30. Gazza et la chaise du dentiste
Ecosse – Angleterre (0-2)
Match de poules, Euro 1996

Paul Gascoigne est aussi doué balle au pied que bouteille à la main. Extrêmement donc. Si ses facéties hors du terrain l'ont peut-être privé d’une carrière exceptionnelle, elles ont en revanche offert l’une des célébrations les plus mythiques de l’histoire de l’Euro. Avant cette édition 96, les Three Lions sont sous pression. Eliminés en poules en 1992 mais surtout absents du Mondial américain de 1994, les Anglais ont un affront à laver à domicile. Mais, lors d’une tournée de préparation à Hong Kong, scandale dans le Royaume : des photos d’une soirée très arrosée exhibent les joueurs installés sur une chaise de dentiste dans un bar en train d’ingurgiter des litrons de boissons diverses.

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Gazza est évidemment dans le lot. Sa rédemption sera à la hauteur de l’acharnement des tabloïds sur le sujet. Face au rival écossais, où joue d’ailleurs le fantasque Anglais, Gascoigne touche au génie alors que l’Angleterre souffre et que Seaman a dû repousser un penalty adverse. Servi à l’entrée de la surface, il tente un sombrero sans contrôle du gauche avant d’enchaîner sur une volée du droit. Enchaînement exceptionnel, Wembley est conquis. Mais Gazza n’a pas fini son show. Pour célébrer, il s’allonge près du but et finit par se faire asperger d’eau par Teddy Sheringham pour imiter la beuverie de Hong Kong. Iconique.

29. Tirage au sort et finale en deux matches pour l’Italie
Yougoslavie - Italie : 1-1 puis 0-2
Finale Euro 1968

Le moins que l’on puisse dire, c'est que le format du "Championnat d’Europe de football" de 1968 n’était clairement pas au point, et c'est la seule et unique fois dans l'histoire de la compétition qu’une finale a dû être rejouée. L’Italie s’est qualifiée grâce à un tirage au sort après son match nul face à l’URSS (0-0). L’autre finaliste est la Yougoslavie, qui a battu l’Angleterre (1-0).

Les deux sélections se sont affrontées au Stadio Olimpico un 8 juin. C’est Džajić qui a ouvert le score à la 39e minute de jeu. Domenghini a remis les compteurs à zéro dix minutes avant la fin du match, et a poussé les deux équipes à la prolongation… qui ne verra aucune d’entre elles s’imposer. Les tirs au but ne sont pas prévus, et donc la finale est rejouée deux jours plus tard, le 10 juin. Cette fois-ci, la Squadra s’impose grâce à Riva (12e) et Anastasi (31e).

28. Un final à couper le souffle
Yougoslavie – Espagne : 3-4
Phase de groupes – Euro 2000

Un match d'anthologie. Et pourtant, c'est une rencontre de la phase de poules. Mais quelle rencontre ! Et quel final surtout. Ce duel entre la Yougoslavie et l'Espagne est resté dans les mémoires pour son scénario et la détermination espagnole. Obligée de gagner pour voir les quarts de finale, l'Espagne court après le score tout le match. Après être revenus au tableau d'affichage deux fois, les coéquipiers de Raul ou de Gaizka Mendieta sont encore menés 3-2 à la 90e par Sinisa Mihajlovic and co. La sortie est proche. Surtout que la Yougoslavie de Dragan Stojković repousse les différentes tentatives adverses à l'image de cette claquette d'Ivica Kralj sur un lob subtil de Pep Guardiola à quelques secondes de la fin. Mais la Roja ne lâche rien. A bon escient.

A la 92e, l'Espagne obtient le penalty de l'espoir. Mendieta ne se fait pas prier pour le transformer. Sa joie de voir la sélection ibérique revenir une troisième fois au score laisse cependant pantois, un nul ne sauvant pas son équipe de la sortie. Mais le talentueux milieu de Valence doit avoir un don de voyance. Car quelques minutes plus tard, l'improbable se produit. Sur une longue transversale désespérée de Pep Guardiola, Alfonso Pérez voit le ballon lui revenir dans la surface. Et d'une demi-volée, l'attaquant du Betis Séville, déjà auteur du premier but espagnol, trouve encore le chemin des filets pour offrir la victoire aux siens et la qualification pour les quarts de finale. A la 95e ! Aussi improbable que sublime.

27. Ramos, la panenka après la fusée
Espagne - Portugal : 0-0 (4 tab à 2)
Demi-finale Euro 2012

S’il n’y avait eu une folle confrontation entre le Bayern Munich et le Real Madrid en demi-finale de la Ligue des champions un bon mois auparavant, il n’y aurait pas lieu de raconter ce qu’il va suivre. Parce que Sergio Ramos aurait, après tout, réussi une panenka lors d’une séance de tirs au but. Comme Andrea Pirlo au tour précédent, face à l’Angleterre. La belle affaire. Mais il y a eu cette demie de C1 entre le Real et le Bayern. Et ce missile de Ramos, envoyé dans les cieux, au coeur d’une séance de tirs au but remportée par Neuer et ses copains. On a beaucoup moqué le défenseur central. C'était, déjà, dans l’air du temps.

On a beaucoup moins ri de lui quand, en demi-finale de l’Euro, quatrième tireur espagnol, il s’est avancé face à Rui Patricio et, alors que le score était de 2-2, s’est permis un petit bonbon pour mettre les siens sur la voie d’une troisième finale internationale en quatre ans. Une panenka, rien que ça. Ramos ne se dégonfle jamais. "Dans les moments difficiles, il faut apprendre de nos erreurs. Après ma dernière expérience malheureuse, je voulais réessayer", expliquait-il après coup. Vincente del Bosque n’a pas plus hésité. "L'entraîneur me connait bien. Il a cru en moi. On a passé quelques années ensemble et il sait que je suis un peu fou".

La panenka folle de Sergio Ramos à l'Euro 2012

Crédit: Getty Images

26. L'acte manqué de Southgate
Angleterre - Allemagne (1-1 a.p., 5-6 t.a.b.)
Demi-finale Euro 1996

"Oh c'est Southgate… ce type n'a aucune expérience des penalties !". Gareth Southgate le ressent comme tel. Quand il s'avance vers le point de penalty, c'est le doute qui envahit Wembley. Et le défenseur anglais par la même occasion. Comme s'il avait besoin de ça. Le seul penalty qu'il avait tiré en carrière jusqu'ici, c'était trois ans plus tôt face à Crystal Palace. Il l'avait manqué. Alors, pourquoi lui faire confiance à lui ? Terry Venables commence à ne plus trop avoir le choix. A ce moment de la séance, cinq de ses joueurs ont déjà réussi leur tentative. Le sélectionneur anglais doit piocher parmi les non-spécialistes. Il avait auparavant demandé à Southgate s'il se sentait de frapper. Le joueur lui avait répondu par l'affirmative…

Il n'y a rien de bon dans ce tir au but. Southgate ne le frappe pas, il l'expédie. L'arbitre a à peine le temps de siffler qu'il se précipite déjà pour tirer. Il n'y a aucune feinte. Le ballon est bien trop centré. Andreas Köpke n'a aucune peine à le repousser. L'acte manqué par excellence. Derrière, Andreas Möller ne tremble pas. L'Allemagne, comme six ans plus tôt lors du Mondial en Italie, brise le rêve de l'Angleterre à une marche de la finale. Encore ces maudits tirs au but. Le poteau de Darren Anderton et ce ballon manqué d'un cheveu par Paul Gascoigne face au but vide dans la prolongation annonçaient déjà un destin funeste. Comme un sort qui attend de s'acharner sur sa victime. Il a choisi de frapper Southgate.

25. A jamais le premier
France – Yougoslavie : 4-5
Demi-finale Euro 1960

Il en fallait un premier. Ce fut celui-ci. Ce France – Yougoslavie d'une spectacularité exceptionnelle et au dénouement d'une cruauté absolue pour l'équipe de France. Quatre ans après avoir vu une victoire en Coupe des Champions filer entre les doigts du Stade de Reims lors de la finale inaugurale de la compétition, le Parc des Princes va être l'antre d'un autre crève-cœur pour la France. L'Euro 1960 - qui n'est encore qu'un final four et que le sera jusqu'en 1980 où il passera à une formule à huit – s'ouvre sur une demi-finale entre la France et la Yougoslavie.

Kopa et Fontaine, forfaits, n'en sont pas mais, deux ans après la troisième place au Mondial suédois, les Bleus passent à un cheveu d'une première grande finale. Parce qu'à un quart d'heure de la fin, les joueurs d'Albert Batteux sont dans le siège du conducteur. Avec un doublé de Heutte, notamment, les Tricolores mènent 4-2, jusqu'à la 75e minute. Et là, la foudre yougoslave s'abat sur la France et le pauvre Lamia, qui encaisse trois buts en quatre minutes ! 4-5. Un rêve est passé. Il reste de ce match un record : 9 buts. Aucun duel n'a été plus prolifique dans l'histoire de l'Euro. Loin d'être une consolation.

24. L'URSS, le fil rouge
URSS – Yougoslavie 2-1 (a.p.)
Finale Euro 1960

L'URSS, jusqu'à la fin de son histoire, restera comme l'une des places fortes du Championnat d'Europe des Nations. De 1960 jusqu'à 1988, date de son dernier Euro et d'une ultime apparition, l'Union soviétique aura disputé 4 finales de l'Euro et gagné la première d'entre elles. 1960. Au Parc des Princes, l'URSS se défait de la Yougoslavie au bout du suspense (2-1). Les Yougoslaves, meilleurs sur la finale et tombeurs des Bleus au tour précédent, ont eu le tort de tomber sur un portier nommé Lev Yachine, portier qui décrochera le Ballon d'Or trois ans plus tard.

A l'époque, ce succès qui semble marquer le début d'une nouvelle ère alors que le pays dispute sa deuxième grande compétition internationale, après le Mondial 1958. Les années 60 seront fastes avec deux autres finales européennes, en 1964 et en 1972, et deux demies, continentale (1968) et mondiale (1966). Mais l'armoire à trophée ne se remplira jamais plus. Le chant du cygne interviendra au carrefour des années 80/90. Une dernière finale perdue, en Allemagne de l'Ouest, en 1988, et un tour d'honneur à l'Euro 1992, sous une forme dépouillée de l'URSS, la Communauté des Etats Indépendants (CEI).

23. Poborsky, louche de génie
République tchèque - Portugal : 1-0
Quart de finale Euro 1996

Il a lancé une mode. Pas capillaire. Mais au moins, Karel Poborsky était facilement reconnaissable avec sa chevelure imposante. On le distingue aisément sur la pelouse de Birmingham en ce début de soirée de juin. Le Portugal et la République tchèque se livrent une bataille acharnée pour accéder au dernier carré. Le match est fermé. Il faut un coup de génie pour le débloquer. Et un peu de réussite, quand même. Quand Poborsky s'embarque dans ses dribbles au milieu de quatre Portugais, il lui faut un contre vraiment très favorable pour conserver le ballon. Mais il le garde et le voilà à l'entrée de la surface. Il est encerclé par quatre défenseurs. Et tout d'un coup, le temps s'arrête.

Le Tchèque n'a pas le temps d'armer une frappe. Au mieux, il peut tenter le pointu. Mais Poborsky voit Vitor Baia avancé. Et il choisit un geste alors improbable. Le stratège tchèque place son pied sous la balle pour la soulever et lober le portier portugais. "Le ballon est parti si haut que je pensais qu'il ne retomberait jamais, je ne croyais pas qu'il pourrait finir dans le but", admettra-t-il plus tard. Mais le cuir termine bien sa course parabolique au fond des filets. La République tchèque poursuit son épopée. Et le geste technique est popularisé pour de bon. Tant de gamins ont essayé de le reproduire. Tant de pros l'ont utilisé par la suite. Mais celui qui l'a le mieux réussi, c'est Poborsky.

22. Espagne et une histoire de deal
Espagne – URSS (2-1)
Finale, Euro 1964

L'Espagne n'a pas brillé sur la scène du football mondial qu'à partir de 2008. Avant ce formidable enchaînement Euro 2008-Mondial 2010-Euro 2012, on a tendance à oublier que la Roja avait déjà ouvert son armoire à trophées quelques années avant. En 1964 pour être exact, suite à un succès contre l'Union soviétique en finale. Et ça n'a rien d'anodin.

Quatre ans avant pour la première édition de l'Euro, Franco avait en effet refusé d'envoyer la sélection espagnole en Union Soviétique pour disputer un quart de finale de l'Euro 1960, forçant les coéquipiers d'Alfredo Di Stéfano à déclarer forfait. Mais en 1964, la Roja joue à domicile après un deal passé entre l'UEFA et le dictateur espagnol : l'Espagne organise le tournoi final seulement car elle a accepté la participation de l'URSS. Et le duel entre les deux nations ennemies a finalement bien eu lieu : en finale donc.

Emmenée par Luis Suarez - Ballon d'Or 1960 -, la Roja, qui a sorti la Hongrie en demi-finale, se débarrasse des tenants du titre (2-1) sur la pelouse du stade Santiago-Bernabeu à Madrid. Grâce à l'apport du public et son collectif. "Les autres équipes d'Espagne dans lesquelles j'ai joué étaient bien meilleures que celle de 1964, mais nous n'avons jamais rien gagné. C'était une équipe plus qu'une sélection de grands joueurs", a résumé Suarez sur le site de l'UEFA. Le collectif comme clef de ce premier trophée. Qui attendra de longues années pour être accompagné dans l’armoire espagnole.

21. Ricardo Quim, sans les gants !
Portugal – Angleterre : 2-2 (6 tab à 5)
Quart de finale – Euro 2004

C'est une soirée incandescente, qui s'est étirée jusqu'à l'infini. Pour le plaisir d'un homme, Ricardo Quim, héros d'une soirée pas comme les autres. Nous sommes le 24 juin 2004, portugais et anglais ont rendez-vous à la Luz en quart de finale. Dans un stade largement gavé de supporters des Three Lions - comme face à la France – le portier lusitanien va être le héros d'une sacrée soirée. Durant 80 minutes, entre l'ouverture du score d'Owen et l'égalisation de Postiga, la sélection portugaise marche sur un fil.

En prolongation, le Portugal prend enfin les rênes d'un match fou, sur une frappe surpuissante de Rui Costa. On joue la 110e minute. 240 secondes plus tard, Lampard remet tout ce petit monde à hauteur et donne rendez-vous aux acteurs pour une séance de tirs au but qui va se terminer comme d'habitude, serait-on tenté de dire : une défaite anglaise.

Ricardo Quim en sera le héros. Parce qu'après avoir vu David Beckham rater sa frappe dans les grandes largeurs, et été imité par Rui Costa un peu plus tard, le gardien va décider d'y aller au bluff. Quand s'avance Darius Vassell, le portier de Braga retire ses gants, tout simplement. Vassell frappe. Ricardo Quim part sur sa gauche. Et sort la 7e tentative de l'attaquant d'Aston Villa. Le Portugal est à un tir des demies. Et c'est le gardien, sans ses gants, qui va enfoncer le clou. A ras de terre. Au septième ciel.

Ricardo, le gardien sans gants à l'Euro 2004

Crédit: Eurosport

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