C'est l'une des révélations de la saison outre-Rhin. A bientôt 25 ans (il les aura le 9 mars prochain), Baptiste Santamaria a sauté le pas et découvert l'étranger. En rejoignant Fribourg pour 15 millions d'euros cet été, où il est d'ailleurs devenu le joueur le plus cher de l'histoire du club, le milieu de terrain a donné un nouvel allant à sa carrière. Comme une suite logique pour continuer à rêver plus haut.
Car sans faire de bruit, le natif de Saint-Doulchard s'est vite imposé comme l'un des milieux de terrain les plus complets du championnat allemand. Hyperactif, puissant et organisateur du jeu du SCF, l'ancien "4x4 du SCO" est vite devenu l'un des piliers du collectif de Christian Streich, actuellement huitième de Bundesliga. Et si cette explosion se poursuivait, Santamaria pourrait bien être l'une des grandes surprises de Didier Deschamps dans les prochains mois. Entretien avec un milieu tout terrain qui vise toujours plus loin.

Baptiste Santamaria traf in Sinzheim zur 1:0-Führung für den SC Freiburg

Crédit: Getty Images

Ligue 1
Puel s'accroche : "On va conquérir notre public"
IL Y A 9 HEURES
Vous étiez suivi par de nombreuses écuries depuis plusieurs années. Angers vous avait fait une promesse pour l'été 2020 et vous a laissé partir. Vous avez choisi la Bundesliga. C'était une volonté de votre part de rejoindre ce championnat plus qu'un autre ?
Baptiste Santamaria : Oui, j'avais envie de découvrir un autre pays avec un gros championnat. L'occasion de Fribourg s'est présentée et ça m'a tout de suite intéressé, pas seulement le projet, mais aussi leur envie de m'avoir avec eux. Évoluer dans un grand championnat, si ce n'est le meilleur, franchement c'est top.
On sait que le contexte est compliqué avec la Covid et l'absence de supporters. Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous êtes arrivé là-bas ? Quelle est la différence avec ce que vous avez connu en France ?
B.S : Les premières impressions sont très bonnes. Il y a des choses qui sont différentes notamment au niveau de l'intensité. Le jeu est un peu différent. Je ne pense pas que la Ligue 1 soit moins forte, mais je dirais juste "différente" dans son approche. Bien sûr, on le sait tous : ce qui nous galvanise, ce qui a un côté excitant, ce sont les supporters, le bruit, l'engouement autour du terrain. Ça nous manque, ça fait vide. Les supporters font la différence ici. C'est un spectacle. Là, on fait notre boulot sérieusement et on a envie de s'exprimer, mais c'est différent.
Je pense que je suis dans mon élément en Allemagne.
Vous avez un profil de joueur infatigable, avec un gros volume de jeu (ndlr, il est le cinquième joueur de Bundesliga en moyenne de kilomètres parcourus par match). En termes d'intensité, de multiplication des courses, est-ce que c'est quelque chose qui vous a marqué depuis votre arrivée ?
B.S : Je pense que je suis dans mon élément en Allemagne. C'est un championnat qui correspond à mes qualités. Tout était rassemblé pour que je m'épanouisse.
Fribourg vous voulait absolument (ndlr, Baptiste Santamaria est le joueur le plus cher de l'histoire du club avec un transfert estimé à 15 millions d'euros). Qu'est-ce que vous en connaissiez avant d'y mettre les pieds ?
B.S : Je me suis forcément renseigné quand j’ai eu écho de l’intérêt. Je ne connaissais pas forcément l'historique, les antécédents, etc. Quand le club s'est vraiment positionné, je me suis penché sur les infrastructures, la volonté du club, son projet, ce qu'ils attendaient de moi. Ca "matchait" à la perfection pour que je puisse continuer ma progression.
A Fribourg, vous avez retrouvé un club qui ressemble beaucoup à Angers. Est-ce que vous ressentez ce sentiment de continuité ?
B.S : C'est un club très familial, qui a une énorme confiance en son coach et c'est un élément très important. Le bon fonctionnement de la structure se retranscrit sur le terrain. On voit qu'on travaille sereinement dans cet environnement, qu'on progresse. On est mis dans les meilleures dispositions ici.
Vous avez connu Stéphane Moulin à Angers et maintenant Christian Streich, qui est un peu une institution à Fribourg. Les deux semblent très similaires aux premiers abords, mais comment les différencier ?
B.S : Ce sont des personnes qui ont des personnalités différentes, mais qui ont la même rigueur dans le travail et au niveau des idées. Le coach Moulin est quelqu'un de plus réservé, qui ne parle pas beaucoup, mais qui a souvent les mots justes. Christian Streich est plus dans l'émotion. On le "voit plus", on ressent plus les choses. Il aime énormément parler avec ses joueurs, il essaie de tous nous comprendre pour nous mettre dans les meilleures dispositions et nous aider à performer.

Christian Streich, le coach du SC Fribourg depuis 2011 a poussé pour le recrutement de Santamaria.

Crédit: Getty Images

Comment qualifieriez-vous cette nouvelle relation avec Streich justement ? Qu'est-ce qui fait sa singularité ?
B.S : Il vit vraiment le football. Il vit ça comme s'il n'y avait rien d'autre. Il est minutieux, il fait attention aux moindres détails dans son approche. Je progresse en permanence. Même quand je fais quelque chose de bien, il me pousse à faire encore mieux car il veut tirer le maximum de chacun de nous.
Je dirais que j'ai davantage de 'missions' sur le terrain avec ce poste de relayeur
Depuis vos débuts professionnels à Tours, vous avez connu tous les postes du milieu de terrain. Streich vous a un peu donné les clefs du milieu ici en vous installant au cœur du jeu, en relayeur notamment pour profiter de votre volume de jeu. Vous sentez ces responsabilités et cette importance ?
B.S : Je ne pense pas que j'ai plus de responsabilités à proprement parler. Je dirais que j'ai davantage de missions sur le terrain. Quand je joue dans un rôle de relayeur comme actuellement, ça met en avant mes qualités à aller vers l'avant. Cette faculté à récupérer le ballon comme je l'ai travaillé à Angers et à me projeter, et ne pas uniquement me cantonner à ce rôle de plateforme de lancement, ça me plaît. J'ai beaucoup progressé à ce niveau-là. Offensivement, j'ai le sentiment d'avoir plus de responsabilités et de libertés.
Vous jouez beaucoup avec Nicolas Höfler qui est un cadre du club depuis de nombreuses années. Pouvez-vous nous parler de cette relation sur le terrain, lui qui a un rôle plus défensif ?
B.S : On est assez complémentaires oui et il me met en confiance. Dans notre système en 5-4-1 ou en 4-4-2, il a ce rôle d'avant-dernier rideau défensif. Ça fait partie de ses qualités et ça me permet d'être plus libre, de davantage me projeter et organiser le jeu.
Ce poste de relayeur est-il finalement le meilleur pour vous ?
B.S : J'aimais bien ce poste de sentinelle à Angers. Peu importe le poste du milieu de terrain, je suis dans mon élément. L'avantage de jouer plus haut, c'est de pouvoir être plus décisif, que ce soit par mes passes ou le nombre d'occasions que je peux créer. Ce poste de relayeur me va bien.
Fribourg a toujours été une équipe réputée pour son jeu. Pouvez-vous nous en parler ?
B.S : C'est une philosophie toujours centrée sur le jeu, le fait de jouer au ballon, en repartant proprement. Ce que j'aime beaucoup, c'est que même les gardiens participent au jeu. Alors oui, ils vont relancer long quand ils n'ont pas le choix, mais la plupart du temps c'est repartir court pour poser le jeu et faire des différences. Et ça s'applique à tout le monde. Ce sont des choses qui pour nous sont gratifiantes car on ne court pas après le ballon, on se projette rapidement.
Quand on voit l'évolution de Benjamin Pavard, forcément ça fait envie...
Est-ce que le fait d'avoir vu des joueurs français performer en Allemagne a été un élément clef dans votre décision ?
B.S : Oui, quand on voit les joueurs qui y ont évolué ou qui y évoluent et qui prennent énormément de plaisir, ça pèse dans la décision. L'un des premiers qui a vraiment ouvert la voie, c'est Ribéry. Quand on voit l'évolution de Benjamin Pavard qui est passé par Stuttgart, qui a intégré la sélection et après qui est parti au Bayern, forcément ça fait envie. Il y a aussi l'émergence d'Alassane Pléa ou de Marcus Thuram, ça montre que les Français s'épanouissent pleinement dans ce championnat.
Jonathan Schmid, l’autre Français de l’équipe, connaît parfaitement le club et la Bundesliga. Quel rôle a-t-il eu dans votre intégration ?
B.S : Il a été très important pour moi. Il y a la barrière de la langue avec l'allemand, mais bon on parle en anglais. Mais bien souvent, Jonathan a le rôle de traducteur pour traduire les consignes lors des séances. C'est plus facile de s'intégrer avec quelqu'un qui est là depuis longtemps. Il m'a beaucoup aidé à m'intégrer dans le vestiaire. J'ai vraiment été parfaitement accueilli ici.
Vous êtes 8e de Bundesliga, à cinq points de Dortmund. Est-ce que l'Europe est dans un coin de votre tête ?
B.S : On l'avait dit en début de saison : on voulait titiller les gros clubs et on l’a fait en gagnant contre Dortmund à la maison ou en allant faire une bonne performance à Munich malgré la défaite (ndlr, Fribourg a également battu Leverkusen sur son terrain la semaine passée). Mais il ne faut pas s'emballer. On doit continuer à prendre des points. On a une très bonne place. On va avoir de belles équipes à jouer et qui sont devant nous. On a un bon groupe, on peut embêter toutes les équipes.

Baptiste Santamaria au duel avec Jadon Sancho lors de Fribourg-Dortmund, en février 2021

Crédit: Getty Images

Quels sont les joueurs qui vous ont le plus impressionnés depuis votre arrivée en Allemagne ?
B.S : Je dirais un peu tout le monde. Je n'ai pas repéré des individualités comme on peut mettre à part Neymar ou Mbappe au PSG. Par rapport à la Ligue 1, il y a beaucoup d'individualités qui se fondent pleinement dans des projets collectifs en Allemagne. Les équipes ont plus de budget. Que ce soit dans le contenu, les individualités, il y a un sacré mix et ça nous pousse à sortir de belles performances.
On a beaucoup parlé de votre profil polyvalent. Est-ce qu'il y a des joueurs dont vous vous inspirez ?
B.S : Bien sûr, j'aime beaucoup Thiago Alcantara, Joshua Kimmich ou Frenkie De Jong. Ce sont des joueurs qui évoluent dans le même registre que le mien et j'essaie de les voir pour apprendre. On progresse forcément en regardant et en étudiant ce genre de joueurs.
D'un point de vue tactique, technique, qu'est-ce qui vous a le plus frappé ?
B.S : L'intensité, sans aucun doute. C'est un jeu "box-to-box". C'est rare qu'on affronte un bloc qui va rester compact et qui ne va pas se livrer. Attention, défensivement, c'est très costaud, mais ce n'est pas fermé. Il y a tout le temps du jeu, les équipes proposent toujours quelque chose. Ça donne des matches avec beaucoup d'intensité. En deux secondes, on peut se retrouver proche de la surface, devoir se replier en vitesse et relancer une offensive après une récupération rapide. La lucidité, les gestes techniques, les interventions ressortent donc c'est complet.

Palmarès, implacable, 8-2 : Ce Bayern est-il la meilleure équipe de l'histoire ?

Vous êtes arrivés en Allemagne avec de grosses ambitions. Quel premier bilan tirez-vous après six mois passés outre-Rhin ?
B.S : Un très bon bilan dans le sens où j'ai directement été mis dans le bain. Dès le premier match, j'ai pu montrer mes qualités. Il a fallu beaucoup analyser et je suis monté peu à peu en puissance, au fil des matches. C'est un très beau championnat et c'est un très gros challenge pour moi que de m'imposer ailleurs. Je suis vraiment content.
Vous avez pris l'exemple de Benjamin Pavard qui a tenté l'expérience dans un club certes historique, mais qui n'a plus son aura d'antan. C'est une trajectoire qui vous fait envie ?
B.S : Bien sûr, je ne vais pas vous mentir, c'est un objectif. J'ai envie de continuer ma progression. Je ne me mets pas de limites. J'ai forcément envie de jouer la Ligue des Champions.
Je ne voulais pas être dans une situation de confort et je voulais prendre des risques en partant à l'étranger pour prouver mes qualités
Vos performances ne passent pas inaperçues en tout cas puisque vous êtes surveillés par beaucoup d’équipes dans la préparation des matches (ndlr, il est actuellement le cinquième joueur à parcourir le plus de kilomètres en Bundesliga et réalise presque 6 interceptions par match). Les gros ne devraient pas tarder à toquer à la porte…
B.S : C'est mon agent qui gère tout ça, mais il m'a dit qu'on regardait mes performances. Il faut continuer à travailler, à performer pour aller plus haut.
Vous avez connu les Bleuets (ndlr, il a remporté le Tournoi de Toulon avec les U20 en 2015). France Football et quelques médias vous ont cité comme potentielle surprise de la liste en mai…
B.S : Forcément, ça fait plaisir. On met en valeur mon travail. C'est l'un de mes rêves, je travaille pour. Les Bleus, je les ai dans un coin de la tête. C'est la raison pour laquelle je suis parti à l'étranger. Je ne voulais pas être dans une situation de confort et je voulais prendre des risques en partant à l'étranger pour prouver mes qualités. Je voulais montrer ce que je valais. Quand on est français et qu'on évolue dans des gros championnats, le staff jette un œil donc maintenant, c'est à moi de continuer à être bon pour viser haut.

Baptiste Santamaria lors de RB Leipzig-Fribourg, en novembre 2020

Crédit: Getty Images

Ligue 1
Un climat tendu mais du coeur : Les Verts sauvent l'essentiel
IL Y A 10 HEURES
Ligue 1
Fumigènes, filets brulés : Le coup d'envoi de Saint-Etienne-Angers retardé
IL Y A 12 HEURES