JEAN-CLAUDE CHATARD, Morten Boesen, le médecin de l'équipe danoise, a confirmé dimanche que Christian Eriksen avait été réanimé sur le terrain suite à l'utilisation d'un défibrillateur et après un seul "choc". Qu'est-ce que cela nous apprend, sans connaître bien sûr le dossier précisément ?
J-C. C. : "A partir du moment où il a eu une défibrillation et qu'il a donc été "choqué", cela signifie qu'il a fait un trouble du rythme cardiaque. Ce trouble du rythme est probablement grave. Il faut alors rechercher une cause en effectuant une batterie d'examens, ECG, Echo, IRM etc... Il devrait être fixé dans les prochains jours. Si on ne trouve pas de lésion anatomique, il subira des tests d’exploration électro-physiologique pour déterminer la région des troubles du rythme en cause. Si on ne trouve toujours rien, il devra être surveillé et enregistré sur une très longue période à la recherche d’un autre épisode. Si on ne trouve toujours rien, il pourra peut-être reprendre le sport sous surveillance."
Faire un malaise cardiaque n'est donc pas forcément synonyme d'arrêt du sport de haut-niveau ?
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J-C. C. : "Vous avez raison. Parmi la vingtaine de maladies génétiques qui peuvent être à l'origine d'un malaise cardiaque, quelques-unes sont curables définitivement. Cependant, la plupart ne le sont pas. Si vous avez par exemple une hypertrophie génétique des fibres musculaires cardiaques, vous pourrez vivre avec, mais à chaque fois que vous réaliserez un sprint, vous serez en situation de risque arythmogène et donc d’arrêt cardiaque. A cet instant, ce sera donc grave.

Christian Eriksen

Crédit: Getty Images

D'ailleurs, comment se fait-il que ce type d'incidents arrive encore sur les pelouses internationales alors que les protocoles ont été renforcés depuis notamment la mort de Marc-Vivien Foé lors de la Coupe des Confédérations 2003 ?
J-C. C. : "La plupart des maladies peuvent être diagnostiquées par un électrocardiogramme de repos ou à l'exercice. Le problème est que les 20 maladies sont la plupart du temps silencieuses. La mort subite est le premier symptôme dans 50% des cas. Certains sportifs ne font qu’un trouble du rythme et une seule fois.... Pour les autres, il faut les enregistrer pour les objectiver. Une autre façon également de les prévenir est d’être très attentif à des symptômes prémonitoires comme les palpitations ou comme les malaises qui arrivent pendant l’exercice.
On sait que le Néerlandais Daley Blind par exemple joue avec un pacemaker, mais y a-t-il des cas de sportifs de haut niveau qui ont été opérés après un malaise cardiaque et ont pu reprendre leur activité ?
J-C. C. : "Oui. Comme vous le dites, il y a même des sportifs qui jouent avec des défibrillateurs implantés. C'est un vrai débat. J'en connais au moins deux qui sont professionnels. Ils ont un défibrillateur sur eux. S'ils font un arrêt cardiaque, ils sont automatiquement 'choqués' pour que leur coeur reparte sur un rythme régulier. Normalement, le port d’un défibrillateur est une contre-indication à l’exercice."

An emotional Daley Blind hugs Netherlands boss Frank de Boer after playing a day after his friend Christian Eriksen suffered a cardiac arrest

Crédit: Getty Images

Cela peut sembler surprenant de prendre de tels risques avec sa vie ?
J-C. C. : "Certains sportifs vivent dans le déni et pensent qu'ils vont y échapper puisqu'ils s'en sont déjà sortis une fois. Je peux donner l’exemple un basketteur professionnel qui a fait quatre arrêts cardiaques. Il est mort au quatrième. Pour les trois premiers, il a réussi à les cacher à ses deux nouveaux clubs afin de continuer d'évoluer en professionnel alors qu'il était contre-indiqué à l'exercice depuis son premier incident et qu'il avait refusé de porter un défibrillateur. La pression professionnelle est énorme lorsque c’est leur seul métier. Pour l'illustrer, je peux donner l’exemple d’un footballeur professionnel particulièrement doué lorsque je travaillais au Qatar. Son emploi faisait vivre 18 personnes de sa famille en Egypte. Après avoir été diagnostiqué à faible risque de mort subite mais à risque tout de même, il a été autorisé à s’entrainer en présence du médecin du club et d’un défibrillateur sur le terrain."
Sur le long terme, y aura-t-il la possibilité d'éviter ce type de malaises ?
J-C. C. : "Oui bien sûr. Au Qatar l'émir nous avait demandé qu'il y ait un risque zéro de mort subite sur les terrains de sport. Un suivi exceptionnel des sportifs a été mis en place avec l'hôpital d’Aspetar qui était pour moi l'idéal de ce qui peut exister dans le monde dans la prévention des risques cardiaques chez les sportifs. Pour autant, l'exemple du basketteur cité plus haut illustre bien que l'on n'a pas pu y parvenir à 100%. En mettant en place une structure de suivi, je pense cependant qu'on pourrait repérer au moins 95 à 99% des cas à risque. Je n'ai pas d'études avec certitudes là-dessus. Ce qui est avéré en tout cas, c'est que l’installation des défibrillateurs dans les lieux publics multiplie par cinq la possibilité de récupérer les accidents de morts subites. D'où la nécessité aussi de former les gens aux gestes de premiers secours. Le risque zéro n'existe pas. Mais on peut faire de gros progrès. Et actuellement, on est sur la bonne voie."
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