L'OM a connu quelques tremblements de terre dans sa longue histoire. C'est aussi l'ADN d'un club où s'entremêlent passion, frénésie et irrationalité. Mais les pics de fièvre atteints ce samedi aux abords puis à l'intérieur d'une Commanderie défigurée marquent un point de rupture. Des dizaines de banderoles déployées dans toute la ville, un centre d'entraînement assailli, un joueur touché par un projectile, des arbres incendiés, des murs tagués et, pour finir, un match reporté alors même qu'il devait se jouer à huis clos : c'est le spectacle affligeant, concentré de haine et de violence, d'une journée qui marquera l'histoire du club.

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Même lors du terrible hiver 1999 après une humiliation à Geoffroy-Guichard (5-1), la Commanderie avait su verrouiller ses portes et ce sont les voitures de Sébastien Perez et Robert Pirès qui avaient subi la foudre de fans excédés. Ce samedi, les ultras ont fait exploser les barrages jusqu'à trouver André Villas-Boas et quelques joueurs (Valentin Rongier, Steve Mandanda et Alvaro Gonzales, qui sera touché dans le bas du dos par un jet de projectiles selon les informations de La Provence) sur une des passerelles d'un centre d'entraînement noyé sous la fumée des pétards et fumigènes. Des images effroyables et des comportements impardonnables.

Même un enchaînement de victoires ne recollera pas les morceaux

La scène irréelle témoigne de la fracture gigantesque qui sépare les ultras de leur club. Plus tôt dans la journée et un peu plus au nord, c'est le centre d'entraînement des Verts qui avait été envahi par les Magic Fans. Mais le face-à-face avec les joueurs s'est achevé par des chants d'encouragement et une dispersion sans heurt ni violence.

C'est toute la différence entre une révolte qui se nourrit essentiellement des mauvais résultats, à Saint-Etienne, et une autre, à l'OM, aux racines beaucoup plus profondes, qui illustre la fracture radicale entre des supporters et un club dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Même un enchaînement de victoires ne recollera pas les morceaux. Une frontière a été franchie et le divorce est scellé dans le fracas d'une journée à oublier.

Bien sûr, la campagne calamiteuse en Ligue des champions et le parcours chaotique en championnat ont nourri la rancœur. Ils ont surtout élargi la masse des mécontents, donné plus de poids et d'ampleur aux différentes actions des groupes de supporters. Mais le véritable point de rupture ne s'est pas joué sur les pelouses.

La cible ? Eyraud

Il suffit de lire les banderoles affichées dans Marseille ou celles tenues à bout de bras lors de l'opération coups de poing de la Commanderie : "Eyraud dehors", "JHE Marseille te vomit", "les Parisiens cassez-vous", "rendez-nous l'OM". La cassure s'est véritablement opérée lorsque le président de l'OM, lors d'une conférence sur le management, a évoqué le "danger" d'avoir trop de Marseillais ou de supporters de l'OM au sein du club.

Banderole déployée ce samedi à Marseille

Crédit: Getty Images

Dans un discours totalement désentimentalisé, Eyraud a touché ici à ce que les Marseillais ont de plus cher : leur légitimité, leur attachement au club et leur identité phocéenne. Les supporters de l'OM se sentent dépossédés de leur club et il a finalement très peu été questions des résultats, par ailleurs catastrophiques, sur les banderoles ou dans les chants.

Donner raison à l'impardonnable ou suivre le même chemin ?

La violence et la radicalité du mouvement de ce samedi et la profondeur du ressentiment posent inévitablement la question de l'avenir de la direction actuelle. Encore une fois, ce n'est pas l'affaire de quelques défaites… Le club peut-il continuer dans cette direction en ignorant le climat délétère autour de lui ? "J'ai été combattant dans ma vie. On a deux choix : soit baisser les bras (…), soit on n'accepte pas. Alors on va partir au combat", a annoncé dans la soirée Jacques-Henri Eyraud sur les antennes de Canal Plus.

Prendre des décisions radicales, ce serait aussi donner raison aux impardonnables débordements. Ne rien faire, ce serait prendre le risque que le volcan explose encore avec des conséquences, notamment sportives, difficiles à anticiper. Ce samedi a sans doute marqué un tournant. Reste à savoir quelle direction empruntera désormais l'OM.

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