Le Tour 2021 est-il vraiment moins montagneux ?
C'est la petite musique lancinante qui circule et fait doucement son chemin depuis que le parcours a été dévoilé l'automne dernier. Plusieurs éléments peuvent donner ce sentiment. D'abord la présence de deux contre-la-montre individuels. Ensuite la courte traversée des Alpes, limitée à deux étapes, ce qui est plutôt inhabituel. Enfin le faible nombre d'arrivées au sommet. Trois, seulement, au menu de cette 108e édition. Pourtant, nous ne sommes pas loin de l'idée reçue.
Christian Prudhomme s'est encore élevé ces derniers jours contre cette analyse. "Si certains trouvent qu'il n'y a pas de montagne, ils se trompent. Il y a moins d'arrivées en altitude mais il n'y pas moins de montagne", a-t-il précisé. Au total, le parcours du Tour 2021 comporte 27 cols ou côtes classées en deuxième, première ou hors catégorie, dont 5 en Hors Catégorie (le col du Pré, le Ventoux, le col du Portet, le Tourmalet et Luz-Ardiden). Il y en avait 29 l'an passé, et également 5 en Hors Catégorie. Sur le papier, ce Tour n'est donc pas fondamentalement moins montagneux que celui de l'an dernier. Il est dans la moyenne, tout simplement.
58 km de chrono, est-ce beaucoup ?
Deux chronos individuels sont au programme cette année. Il n'y en avait qu'un l'an dernier, et encore, sans que celui-ci soit une affaire de spécialistes, puisqu'il s'achevait par l'ascension de la Planche des Belles Filles, répertoriée en première catégorie. Ces deux chronos sont relativement courts : 27,2 pour le premier, 30,8 pour le second. 58 kilomètres sur trois semaines de course, c'est loin d'être colossal même si, au regard du désamour porté par les organisateurs à cet exercice pourtant fondamental peut donner l'impression, trompeuse, que le chrono retrouve quelques couleurs.
Globalement, depuis une grosse dizaine d'années, le contre-la-montre n'a plus vraiment la cote sur le Tour. Une seule édition, celle de 2012, avait fait la part belle à l'effort solitaire, avec une centaine de kilomètres sur lesquels Bradley Wiggins, le vainqueur final, s'était régalé. Mais il ne faut pas oublier que 100 kilomètres de chrono, dans les années 80 ou 90, aurait semblé un total ridiculement faible. Les temps ont changé. Avec ces 58 bornes, le contre-la-montre jouera un rôle non négligeable cette année. Mais ce n'est pas un total exorbitant...
Stage 20 profile: Libourne - Saint Emilion (ITT)
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Quelle est l'étape-reine sur le papier ?
Il y a quelques candidates. L'étape de Tignes, avec le redoutable col du Pré, première ascension hors catégorie de ce Tour. Ou, bien sûr, la double ascension du Ventoux, une grande première, qui marquera forcément les esprits. Mais notre choix se portera sur la toute dernière étape de montagne, le 18e acte de ce Tour 2021. Parce que ce sera la dernière. Même s'il restera un contre-la-montre derrière, elle pourrait donc servir de juge de paix dans la course au maillot jaune.
Par ailleurs, elle concentre à elle seule 40% des montées Hors Catégorie de cette 108e édition : le col du Tourmalet, un des cols les plus légendaires de l'épreuve, et l'ascension finale vers Luz-Ardiden. Cet enchaînement est devenu un grand classique du Tour de France depuis les années 80 et il pourrait donc à nouveau jouer un rôle majeur. Mais le charme d'un parcours, et plus encore celui de la course, c'est aussi de provoquer l'émotion et la décision là où on ne l'attend pas toujours...
Stage 18 profile: Pau - Luz Ardiden
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Bernard Hinault va-t-il encore devoir attendre son successeur ?
Spoiler : Oui. La dernière victoire française sur le Tour reste, depuis 35 ans, la dernière de Bernard Hinault. Et sauf miracle, cela fera 36 le 18 juillet prochain. Un vent d'espoir avait soufflé ces dernières années avec l'émergence de Thibaut Pinot et Romain Bardet. L'un et l'autre seront absents cette année et pour la première fois depuis un bon petit moment, le cyclisme français ne dispose pas d'un leader clair et expérimenté susceptible de viser les hauteurs du classement général.
Bien sûr, il y a David Gaudu et Julian Alaphilippe. Mais le premier manque encore de références et d'expérience sur le Tour et si le second a tout pour briller et jouer un rôle majeur à sa façon, il est difficile de l'imaginer en grand triomphateur sur les Champs-Elysées. Bref, les Français peuvent sortir un grand Tour, de bien des manières. Mais le gagner, cela semble hautement improbable.
Le Tour va-t-il se résumer à un duel Pogacar-Roglic ?
Le doublé slovène a marqué l'édition 2020 et les deux hommes sont à nouveau les deux principaux favoris dans la course au maillot jaune, avec le cadet des deux, qui est aussi le tenant du titre en cible privilégiée. Tadej Pogacar est clairement le favori de ce Tour de France. Et Primoz Roglic est tout aussi clairement son principal rival. Voilà pour le papier.
Roglic et Pogacar en épouvantails, INEOS en arbitre et... Alaphilippe ? Présentation des favoris
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Pour autant, résumer cette 108e édition à un mano a mano entre les leaders des équipes UAE Emirates et Jumbo-Visma serait dangereux. La force collective des INEOS (voir ci-dessous), qui alignent un ancien vainqueur du Tour (Geraint Thomas), lequel pourrait profiter de la double dose de contre-la-montre, mais aussi les vainqueurs des Giros 2019 (Richard Carapaz) et 2020 (Tao Geoghegan Hart) et le 3e du dernier Tour (Richie Porte) peut leur permettre de s'immiscer dans ce duel. Et si le Tour 2020 nous a appris une chose, c'est que les scripts trop écrits à l'avance finissent parfois à la poubelle. Reste qu'en troisième semaine, il ne serait pas étonnant de voir Pogacar et Roglic aux avant-postes.
Pogacar-Roglic : deux préparations différentes en vue du Tour de France
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Qui sera le premier maillot jaune ?
La question à 1000 euros. Une chose est sûre, ce ne sera pas un sprinter. Par un pur sprinter, en tout cas. Pour se hisser en haut de la côte de la Fosse aux Loups, il faudra du punch. Les candidats ne manquent pas dans ce registre, mais trois noms sautent évidemment au cerveau un peu plus vite que tous les autres : Julian Alaphilippe, Wout Van Aert, Mathieu van der Poel. Si aucun de ces trois-là n'endosse le maillot jaune samedi en Bretagne, et sous réserve qu'une échappée n'aille pas au bout évidemment, ce sera une petite surprise.
Ils ont d'ailleurs tous les trois ciblé ce rendez-vous sans cacher que cette "offrande" des organisateurs constituait une occasion à ne pas manquer. Attention, quand même. Le monde des puncheurs ne se résume pas à ce trio et même certains favoris, à commencer par Pogacar et Roglic, devraient se sentir très à l'aise eux aussi. La bonne nouvelle, pour ceux qui seront battus samedi, c'est qu'une seconde chance se présentera dès le lendemain sur un terrain à peu près similaire, à Mûr-de-Bretagne. Les puncheurs sont gâtés.
Van der Poel et Alaphilippe en jaune, Bouhanni et Cavendish lèvent les bras : les paris de Fritsch
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Qu'attendre de Chris Froome ?
Chris Froome a été l'homme des années 2010 sur le Tour de France. Quatre fois vainqueur (2013, 2015, 2016, 2017), deux autres fois sur le podium (2e en 2012, 3e en 2018), il a marqué la décennie de son empreinte jaune. Mais s'il revient sur la Grande Boucle après trois années d'absence, le Britannique traîne sa peine depuis son retour à la compétition.
Sa grave blessure consécutive à sa chute sur le Dauphiné en 2019 semble avoir mis un coup de frein définitif à ses ambitions.
Chez Israel Start-Up Nation, il devrait jouer les équipiers de luxe auprès de son leader Michael Woods, mais même dans ce rôle, pas sûr qu'il soit d'une grande utilité au vu de ses récentes sorties. On a vu des retours de flamme spectaculaires par le passé, mais si Froome devait jouer un rôle majeur au général et peser sur la course, ce serait une colossale (et inquiétante) surprise vu son niveau acuel.
Froome : "Depuis ma chute, je ne rêvais que d'une chose : être au départ"
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Quelle équipe apparaît la plus solide ?
Nous sommes entrées dans l'ère des armadas, la méthode Sky ayant fait école. Bien ou mal, à chacun de juger, mais c'est une réalité.
Dans ce contexte, deux formations semblent au-dessus du lot sur la ligne de départ : Jumbo-Visma et INEOS-Grenadiers. Deux bulldozers surpuissants, deux effectifs ultra-complets et surarmés pour ces trois semaines de Tour, mais avec deux approches différentes. Concernant le classement général, chez les Bataves, ce sera tout pour Primoz Roglic. Chez INEOS, cela sent davantage l'armée mexicaine.
Le Slovène, malheureux deuxième l'an dernier, est en terrain connu avec ses fidèles autour de lui : Gesink, Kruijswijk, Kuss, Vingegaard ou Van Aert. Pour contrôler une course, difficile de faire mieux. Même si, on l'a vu en 2020, se sentir fort ne suffit pas toujours. Il y a davantage de cohérence sans doute chez Jumbo que chez INEOS, mais chaque médaille a son revers : s'il arrive malheur à "Rogla", le plan B ne permettra sans doute pas de viser aussi haut qu'avec lui. Chez INEOS, si.
Geraint Thomas, Richard Carapaz et Richie Porte ont tous les trois une tête de leader, et même Tao Geoghegan Hart, vainqueur du Giro 2020, serait le chef de file de bien des formations. INEOS devra trouver le moyen de coordonner toutes ces ambitions, mais si c'est le cas, avec Kwiatkowski, Castroviejo, Rowe et Van Baarle en équipiers, l'attelage peut faire mal.
Ineos insubmersible sur le Tour de France ? Le débat du jour
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Quel est le protocole sanitaire cette année ?
"On s'est basé sur le protocole de l'an dernier, à savoir un système de bulles, notamment pour la course", a expliqué cette semaine Pierre-Yves Thouault, le bras droit du directeur du Tour Christian Prudhomme en charge du dossier sanitaire. Tests PCR obligatoires pour les participants, paddocks des équipes fermés, cérémonie protocolaire sans embrassade, public tenu à distance : les règles diffèrent finalement assez peu de l'année passée, ce qui n'est pas illogique puisque la situation sanitaire du pays est à peu près comparable, à l'exception de la vaccination.
Si le port du masque n'est plus obligatoire à l'extérieur, il restera recommandé pour le public sur le bord des routes. Par ailleurs, toujours pour les spectateurs, le "pass sanitaire" sera demandé sur des zones spécifiques proches du départ et de l'arrivée des étapes. Un changement non négligeable par rapport à 2020 en ce qui concerne la course : l'éventuelle exclusion d'une équipe n'est plus corrélée à deux cas de Covid-19 pour des coureurs de la même équipe et non plus pour deux personnes, coureurs et encadrement compris. Le Tour s'aligne ainsi sur le règlement de l'UCI, moins strict que celui établi lors du Tour 2020.
Le Covid rôde toujours autour du Tour de France.
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Le dopage a-t-il repris une longueur d'avance avec le Covid ?
C'est une crainte souvent exprimée depuis le début de la pandémie planétaire, il y a maintenant près d'un an et demi. "La pandémie a fait qu'il y a eu moins de contrôles, il est évident que ça a fonctionné au ralenti comme toute l'activité, concède Christian Prudhomme. Il est absolument nécessaire de retrouver le volume et la pertinence des contrôles comme cela existait avant la pandémie."
Sur le Tour, la charge des contrôles revient à l'UCI en accord avec l'Agence nationale française. "Aujourd'hui, l'UCI travaille avec l'ITA (Agence internationale de contrôles) présidée par Valérie Fourneyron, un organisme indépendant qui fait les contrôles en toute indépendance du pouvoir", note Christian Prudhomme. Début juin, l'UCI s'est voulu rassurante en affirmant que "les contrôles hors compétition sont revenus à des niveaux normaux. Le niveau des prélèvements hors compétition prélevés au premier trimestre de cette année (1809) est légèrement supérieur à celui de 2019 (1715) pour la même période".
Bouquets, maillots vert, jaune et à pois : qui vise quoi parmi les Français ?
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