Les stades sont plus petits, ses traits ont pris de l'âge, ses chaussures dépourvues de crampons, mais certaines choses n'ont pas changé depuis 25 ans. La rencontre terminée, Raúl s'en va serrer la main des joueurs adverses et regagne le vestiaire sous les sollicitations de ses admirateurs, présents dans les moindres recoins du pays. À l'heure de quitter le stade, c'est habituellement un bain de foule qui attend le désormais entraîneur du Real Madrid Castilla, la deuxième équipe du Real Madrid, pensionnaire de troisième division. Ce petit ballet d'après-match, seul le Covid a pu l'interrompre.

Strict et exigeant

Depuis que Raúl González Blanco est revenu au Real Madrid pour y devenir entraîneur, les évènements se sont précipités. Si ses débuts de joueur ont épousé une trajectoire météorique, il en va de même pour ses débuts en tant qu'entraîneur. Sa progression sur les bancs s'est faite à toute vitesse. Nommé à la tête des U15 à l'automne 2018, il montait en grade au printemps suivant en prenant les rênes des U18. Il succédait à ce poste à Álvaro Benito, un ami de longue date, les deux ayant fait leurs classes ensemble au sein du centre de formation merengue.
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Puis, sans attendre, les dirigeants installaient l'ancienne légende sur le banc du Castilla trois mois plus tard. Un an d'exercice, trois promotions, quatre titres dans l'escarcelle. Conscient de son manque d'expérience, le club le faisait épauler par le meilleur entraîneur assisant de la Fábrica, Alberto Garrido. En plus de connaître son supérieur hiérarchique depuis 15 ans, ce dernier avait déjà assisté Guti et Solari. Les choses sérieuses pouvaient commencer.

Real Madrid (Youth League)

Crédit: Getty Images

Ça tombe bien, "l'éternel capitaine" est un type sérieux. "Raúl est très exigeant. Il est toujours sur le dos des joueurs. Souvent, ça se termine mal sur les bancs des équipes B car ce sont de jeunes joueurs, un peu prétentieux. Il y a toujours une voix dissonante qui crée une mauvaise ambiance. Mais là, s'il y en a une, je n'en ai jamais entendu parler. Au final, si Raúl te demande de faire trois courses supplémentaires, tu fais trois courses supplémentaires. Personne ne discute ses décisions" nous confie une source en interne.
La discipline est un fer de lance des méthodes de Raúl. Dès son arrivée au Castilla, ce dernier avait interdit à ses joueurs d'arborer des sacs et des baskets autres que celles fournies par le club. "Dans le centre de formation du Real, les jeunes vivent une situation irréelle : ils gagnent des matches par plein de buts d'écart, ils ont des installations merveilleuses, des bêtes de fringues, ils vont jouer des tournois à l'étranger. Ils croient qu'ils sont au top : tous sur Instagram avec leur agent ou avec leur équipementier" critiquait il y a un an Álvaro Benito dans une interview pour El Revulsivo. Au sommet de sa carrière, Raúl n'a jamais cédé aux sirènes du star system. Dès lors, c'est le retour sur Terre pour ses jeunes protégés.
Autre exemple : "Jordi [Martín] était son joueur préféré du centre de formation. Tout le monde l'entrevoyait. Lors du match de Youth League contre la Juventus, à la 12e minute, un joueur de la Juventus simule une faute et Jordi lui tire dessus. L'arbitre l'expulse. Il a joué lors de la finale mais avec le Castilla il n'a plus joué une minute en match officiel. Il est parti en prêt à Getafe B" ajoute notre source.
Ceux qui auront suivi la carrière du numéro 7 ne seront pas étonnés par ce récit. Raúl a toujours été intransigeant, à cheval sur les valeurs. Pourtant, il est loin d'être austère, distant ou tyrannique. "Il a beaucoup d'empathie pour les joueurs qui jouent moins. C'est un magnifique gestionnaire de groupe. Il sait que tout joueur va être important à un moment donné dans la saison et il sait le leur faire comprendre" explique June Lavín, journaliste spécialiste des équipes de jeunes du Real. Quel que soit le statut du joueur, l'ancien attaquant lui donnera sa chance. C'est ainsi qu'il a fait passer des U19 devant des profils ayant déjà une expérience en deuxième division. La forme du moment prend le pas sur les noms. En ce sens, le deuxième meilleur buteur de l'histoire du club rappelle davantage Solari que Zidane.

Zinedine Zidane (entraîneur du Real Madrid), tête basse, lors de la réception de la Real Sociedad le lundi 1er mars 2021

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Construire avec les jeunes

Et concernant la façon de faire évoluer ses équipes, à qui Raúl ressemble-t-il ? Difficile à dire, tant le contexte a une influence prépondérante sur le travail des entraîneurs du Castilla. D'une part, toutes les générations ne se valent pas. D'autre part, depuis quelques années, le Real a décidé de faire de son équipe B une couveuse de talents plutôt qu'une prétendante à la montée. Résultat, les U19 sont rapidement lancés dans la jungle de la Segunda B, la D3 espagnole. Habitués à dominer les divisions de jeunes sans forcer leur talent (dans la région de Madrid, seuls l'Atlético et le Rayo Vallecano parviennent à concurrencer les jeunes pousses merengue), l'arrivée dans le monde semi-professionnel peut être difficile à négocier pour les promesses de la Maison Blanche. Pour la première fois de leur vie, elles n'ont plus aucune marge d'erreur en défense.
La saison passée, le Castilla était huitième lors de l'interruption définitive du championnat en mars. Exactement un an plus tard, il occupe la deuxième place de son groupe, en phase avec son objectif. C'est satisfaisant, surtout une fois prises en compte les conséquences de la réforme de la Segunda B impulsée par la Fédération cette saison : la réduction du nombre d'équipes par groupe a réduit le nombre de matches ainsi que les disparités. Tirer son épingle du jeu est particulièrement ardu cette saison. "Lors de la première saison de Raúl avec le Castilla, il a manqué de fermeté à l'heure de tenir des scores. Il a payé trop cher le fait d'avoir des joueurs si jeunes, sans expérience dans une division si exigeante. Et pas seulement dans le domaine physique, aussi dans le domaine mental. Cette année, on sent une amélioration" constate June Lavín.

Raul Gonzalez entraîneur du Castilla du Real

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L'équipe a beau faire preuve d'une certaine irrégularité, les progrès sont visibles par tous. L'effectif s'est amélioré, l'entraîneur principal, aussi. "La saison passée le Castilla était une équipe impatiente. Dès qu'elle mettait le pied en camp adverse, elle voulait marquer. Ce que Raúl a fait comprendre à l'équipe, c'est que pour marquer, il faut faire mûrir l'action, la travailler. La patience est un facteur-clé pour affronter les blocs bas que rencontre le Castilla" explique June Lavín. Pour l'heure, il est difficile d'identifier un style González Blanco. Dire que son Castilla est une équipe offensive c'est donner une information peu utile. Toutes les équipes de jeunes du Real le sont. Elles en ont même l'obligation.
Plus que par un style caractéristique, l'œuvre de Raúl se distingue par quelques coups de pinceaux distribués çà et là : une extrême patience lors des phases de relance, une importante centrale donnée aux latéraux tant sur les premiers mètres que dans le dernier tiers, des ailiers à l'intérieur en phase exploiter les caractéristiques propres à chaque joueur. Au premier coup d'œil, le tableau fait sens.

Prêt pour la suite ?

Reste la question à un million : Raúl est-il prêt à prendre la direction de l'équipe première dès cet été en cas de départ de Zidane ? Après tout, il a déjà plus d'expérience que le Français lors de sa prise de pouvoir. De plus, l'ancien capitaine est très bien considéré à l'interne, particulièrement depuis la victoire en Youth League cet été. Les dirigeants lui avaient confié les U19 à partir des huitièmes dans l'espoir de conquérir le seul trophée manquant dans les vitrines de la Fábrica.
Mission reçue cinq sur cinq ! Toutefois, June Lavín tempère : "Son passage des U15 aux U18 était déjà précipité. C'est vrai qu'on voit une certaine évolution et ça, ça peut se prolonger au cours des années, mais il manque encore des défis à relever. Je ne l'écarterais pas comme option pour l'équipe première mais plutôt à moyen qu'à court terme". Toute expérience sur les terrains exigus de Segunda B est bonne à prendre et il serait une erreur de propulser Raúl au sommet trop vite. À la différence du cas Zidane, le club a vraiment pris le temps de construire un plan défini pour la carrière d'entraîneur du gaucher. Toute improvisation serait malvenue, mais le Real reste le Real…
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