Si l’on devait rapprocher l’entraîneur Zidane d’un animal, il serait un chat. Noir lorsqu’il s’agit de poser des problèmes au Barça. Mais surtout avec une capacité folle dans les moments critiques : retomber sur ses pattes. Des bourrasques, le coach du Real Madrid en a déjà connu quelques-unes depuis ses premiers pas sur le banc madrilène.

Mais celle qui souffle depuis mardi sur la capitale espagnole est particulièrement violente. Du genre de celle qui emporte des destins. Voilà donc Zinédine Zidane de nouveau sur un fil, qui ne tient qu’à la grâce d’un vestiaire encore largement acquis à sa cause et à un résultat décisif attendu face au Borussia Mönchengladbach mercredi. Pour le reste, les fondations de la Casa Blanca n’ont jamais semblé si fragiles.

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Révolution avortée et cadres surprotégés

Pourtant, cela fait des mois que l’architecte Zizou s’était évertué à rebâtir patiemment sa machine de guerre. Le titre acquis en Liga la saison passée en était le meilleur exemple. Plutôt que relancer un chantier gargantuesque, le Français avait simplement retapé son Real, regonflé les égos et fait, encore, confiance à des cadres vieillissants qui partiraient à la guerre pour lui. Tant pis pour les recrues 2019, souvent en difficulté au moment de se faire une place dans cet effectif. Tant pis pour la révolution annoncée à son retour, finalement avortée.

Mais la toile de ZZ se transforme désormais en piège inextricable pour le Français. A force de s’appuyer sur des cadres dont le niveau a parfois plongé drastiquement, comme Marcelo, il a fini par devenir dépendants d’eux. A force de laisser ses stars dans des conditions optimales, il a oublié qu’un groupe se nourrissait aussi d’une concurrence féroce, au Real plus qu’ailleurs. Alors, quand vient l’heure des seconds couteaux, en cette saison sans queue ni tête, ceux-ci sont loin d’être aiguisés.

Le paradoxe Zidane tient donc en ceci : ce qui a fait ses succès passés est aussi sa principale limite actuelle. A force de surjouer la force tranquille, le coach madrilène ne semble pas être l’homme idoine dans l’urgence. Si tout n’est pas à jeter dans le contenu, il semblerait qu’un électrochoc et une remise à plat pourrait faire du bien à un collectif sclérosé et à des individualités en plein doute. Quand on a prôné la continuité, difficile d’incarner la rupture.

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Les héros d'hier sont fatigués

Dans son marasme, le Français n’est pas responsable de tout. Entre des blessures qui éloignent semaine après semaine Eden Hazard du joueur magnifique qu’il était, des recrues absentes en 2020 malgré de vrais besoins, et des jeunes qui ont les défauts de leur qualités (entreprenants mais maladroits), Zidane n’est pas aidé.

Au milieu, le déficit technique de Casemiro prive le Real d’une vraie rampe de lancement. Mais, sans lui, c’est la noyade assurée. Kroos et Modric ont les jambes lourdes mais ont une créativité et une science de jeu bien supérieures aux options dans la main de ZZ. Dans ce paysage, on en vient à regretter l’absence d’un Paul Pogba qui ressemble au portrait-robot du milieu dont aurait besoin Zidane désormais. Sans ailiers purement créateurs, ce Real devient prévisible et franchement lisible. Et ce ne sont pas les états d’âme d’Isco ou les débuts timides d’Odegaard qui vont redonner des idées à un groupe arrivé au bout.

Au bout de quoi ? C’est justement la question. Au bout physiquement, sûrement, tant les blessures impactent le Real de manière critique. Mentalement, sans doute aussi, malgré les mots de Sergio Ramos et l’ambition légitime d’un club comme le Real. La reconquête de la Liga ressemblait davantage à une dernière obligation morale de soldats en fin de carrière qu’à une appropriation en appelant d’autres. Ce Real est érodé. Foutues bourrasques.

Alors, quelles solutions pour ZZ ? Serrer les dents et rester fidèle à ses principes, malgré tout. Qui sait, ce seront peut-être ses cadres qui lui permettront de s’isoler de la tornade madrilène en préparation. Et de passer l’hiver à chaud, à recommencer ses travaux. Car au Real plus qu’ailleurs, les avis de tempête reviennent à intervalles réguliers.

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