Red Bull donne des ailes. Dans le parcours de Christopher Nkunku, le célèbre slogan de la marque de boisson énergisante, propriétaire du RasenBallsport Leipzig, n’a jamais autant fait sens. Une métaphore à l’image de la saison de l’ancien milieu de terrain du Paris Saint-Germain qui multiplie les coups d’éclat et les performances de haut vol depuis son arrivée en Allemagne, l’été dernier.

Quelques mois seulement après son transfert à Leipzig, Nkunku s'est métamorphosé et affirmé comme l'un des joueurs clefs de l'une des plus belles équipes européennes de la saison. Un facteur X pour Leipzig, un de plus, qui n'a coûté "que" 13 millions d'euros, un montant qui paraît dérisoire aujourd'hui tant l'apport du milieu de terrain est colossal.

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Christopher Nkunku buteur pour Leipzig à Cologne en Bundesliga le 1er juin 2020

Crédit: Getty Images

Patience et longueur de temps

Si l’ancien Parisien détonne dans l’entrejeu allemand, cela n’a rien d’un hasard. Dès son arrivée à Paris, en 2010, l’ancien pensionnaire de l’INF Clairefontaine avait démontré toute l’étendue de son potentiel. Des qualités que l’on retrouve encore aujourd’hui au plus haut niveau. “Quand il est arrivé au PSG, Christopher n’avait pas encore fait sa croissance. Il faisait partie des joueurs qui ont eu un développement morphologique spectaculaire comme Presnel Kimpembe”, se remémore Laurent Bonadei, son ancien entraîneur au centre de formation. Avant de poursuivre. “Il avait la technique, la frappe de balle et la vitesse, qu’il a continué à travailler. Il a ensuite acquis de la puissance, de l’expérience. Maintenant, c’est un joueur complet. C’était un garçon qui avait du mental. Dans les entraînements, il n’avait pas forcément tous les atouts pour rivaliser avec les autres qui avaient une avance morphologique, mais ne lâchait rien, il se battait, il avait du caractère.

Comme ses anciens coéquipiers de l’académie parisienne, le natif de Lagny-sur-Marne aurait pu tenter un nouveau challenge à l’issue de sa formation. Mais Nkunku a préféré ne pas griller les étapes et attendre son heure dans son club formateur. “C’est un garçon qui a été très patient à Paris. Plusieurs fois, il a été évoqué de le prêter et il a préféré rester, s’entraîner avec des grands joueurs pour continuer sa progression et parfaire son bagage technique, physique, tactique et mental. Forcément, il réussit aujourd’hui”, témoigne son ancien éducateur, aujourd’hui adjoint d’Hervé Renard à la tête de la sélection de l’Arabie Saoudite. “Il n’a jamais eu d’état d’âme, il était toujours de bonne humeur. Avec Emery puis avec Tuchel, il a réussi à tirer son épingle du jeu. Mais à un moment donné, c’est normal, il a aspiré à jouer plus souvent et il a trouvé ça en Allemagne.”

Une vision partagée par Yvonne Gabriel, journaliste pour BILD, qui reprend les propos du jeune milieu : “Nkunku a dit un jour dans une interview : ‘Vous rêvez d'avoir du succès avec Paris, mais ce n'est pas si simple. Il faut être patient, mais parfois, ça ne suffit pas.’”

A Leipzig, un environnement idoine pour exploser

L’été dernier, Christopher Nkunku fait enfin le grand saut. Courtisé par le FC Séville, Arsenal et le Stade Rennais, le jeune milieu pose ses valises en Allemagne, au RB Leipzig, qui le suit depuis plus de de deux ans. Une signature qui a fait des émules outre-Rhin. “Les fans et tout le football allemand dans son ensemble, que ce soit la presse et même les autres équipes, ont été ravis de ce transfert”, confirme Yvonne Gabriel, qui suit le RB Leipzig au quotidien.

Pour Laurent Bonadei, la Bundesliga était le championnat idéal pour que Nkunku fasse parler son talent dans la durée. “C’est un football spectaculaire, qui laisse la possibilité de jouer sur un jeu en possession ou en transition avec des contre-attaques et ça offre des espaces. C’est un jeu porté sur l'offensive, la prise de risques. On le voit sur le nombre de frappes tentées au but, c’est l’un des championnats où les joueurs frappent le plus.”

Attendu, l’ancien Parisien se fond très rapidement dans le jeune effectif des Roten Bullen (23,6 ans de moyenne d’âge, le plus jeune de Bundesliga), bien aidée par la “colonie francophone”. “Bien sûr, c'est plus facile pour lui car il y a beaucoup de joueurs français dans l'équipe avec Upamecano, Konaté et Mukiele. Lorsqu’il est arrivé au stage cet été, il a également rencontré Jean-Kevin Augustin, un joueur qu'il connaissait bien depuis le PSG”, poursuit notre consœur allemande.

Nordi Mukiele et Christopher Nkunku

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Pourtant, Nkunku ne va pas se limiter à ce cercle familier et va rapidement être adopté par l’ensemble de ses coéquipiers et le staff. Avec l’apprentissage rapide de la langue de Goethe, en prime. “Ses progrès en allemand sont phénoménaux. J'ai également eu l'impression que son agent (ndlr José-Karl Pierre-Fanfan, ancien joueur de Monaco et du PSG) faisait du bon travail. Cet été, il est resté pendant les premiers jours du stage autrichien pour soutenir Nkunku. Je me souviens de lui disant qu'il serait très important pour Christopher d'apprendre l'allemand le plus rapidement possible. Et ça compte beaucoup pour l'entraîneur de Leipzig, Julian Nagelsmann”, abonde Yvonne Gabriel.

Nagelsmann, le professeur idéal

Un technicien qui a d’ailleurs vite cerné les qualités et le potentiel de Nkunku. Depuis le début de leur collaboration, Nagelsmann a eu une grande influence sur son jeune poulain. Comme pour ses autres joueurs, l’ancien coach d’Hoffenheim a réussi à impliquer pleinement le milieu français et à le faire adhérer à son projet de jeu.

Bien qu’il ait démarré la saison dans un costume de supersub, Christopher Nkunku a progressivement montré l’étendue de son talent et sa polyvalence. Jusqu’à se rendre indispensable comme titulaire. “Son travail sur le terrain est de lire le jeu, d’anticiper les dangers et les contre-attaques adverses. Il a cette capacité à agir et prendre les décisions très rapidement. Nagelsmann adore ça, mais aussi ses aptitudes à porter la balle, son don pour le dribble et ses fabuleuses passes diagonales”, nous explique la correspondante de BILD.

Parlant le même football sur le terrain, Nagelsmann et Nkunku se sont également bien trouvés en dehors et une relation de confiance mutuelle s’est installée entre les deux hommes. Selon Yvonne Gabriel, “Nagelsmann l’a fait progresser notamment sur le plan athlétique. Il va encore plus vite. Il multiplie les courses à haute intensité. Et il prend plus de responsabilités. Nkunku a mûri en tant que joueur et en tant qu’homme.”

Julian Nagelsmann mit Christopher Nkunku, 2019-2020

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Couvé, responsabilisé, décisif ; l’irrésistible ascension du titi parisien

Et la recette est payante. En l’espace de quelques mois, Christopher Nkunku s’est imposé comme l’un des meilleurs milieux du championnat. Versatile, l’ancien Parisien a démontré qu’il pouvait s’adapter aux exigences et aux nombreux changements de système de Julian Nagelsmann (3-5-2, 4-4-2 à plat, 4-3-1-2 ou encore 3-4-3) et ce, même en cours de match.

Même s’il est plus à l’aise dans l’axe, sa position le long de la ligne, qu’il occupe la majeure partie du temps au RBL, lui permet de rentrer et faire des ravages dans le coeur du jeu. “Il est capable de jouer assez haut, comme d’avoir un gros volume de jeu et de travailler dans le milieu. A Leipzig, il est plus utilisé sur le côté où il peut dézoner et rentrer”, analyse son ancien entraîneur au PSG. “Dans l’axe, il peut partir à droite, à gauche, il n’y a pas de limites posées par la ligne de touche. Comme il a une superbe frappe de balle, il est vite positionné à l’entrée de la surface pour réceptionner des centres et marquer.” Un avis que partage Yvonne Gabriel. “Pour moi, son meilleur poste est en milieu offensif, dans une position de numéro 10 (Zehner en allemand). En meneur de jeu, il exploite pleinement ses capacités. Il joue la diagonalité à merveille. Et pour son style de jeu (dribbles dans le tempo, passes dans la profondeur), il a besoin d'espace.”

Il a une main à la place du pied

Depuis ses débuts, le jeune français impressionne par ses nombreuses qualités techniques. Des aptitudes qui lui ont permis de signer 15 passes décisives et de marquer à 5 reprises depuis son arrivée en Allemagne, avec quelques merveilles comme son but face Leverkusen en octobre et surtout son quadruplé de passes décisives face à Schalke, en février dernier. Laurent Bonadei résume à merveille cet apport. “Il faut être aveugle pour ne pas voir sa qualité de frappe. C’est un garçon qui a très vite montré que sur les phases arrêtées, sa frappe de balle pouvait faire la différence. Quel entraîneur se priverait d’un très bon frappeur de coup de pied arrêté ? Je n’en connais pas un seul. Aujourd’hui, ça représente entre 30 et 45% des buts marqués. Logiquement, il a cette responsabilité. Il a une main à la place du pied.” Une contribution qui permet à Leipzig de s’imposer comme la meilleure équipe du pays sur phases arrêtées.

A plusieurs reprises, son coup de pied a permis de déstabiliser des défenses entières comme ce fut le cas sur le corner tiré pour le but de Marcel Halstenberg, face à Schalke 04, en février dernier. “Il a une qualité de frappe qui lui permet de frapper fort et enroulé. En fonction de sa position, il peut surprendre le gardien. La frappe de balle, c’est quelque chose qu’il a travaillé très, très jeune. Au-delà d’avoir acquis plus de puissance et plus d’impact, il est très précis “, complète son ancien formateur au PSG.

Depuis son arrivée en Allemagne, Nkunku a rapidement endossé le costume de distributeur de caviars. Un rôle que le milieu de terrain a toujours connu et qui n’a rien de surprenant. “Pour vous donner une idée, lors de sa saison en U19, où on a bataillé jusqu’au bout avec Lille pour le titre, il est meilleur passeur de l’équipe avec 19 passes décisives”, se souvient Laurent Bonadei. “C’est un garçon qui a des qualités techniques individuelles au-dessus de la moyenne, mais qui sait aussi être altruiste et jouer pour les autres.

A quatre journées de la fin du championnat, Christopher Nkunku est actuellement troisième meilleur passeur du championnat avec quinze offrandes, derrière Jadon Sancho et Thomas Müller. Face à Hoffenheim ce vendredi, il aura l’occasion de se rapprocher du total de son coéquipier suédois, Emil Forsberg, qui avait distillé 19 passes décisives lors de la première saison du RB en Bundesliga, en 2016-2017.

Comme le bon vin, Christopher Nkunku devrait encore se bonifier avec l’âge. Une hypothèse confortée par Laurent Bonadei. “Il n’a pas fini de progresser. Je ne lui vois pas de limites. Dans les deux, trois années qui vont arriver, il va encore se bonifier.” Loin de la ville lumière, Nkunku brille enfin de mille feux. Et ce n’est que le début.

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