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Pascal Ferré : "Le Ballon d’Or peut se jouer sur le terrain médiatique mais ne s'y gagne pas"

"Le Ballon d’Or peut se jouer sur le terrain médiatique mais ne s'y gagne pas"

Le 19/10/2018 à 09:15Mis à jour Le 19/10/2018 à 13:07

Nous voici dans la dernière ligne droite. Les votes pour le Ballon d’Or ont débuté et dureront jusqu’au 9 novembre. Pascal Ferré, rédacteur en chef de France Football, a accepté d’évoquer le scrutin en cours et l’évolution du trophée depuis quelques années. Entretien.

Sur le papier, on a l’impression que cela peut être un des Ballons d’or les plus serrés de l’histoire ? Partagez-vous ce constat ?

Pascal Ferré : Ça peut être une impression… Les votes ont débuté il y a une grosse semaine, il y a encore trois semaines de scrutin. Je ne dévoilerai pas les temps intermédiaires mais c’est une impression qui existe. Pour plusieurs raisons. Cette 63e édition pourrait être plus serrée parce que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi qui ont dominé les dix dernières éditions occupent peut-être une position moins hégémonique. Peut-être que ceux qui sont appelés à prendre la succession ne se sont pas imposés d’une manière aussi autoritaire qu’envisagée et peut-être que le sacre des Bleus, porté par un collectif et non par une ou deux individualités fait que beaucoup de candidats crédibles existent.

Les votes seront clos le 9 novembre. Certains journalistes ont-ils déjà bouclé leur vote ? Pensez-vous que les dernières semaines décideront du scrutin ?

P.F. : Il y a déjà des votes qui nous sont parvenus. Ça fonctionne plutôt par vague. Mais c’est jusqu’au 9 novembre donc jusqu’à cette date, nos 180 jurés ont tout loisir de nous faire parvenir leur choix.

Vidéo - Beckenbauer, Sammer, Charlton... Les Ballons d'Or les plus serrés de l'histoire

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C’est la première année de Coupe du monde depuis que vous vous êtes séparés de la FIFA. Au regard du passé, pèsera-t-elle toujours autant ?

La Coupe du monde a-t-elle le même poids qu’une Ligue des champions par exemple ?

P.F. : Pourquoi la Ligue des champions aurait-elle plus de poids pour le votant du Burundi ou des Iles Féroé ? C’est une question de perception qui attrait à la physionomie de la compétition. Est-ce qu’en Ligue des champions, on a vu un joueur qui a écrasé la compétition de tout son poids jusqu’à la finale ? Sûrement un peu moins que l’année d’avant. Cristiano Ronaldo a été plus discret en demi-finale et en finale. Tout cela conduit à une course plus serrée que d’habitude.

Dans le règlement du Ballon d'Or, trois critères sont évoqués : les performances du joueur et son palmarès sur l'année, la "classe" du joueur, son charisme et sa capacité à respecter les règles du fair-play ainsi que sa carrière. Ça veut dire quoi la classe et le charisme ?

P.F. : Dans leur profil, tous les joueurs "ballondorisables" ont naturellement cette singularité dans leur ADN. En d’autres termes, quelle place ou trace vont-ils laisser dans l’histoire de leur sport ? A ce niveau-là, les dix derniers Ballons d’Or attribués à Messi et Ronaldo n’ont pas à rougir car ce sont deux joueurs qui resteront forcément dans l’histoire de leur sport.

Cristiano Ronaldo et Lionel Messi

Cristiano Ronaldo et Lionel MessiGetty Images

A l’ère des réseaux sociaux, est-ce que ça rentre en ligne de compte ? Être une star scintillante, ça compte ?

P.F. : Ce qui compte, c’est surtout d’être un très bon joueur sur onze mois. Un retourné acrobatique ne suffit pas à gagner un Ballon d’Or ; autrement Amara Simba en aurait gagné un. Il y a le côté spectaculaire à prendre en compte. En réalité, le Ballon d’Or est une synthèse de toutes ces qualités. Il peut se jouer sur le terrain médiatique mais il ne s’y gagne pas. Il peut s’y perdre mais ne s’y gagne pas.

" Nous sommes devant un risque de ventilation des voix entre les différents Français"

Faut-il faire campagne pour gagner le Ballon d’Or ?

P.F. : Il faut faire campagne habillement. Peut-être que la meilleure manière de faire campagne est de laisser les autres parler de soi. Ça, le Real le maîtrise parfaitement. Du temps de CR7, avant chaque édition, le Real se mettait en ordre de bataille pour défendre la candidature du Portugais. Il n’avait pas beaucoup à se forcer, certes, mais c’était fait. Il n’y avait pas de petit original qui allait prendre le risque d’aller à l’encontre de ça. Quand on arrive à s’attirer des soutiens, je pense qu’on ajoute des cordes à son arc.

Les Français ont été particulièrement actifs dans ce domaine récemment… Y aurait-il un moyen de lutter contre la dispersion des voix qui risque de toucher les Bleus ?

P.F. : Le seul moyen, c’est d’être très bon. Ou alors, il aurait fallu faire une sorte de primaire entre tous les joueurs concernés et qu’il en désigne un comme le Real le faisait tous les ans. C’est vrai que nous sommes devant un risque de ventilation des voix entre les différents Français.

En tant que rédacteur en chef de France Football, pensez-vous qu’un Français doit être Ballon d’Or cette année ?

P.F. : On ne peut pas être juge et partie. France Football organise le vote et le concours donc je ne peux pas dire pour qui il faut voter. Mais certains Français remplissent pas mal de cases à cocher pour gagner ce trophée.

Antoine Griezmann, Paul Pogba et Kylian Mbappé

Antoine Griezmann, Paul Pogba et Kylian MbappéGetty Images

" Rien dans les règlements n’interdit de gagner le Ballon d'Or et le prix Kopa"

Nous sommes le 19 octobre… Y a-t-il déjà des tendances qui se dégagent ?

P.F. : Je ne peux rien dévoiler. J’ai vu passer des commentaires de journalistes qui pensaient avoir en leur possession le podium complet. Il y a, à peu près, 25 votants actuellement sur 180. C’est comme dans le cadre d’une élection présidentielle. On est à 10h du matin et les bureaux de vote ferment à 20h donc c’est compliqué de faire des projections.

Peut-on, aujourd’hui, jouer en Ligue 1 et gagner le Ballon d’Or ?

P.F. : Je pense que oui. Étant donné ce qu’est en train d’essayer de faire aboutir le PSG, oui. Quand vous avez des Neymar, Mbappé, Cavani, Di Maria, etc. Le PSG a un effectif qui n’a pas à rougir de ce qu’il se fait ailleurs. Un Ballon d’Or made in Ligue 1 n’aurait rien de saugrenu.

Peut-on être "trop jeune" pour le Ballon d’Or ? Est-ce pour ça que vous avez créé le trophée Kopa ?

P.F. : Ce n’est absolument pas un lot de consolation qu’on aurait pu créer. Le trophée Kopa, on y a pensé il y a plus d’un an. C’est pour ça que Madame Kopa et une de ses filles étaient présentes à la cérémonie la saison passée. A ce moment-là, Mbappé n’était pas champion du monde et n’était pas devenu ce qu’il est. Et ce garçon n’a pas besoin de France Football pour exister. Ce prix est une passerelle entre l’académie des Ballons d’Or et les jeunes. Mais rien dans les règlements n’interdit de gagner les deux en même temps… Surtout que les deux jurys sont complètement indépendants (pour le prix Kopa, ce sont les anciens Ballons d’Or qui votent, NDLR).

Vidéo - Mbappé peut-il gagner le Ballon d'Or dès cette année ?

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Un défenseur Ballon d’Or ou un gardien de but, c’est encore possible ?

P.F. : Très sincèrement, oui. Ils sont tout à fait éligibles. Un gardien Ballon d’Or ? Il va falloir me démontrer qu’il existe actuellement un super cador pour lequel on achèterait à coup sur son billet toutes les semaines comme on le fait pour les autres. Un joueur de cette trempe-là dans les buts, franchement, je n’en ai pas vu.

Même chose pour les défenseurs. Il y en a d’excellents mais sont-ils de la même trempe qu’un Beckenbauer ? Je ne pense pas… D’autres immenses défenseurs, comme Maldini ou Baresi, ont fini leur carrière sans Ballon d’Or mais qui auraient pu le mériter. Mais, comme d’autres, ils n’ont pas réussi à cocher simultanément toutes les cases. De là à dire que ces postes ont été sacrifiés, je ne crois pas.

Est-ce un soulagement, ou tout du moins une respiration, de voir possiblement un autre vainqueur que Ronaldo ou Messi ?

P.F. : Quand on organise ce trophée, on ne peut pas dire "purée, pourvu que ce soit pas l’un des deux qui gagne". S’ils le méritent, pourquoi être mécontents ? La vraie question est de savoir si nous arrivons à la fin d’un cycle, celui de l’hégémonie de Ronaldo et Messi ? On s’en rapproche en tout cas. Ils ont tous les deux dépassé la trentaine ; ils n’ont pas été, jusqu’à preuve du contraire, exceptionnels à la Coupe du monde. En C1, Messi est parti très vite, CR7 s’est un peu essoufflé après les quarts de finale...

De là à dire que c’est la fin d’un cycle, c'est encore trop tôt pour moi. Pour connaître les deux bonhommes, ils ne rêvent que d’une chose : un sixième Ballon d’Or. Juste pour mettre fin à cette égalité 5-5. Et l’un et l’autre, ils ont toujours couru après la première place. Ils feront donc tout dans les deux, trois ans qu’il reste pour occuper tout en haut la place, pour le moment, du recordman des Ballons d’Or. Et franchement, pour le palmarès de France Football, avoir ces deux-là aux plus hautes places, on n’a pas trop à rougir.

Pour revenir sur la FIFA, estimez-vous que le Ballon d’Or est sorti renforcé de ce partenariat ?

P.F. : Je ne sais s’il est sorti renforcé… La collaboration a duré six éditions. Si cette collaboration a cessé, c’est sans doute qu’on avait davantage à y gagner qu’à y perdre.

On a l’impression qu’au niveau mondial, The Best est parvenu à se faire une place ? Est-ce un problème ?

P.F. : Ah bon ? Vous savez, on a 63 ans d’existence. On a un scrutin totalement transparent et c’est ce qui fait la force et la légitimité du Ballon d’Or. Je vous retourne la question : un mois avant l’officialisation de The Best, vous en entendiez parler sur toutes les chaînes, dans le monde entier ? Peut-être qu’on parle trop du Ballon d’Or, je peux le comprendre, mais il n’y a pas une journée qui passe actuellement où l’on ne parle pas de la course à ce trophée. Je n’avais pas besoin d’être rassuré mais cela suffit à prouver qu’il s’agit du trophée individuel qui compte le plus pour les joueurs.

Vidéo - 30 noms pour le Ballon d'Or... et quelques incohérences qui font tiquer

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