombé sur un phénomène en France"
09/11/2020 À 10:10