Un cri dans la nuit et 23 644 cœurs ont rugi. Les mêmes qui, meurtris par les images effroyables de la chute de Christian Eriksen, avaient sombré dans le silence ont laissé exploser toute une foule de sentiments. Yussuf Poulsen vient de marquer le deuxième but du Danemark lundi face à la Russie, sur un cadeau monumental de Roman Zobnin. Presque possédé, l'attaquant de Leipzig s'est rué vers la tribune pour hurler sa joie. L'inquiétude, le stress, l'envie, de tout oublier, de faire honneur à ses supporters et à son coéquipier… Tout a volé en éclat pour laisser place à une immense furie, une joie de vivre sans commune mesure. Le Danemark était encore debout dans cet Euro 2020 mais comme groggy. Il est désormais plus vivant que jamais, après une soirée de douce folie.
Dix jours. En dix jours seulement, les Danois seront passés par tous les états, de l'effroi à la libération. Dans ce même stade où Christian Eriksen gisait un temps inanimé, les Scandinaves ont comme exorcisé en 90 minutes cette grosse semaine de compétition passée comme au second plan à peine débutée. Parce que le drame vécu au Parken Stadium était plus grand que le football, on en était venu à "excuser" l'un des outsiders de cet Euro de ne pas vraiment y être. Battus au terme de cet absurde samedi 12 juin par la Finlande (0-1) alors qu'on peut encore se demander comment ils ont pu ne serait-ce que jouer, les hommes de Kasper Hjulmand n'avaient pas réussi à dominer la Belgique malgré une ouverture du score rapide.
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"Un de leurs joueurs vient de faire une passe et tout le stade est debout"
Alors contre la Russie ce lundi, le Danemark pouvait avant tout espérer faire de son mieux, prendre et donner du plaisir. Le reste viendrait s'il le faut : une éventuelle troisième place, qui avec trois points n'assurerait rien, une bien plus hypothétique deuxième place, en cas d'heureux concours de circonstances. Après avoir eu le sort contre eux, les Danois ont cette fois connu un destin heureux. Hjulmand avait tout fait pour s'y acheminer, en passant à trois attaquants au coup d'envoi. Foutu pour foutu, autant les armes à la main, plutôt que sur le banc. Parmi ce trio offensif, Mikkel Damsgaard a tout de l'invité surprise.
Il n'a que 20 ans (21, le 3 juillet), et n'était pas attendu parmi les titulaires. Il n'avait d'ailleurs pas foulé la pelouse lors du premier match, même après l'incident cardiaque d'Eriksen. L'ailier gauche de la Sampdoria de Gênes s'était glissé dans le onze contre la Belgique, et avait obtenu la confiance de son sélectionneur. A la 38e minute, son dribble pied gauche pour revenir aussitôt pied droit, à une vingtaine de mètres du but russe a laissé ses adversaires stoïques. Sa frappe, puissante et à la trajectoire flottante a, elle, fait bondir le public de Copenhague.
"C'est fantastique de faire partie de tout ça, c'est génial de voir les supporters devenir fous" a raconté le gamin après la rencontre. Damsgaard, le symbole ultime de ce Danemark qui retrouve un souffle. Le joueur formé à Nordsjaelland est devenu le premier joueur né dans les années 2000 à marquer dans un Euro de football. Un nouvel espoir pour De Rød-Hvide.

Mikkel Damsgaard

Crédit: Eurosport

Premier qualifié de l'histoire de l'Euro après avoir perdu ses deux premiers matches

L'espoir s'est fait plus grand encore après le deuxième but de Poulsen. Il s'est mué en ivresse collective sur la deuxième ogive de la soirée, signée du défenseur de Chelsea Andreas Christensen. Pour s'accrocher au rêve de qualification, le Danemark devait l'emporter au moins de deux buts. Chose faite après le clou du spectacle, la réalisation du 4-1 signée Joakim Maehle dans un stade totalement en transe. La Belgique s'est chargée du reste, en faisant tomber en fin de match la Finlande, dernier obstacle sur la chaotique mais finalement si belle route danoise. "Je n'avais jamais vécu ça, n'en revient toujours pas le dernier buteur du soir à la chaîne danoise DR. Le plus important est que nous sommes désormais tous unis, pour le Danemark. Il faut profiter de ce moment. Je suis hyper fier de tous les gars."
"C'est complètement fou que l'on soit qualifiés, s'est extasié Mikkel Damsgaard. Cette équipe, ces joueurs... Je n'avais jamais rêvé de faire partie de quelque chose d'aussi énorme, c'est un sentiment fantastique." "C'est la première fois que je vois un tel soutien, un de leurs joueurs vient de faire une passe et tout le stade est debout" a constaté, éberlué l'attaquant russe Aleksandr Sobolev. Jamais une équipe n'était parvenu à se qualifier pour les rencontres à élimination directe d'un Euro après avoir perdu ses deux premiers matches de groupe. Quelle autre équipe, quel meilleur scénario pouvait faire mentir les chiffres ?
Le Danemark va encore vivre sur son nuage quelques heures, au sommet de son ascenseur émotionnel. L'atterrissage devra être rapide, le huitième de finale contre le pays de Galles aura lieu samedi, cette fois loin de ses supporters, à Amsterdam. Mais plus que le droit de rêver, les Danois ont déjà fait plus grand : celui de vivre pleinement cet Euro. Pour Eriksen d'abord, pour eux désormais.
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