Eliaquim Mangala à Saint-Etienne, de défenseur le plus cher au monde à roue de secours du 20e de L1

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LIGUE 1 - Il fut, pendant un temps, le défenseur le plus cher de l’histoire. Ce jeudi, libre de tout contrat, Elaquim Mangala a rejoint l’AS Saint-Etienne pour aider la lanterne rouge de L1 à se sauver. Alors qu’il n’a que 30 ans, qu’il était dans le groupe France pour l’Euro 2016, comment le robuste défenseur en est-il arrivé là ? Zoom sur un itinéraire vertigineux.

Eliaquim Mangala lors de sa présentation à Manchester City en 2014

Crédit: Getty Images

11 août 2014. Elaquim Mangala a 23 ans et l’avenir devant lui. En club, forcément, où Manchester City est allé au bout de ses idées pour s’attacher, au prix fort, les services d’un des défenseurs les plus en vogue sur le marché. En sélection aussi, où Didier Deschamps l’a inclus dans sa liste pour le Mondial brésilien et compte en faire un des piliers du groupe bleu pour l’avenir.
Alors, forcément, en cette journée ensoleillée, au moment d’être présenté par son nouveau club, Mangala rayonne. Comme attendu, Manchester City a craqué son portefeuille pour arracher le colosse au FC Porto mais également au fonds d’investissements qui détenait une partie des droits du joueur. Coût de l’opération totale : 53,8 millions, soit la somme la plus haute dépensée pour un défenseur à l’époque, devant David Luiz au PSG (49,5 millions) et Rio Ferdinand à MU (46 M). Un prix largement surévalué selon les acteurs du marché de l’époque, sans doute causé par cette tierce-propriété, pratique désormais interdite par la FIFA.

Potentiel certain, débuts canons

"Il a tout le bagage mental, physique, technique et tactique pour devenir l’un des meilleurs défenseurs d’Europe", avance quand même Manuel Pellegrini au moment de justifier le coût faramineux du joueur, tout heureux de pouvoir compter sur un colosse à l’expérience déjà solide malgré son jeune âge. Un argumentaire similaire à celui de Didier Deschamps quelques mois plus tôt, après sa convocation pour la tournée sud-américaine des Bleus de 2013 : "Il a le potentiel, il a tout ce qu’il faut".
Le conte de fées débute même comme dans un rêve pour Mangala. "Honnêtement, c’est peut-être le meilleur premier match d’une recrue de Premier League dont je puisse me souvenir, estime Pete Sharland, journaliste pour Eurosport UK. Contre Chelsea (1-1), avec Vincent Kompany à ses côtés, il avait été absolument phénoménal. Je ne me souviens pas de tant de défenseurs que cela qui aient autant dominé Diego Costa sur un match". La suite sera plus nuancée.
A la découverte de la Premier League et de son apprêté physique, Mangala morfle sur certaines rencontres malgré son gabarit (1,88m) et multiplie les cartons. "Parfois, j’ai l’impression d’être passé dans une machine à laver, confie-t-il à Sportsmail quelques mois après son arrivée. J'aurais envie de dire que de jouer contre une équipe comme Chelsea n'est pas forcément gage d'un pur match anglais. C'est une sorte d'opposition à laquelle je suis plus habitué. La Roma également, en Ligue des champions, c'était un style différent par rapport au jeu en Premier League. Je suis toujours dans une période d'acclimatation et les matches à venir contre des équipes comme Hull City qui ont un jeu anglais typique, avec de longs ballons dans les airs, de gros duels physiques à chaque contact, c'est le genre de choses auxquelles je vais mettre un peu de temps à m'habituer".
"Quand il est arrivé en Angleterre, il n’était pas encore un produit fini mais il avait clairement les atouts pour réussir", complète notre collègue. A raison : sur ses deux premières saisons chez les Citizens, Mangala dispute une soixantaine de matches et s’impose comme un titulaire à part entière de la troupe mancunienne.
Mais le Royaume ne semble pas totalement sous son charme, entre petits pépins physiques, petites erreurs individuelles et manque de leadership. Avant de défier le PSG en quart de finale de C1 en 2016, le défenseur est chargé plus que de raison par Chris Sutton, consultant pour la BBC. "Vous ne pouvez pas donner un cerveau à quelqu'un, attaque l’ancien attaquant. C'est le problème de Mangala. Il prend des décisions parfois consternantes".
En réponse, le défenseur croque Zlatan Ibrahimovic et le PSG pour arriver en demi-finale de C1 avec les louanges de son coach. "Mangala fait une excellente saison, estime alors Pellegrini. Il revient de blessure mais quand il joue dans notre équipe, nous gagnons. Il enchaîne les belles performances et ça ne m’étonne pas de le voir à ce niveau".

Le tournant Umtiti, la révolution Guardiola

Entretemps, Mangala tarde à devenir une option crédible chez les Bleus. Mais, comme si le destin semblait vouloir le rattraper par le col, l’Euro 2016 doit être son avènement : Raphaël Varane et Jérémy Mathieu forfaits avant la compétition, Mamadou Sakho suspendu par l'Agence mondiale antidopage, il apparaît comme celui qui doit accompagner Laurent Koscielny dans l’axe central.
Derrière lui, Adil Rami et Samuel Umtiti semblent partir de trop loin pour contester son nouveau statut. C’est bien le Sévillan qui débute l’Euro comme titulaire, la faute à une préparation très mitigée où sa prestation face aux jeunes de l’Aviron Bayonnais aura beaucoup fait parler. Rami suspendu face à l’Islande en quart, c’est Umtiti, zéro sélection au compteur (!), qui lui est encore préféré. Sa chance est passée. Elle ne se représentera plus.
Déjà abîmé par un été qu’il avait imaginé autrement, Mangala est carrément secoué par une autre tornade qui vient de débarquer à Manchester : Pep Guardiola. Rapidement, le nom du Français est cité parmi les listes des joueurs n’entrant plus dans les plans du Catalan. "Guardiola a rapidement estimé que Mangala n’avait pas le niveau requis balle au pied pour jouer dans l’équipe qu’il voulait construire", avance encore Pete Sharland.
C’est alors à Valence qu’il atterrit, en prêt. Pour se relancer et confirmer qu’il n’a rien perdu de son potentiel. "Ici à Mestella, il a eu deux périodes, retrace Nacho Sanchis, qui suit le FC Valence pour AS. La première, en 2016-2017. A cette époque, c’était un défenseur central terrible, une bête physique". Mangala retrouve des sensations (33 matches) et de la confiance. A l’été 2017, de retour à City, il décide de forcer son destin pour réussir à séduire un Pep Guardiola pourtant pas fan de son profil.
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Video credit: Eurosport

2018, la blessure qui le change à jamais

2018, c’est l’autre grand tournant. Chez les Citizens, Mangala s’accroche au point de recevoir les louanges du coach catalan qui finit par s’appuyer sur lui lorsque ses titulaires habituels manquent à l’appel. "Je suis très impressionné par son comportement lors des entraînements, souligne le coach des Citizens. Il n'a pas joué régulièrement jusque-là et il l'a toujours accepté. Il a toujours essayé d'aider l'équipe et quand ce genre de choses arrivent, je ne peux que tirer mon chapeau".
En six mois d’entraînement, Mangala change radicalement. "Avec lui, tu vois le football différemment, expliquera-t-il des années plus tard à France Football. […] Si je ne devais retenir qu'une seule saison de toute ma carrière, ce serait celle-là ! En tant que joueur, passionné, j'en suis ressorti avec un bagage incroyable, même en tant qu'homme ! En quelques mois, il m'a fait gagner cinq ans d'expérience".
Reste qu’à l’hiver, c’est l’élégant Aymeric Laporte qui rejoint City, forçant Mangala à trouver une autre solution. Elle viendra d’Everton, pour un nouveau prêt. Il tournera court. Lors de son deuxième match avec les Toffees, son genou droit se dérobe. Bilan : neuf mois d’arrêt et un style de jeu à repenser. Sa saison 2018-2019 se fait uniquement avec l’équipe B de Manchester City.
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21 matches depuis 2019

A son retour à Valence à l’été 2019, "ce n’est plus le même défenseur", estime le journaliste de AS. En deux saisons, Mangala ne dispute que 21 matches, rarement ceux qui comptent. A l’été 2021, logiquement, Valence le laisse partir sans lui proposer de prolongation. Les courtisans, sans doute refroidis par l’incertitude de son niveau, ne vont pas plus loin que de simples prises de renseignements. Alors, le Français décide de continuer l’entraînement de son côté, preuve de son professionnalisme acharné, mot qui revient constamment le concernant.
"Le souvenir que j’ai de lui, c’est celui d’un mec super professionnel mais qui n’a vraiment pas eu de chance avec les blessures, avance Nacho Sanchis. Peut-il aider le dernier de L1 à se maintenir après six mois d’inactivité ? Si les blessures le laissent tranquille, il a largement le niveau". Voilà donc le pari tenté par Saint-Etienne : permettre à Mangala de retrouver le fil d’une carrière vertigineuse qui n’a jamais basculé du bon côté depuis 2014.
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