Ça y est, la mi-temps a été sifflée. La phase de groupes étant terminée, l’Euro marque une pause, jeudi et vendredi. Il faut reconnaître que celle-ci est bienvenue. Pour les joueurs des équipes encore en lice, évidemment, mis à rude épreuve depuis le début du tournoi. Mais aussi pour nous, passionnés un peu fêlés, qui n’avons rien loupé - ou presque - des 36 matches disputés jusqu’à présent. Parce que nous non plus, nous n’avons pas été épargnés.

Décevant, lénifiant, voire médiocre

Soyons honnêtes : sur la ribambelle de rencontres à laquelle nous avons assisté, depuis notre canapé ou notre chaise de bureau, combien nous ont emballés, par la qualité du jeu proposé ? Une demi-douzaine, tout au plus, même si les comptes ne seront pas exactement identiques d’un observateur à l’autre. Certes, les confrontations de ces dernières journées ont, dans l'ensemble, été plus débridées. Mais pour le reste, le spectacle a trop souvent été décevant dans le meilleur des cas, lénifiant parfois (ce qui était idéal pour la sieste de 15h), voire carrément médiocre.
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L’Angleterre, qui a donné la désagréable sensation de sous-exploiter son incroyable potentiel, nous a frustrés. L’Espagne, qui est devenue une caricature d’elle-même à force de faire tourner le ballon de manière stérile, nous a agacés. La Croatie, qui a attendu la deuxième période de son dernier match et un éclair de Luka Modric pour enfin sortir de sa léthargie, nous a déçus. Et ce ne sont pas les démonstrations de l’Italie, de la Belgique ou des Pays-Bas, en balade dans des groupes d’une faiblesse sidérante, qui ont pu égayer nos soirées.

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L’Euro à 24, le cœur du problème

À bien y penser, le cœur du problème réside dans le choix du format. Avant, avec son Euro à 16 équipes, l’UEFA avait trouvé la recette parfaite. Les poules étaient d’une densité folle, les chocs étaient légion et la difficulté d’accéder aux quarts rendait la lutte palpitante. Là, cet Euro à 24, ça ne va pas. Car il y a trop de sélections, pour commencer. La Macédoine du Nord, par exemple, n’a pas à rougir de sa première sortie en tournoi majeur. Toutefois, sans vouloir faire injure à qui que ce soit, force est de constater que la présence d’un nombre trop important de "petites équipes" participe à une forme de nivellement par le bas.
Surtout, ce format favorise les calculs d’épicier, puisqu’il permet aux quatre "meilleurs" troisièmes (ou aux moins mauvais, pourrait-on dire) de gratter un ticket pour les 8es. En général, 4 points suffisent (3 même, pour des Ukrainiens miraculés). Un nul insipide, une victoire étriquée et c’est bon, la porte vers le tableau final est grande ouverte. C’est ainsi que la Suède, longtemps palme d’or du jeu restrictif, a assuré sa qualification après deux premières prestations extrêmement ternes. Puis elle s'est davantage libérée, enfin, au cours d'un troisième match bien plus haletant face à la Pologne.

Macédoine du Nord - Pays-Bas

Crédit: Getty Images

Où est la ferveur ?

Mais il ne faudrait en aucun cas avoir la mémoire courte. Le premier Euro à 24 prétendants a eu lieu il y a cinq ans, en France. Et là aussi, la phase de groupes avait été globalement très pénible à suivre. Sauf qu’à l’époque, au moins, on sentait un véritable engouement populaire autour de l’événement. Des supporters venus des quatre coins du Vieux Continent ont débarqué en masse dans un seul pays.
Ils y ont encombré les rues, fait le bonheur des propriétaires de débits de boissons et, bien sûr, se sont fait entendre, dans des stades toujours copieusement garnis. Il y avait le clapping islandais, les Nord-Irlandais et leur soutien indéfectible à Will Grigg. Il y avait une ambiance particulière. Une atmosphère de fête.
En 2021, cependant, il n’y a quasiment rien de tout cela. Dans une Europe encore malmenée par le Covid-19, aller d’un stade à l’autre - et, par conséquent, d’un pays à l’autre - relève du parcours du combattant. Les jauges imposées sont un autre frein à considérer, et la plupart des enceintes sonnent donc terriblement creux. En fin de compte, pour ressentir de la ferveur, il fallait être à Budapest pendant un match de la Hongrie. Ou bien à Copenhague.

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Le frisson danois

Car s’il y a bien une chose que cet Euro n’a pas manqué de nous offrir, c’est une équipe frisson. Celle qui, pour une raison ou une autre, attire tous les regards et suscite une sympathie unanime. Cette équipe, c’est le Danemark. L’élément déclencheur, c’est le malaise cardiaque de Christian Eriksen, qui a pétrifié spectateurs et téléspectateurs même si, fort heureusement, le milieu de l’Inter Milan a été secouru à temps et le pire a pu être évité.
Apparus les larmes aux yeux, faisant corps autour de leur coéquipier lorsque celui-ci était au sol, et finalement battus par la Finlande un peu plus tard, les Danois auraient pu perdre le fil de leur tournoi. Au contraire, portés par tout un peuple, ils se sont sublimés et ont produit un spectacle souvent exaltant. S’il n’a pas renversé des Belges pourtant très malmenés, ce vent de fraîcheur venu du Nord a éparpillé les Russes, et offert aux hommes de Kasper Hjulmand le droit de poursuivre l’aventure. On en redemande, de leur part comme de celles des autres. Alors, vivement samedi pour la suite.
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