La légende est tenace. Mais si belle qu’elle résiste aux années. En ce 23 juin 1972, la bonne fée avait choisi la ville de la Bonne Mère. La magicienne a élu un berceau et lui a promis fidélité : une bonne étoile brillerait toujours au-dessus de Zinédine Zidane. Elle ne l’a jamais lâché. Même après une année sabbatique, elle a rappliqué fissa pour briller auprès de son protégé. ZZ est revenu pour accomplir son destin : gagner. Encore et toujours. Avec une forme d’habitude franchement déconcertante.

Liga
Benzema, enfin le couronnement
16/07/2020 À 22:07

Malgré une saison tronquée, malgré des critiques parfois légitimes, malgré une recrue phare qui n’a pas donné la pleine mesure de son talent et malgré sa première saison sans son arme Cristiano Ronaldo, le Français a remporté jeudi sa deuxième Liga, sur trois saisons complètes disputées (il était arrivé en janvier 2016 pour sa première, NDLR). Et la longue litanie, déjà bien rodée, a pu recommencer : trois Ligues des champions, deux Ligas donc, deux Supercoupes d’Espagne, deux Coupes du monde des clubs et deux Supercoupes d’Europe qui font onze trophées.

Mais cette Liga a un goût différent pour Zidane. Pour sa Maison Blanche aussi. Parce qu’elle vient d’abord quelque peu équilibrer la décennie espagnole où la bande à Messi a souvent paru intouchable (6 titres pour le Barça, trois pour le Real). Mais parce qu’elle vient aussi consacrer un objectif fixé dès mars 2019, date de son inattendu retour. A l’époque, ZZ n’avait qu’une promesse : "les choses vont changer".

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Les choses ont changé… un peu

L’ère 2.0 de Zidane allait tout emporter sur son passage. On allait enfin voir le vrai visage de Zidane, le bâtisseur. On en saurait plus sur sa véritable identité de jeu. Les Galactiques seraient de retour. La révolution était en marche et rien ne saurait la freiner. Elle fut de velours dans une Casa Blanca où savoir avancer prudemment est autant un signe de respect envers l’institution qu’une nécessité pour éviter l’implosion d'un vestiaire rempli de stars vieillissantes mais gonflées d’égo. En réalité, Zinédine a fait du Zidane tout craché et c’est un énorme compliment.

Sa première décision, symbolique, de prolonger Toni Kroos a rassuré les cadres. Le Real a beau se projeter vers l’avenir et 2022 avec ce nouveau Santiago-Bernabéu, il n’oublie pas son passé. Par petites touches, Zizou a donc retapé son Real sans rien brusquer des fondamentaux. L’évidence Federico Valverde a un temps offert un oxygène qui venait à manquer à son milieu avant que Modric ne retrouve de sa superbe. Ferland Mendy s’est peu à peu approprié le couloir gauche avant de devenir la dernière coqueluche madrilène. Symbole de cette révolution avortée, à son fragile corps défendant, Eden Hazard n’aura eu qu’un impact minimal sur le titre merengue.

Thibaut Courtois, Sergio Ramos, Raphaël Varane, Casemiro, Kroos et, évidemment, Karim Benzema : pour la nouveauté on repassera. Pourtant, s’il fallait dresser une colonne vertébrale à ce Real protéiforme, elle se résumerait à ces six hommes. Avec deux pointes que Zidane aura soutenues contre vents et marées, pour en récolter les bénéfices quelques semaines plus tard. Courtois est redevenu l’un des prétendants sérieux au titre de meilleur gardien actuel. Quant à l’attaquant français, le voir dépasser Messi dans le titre de meilleur joueur de Liga n’aurait rien d’infâmant : il fut l’individualité forte - mais vraiment très forte - de la meilleure équipe de la saison. Rendant ainsi à ZZ sa confiance passée et son soutien sans faille, devant comme derrière les micros depuis 2009.

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Le maestro du temps de jeu

Revient ici l’inlassable débat : que vaut Zidane sans ses stars ? On ne le sait toujours pas. Mais réussir aussi longtemps à porter le Real Madrid vers le succès prouve qu’il est l’un des plus grands. Carlo Ancelotti, dont l’influence aura été grande auprès de ZZ, s’est fait une spécialité de manager les vestiaires remplis d’étoiles. Visiblement, la méthode a plu au Français. Car si la Casa Blanca a retrouvé le trône, elle le doit aussi à un groupe cimenté autour de son coach. Il suffisait de voir le décalage entre les pauses fraîcheurs du Barça, où Quique Setién et son assistant avaient un contact disons formel avec les Blaugrana, là où Zidane parvenait parfaitement à mobiliser son groupe.

C’est l’art subtil du "zidanisme". Ne rien brusquer mais s’imposer. Par une aura naturelle. Et par un sens du management parfait. Cette saison, de tous les géants européens, le Real est sans doute l’équipe qui a le plus fait tourner. C’est la marque de fabrique ZZ : à la fin du mois de juin, Marca avait sorti la calculette. En 202 matches comme entraîneur, le Français avait aligné 178 compositions différentes.

Le résultat ? Un groupe mobilisé au quotidien car chacun aura sa chance. 22 joueurs différents ont ainsi marqué cette saison pour le Real, soit tous les joueurs de champ excepté Militao. Au Barça, le chiffre tombe à 17. A Liverpool, où le management de Jürgen Klopp a fait des miracles, ils sont 19. Bref, c’est à Madrid qu’on utilise le mieux l’effectif pléthorique à disposition. Comme sur le terrain en son temps, Zizou est le chef d’orchestre d’une chorégraphie millimétrée et surtout le maître des horloges en s’appuyant sur les états de forme fluctuants de chacun (Rodrygo, Vinicius, Asensio, Isco ou Militao) pour redonner un léger coup de boost à son groupe et donc à son équipe.

En ce sens, Zidane est le meilleur manager actuel, celui qui s’occupe le mieux d’une troupe hybride entre vieux grognards, stars planétaires et prodiges en devenir. C’est peut-être Dimitar Berbatov, passé par quelques vestiaires prestigieux, qui résumait le mieux la partition Zidane il y a quelques jours. "Zidane mérite une statue à l’entrée de Bernabéu pour tout ce qu’il a fait depuis le retour de la Liga, commentait ainsi le soyeux attaquant bulgare. C’est incroyable, j’adore ! Le mec a une aura divine, il était un joueur de classe mondiale et maintenant c’est pareil en tant que coach. […] Zidane est un coach au sommet du foot actuel et il mérite la reconnaissance. Tout le monde ne peut pas être coach du Barça ou du Real. Vous devez savoir gérer un vestiaire comme celui-là, où les joueurs peuvent devenir vos amis mais savent qui est le boss".

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