Tanguy Ndombele et Romain Faivre dans un sens, Bruno Guimaraes et Islam Slimani dans l’autre. Les quatre principaux mouvements du mercato hivernal lyonnais (avant celui de Xherdan Shaqiri) – les départs de Marcelo, Camilo et consorts ne concernent pas l’équipe première – ont amélioré les finances, ce qui ne fait jamais de mal dans une telle période, sans rien changer sur le plan quantitatif. Vont-ils aider l’OL à mieux jouer au football ? L’avenir le dira, mais la corrélation entre les profils et les manques actuels ne sautent pas aux yeux.

Un vide nommé Guimaraes

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Comme le dit un magnifique proverbe, on sait ce qu’on perd mais pas ce qu’on gagne. Dans le cas de Lyon, club donnant l’impression d’être en crise sportive mais qui ne se trouve qu’à un point de la quatrième place, au milieu d’adversaires qui semblent aller beaucoup mieux, la perte concerne d’abord Bruno Guimaraes. L’international brésilien, dont la qualité la plus marquante à son arrivée en France était la capacité à sortir de la pression, fait avancer le jeu même lorsque l’adversaire est en place. Avec 150 passes dans le dernier tiers du terrain en zone offensive, il est le leader en Ligue 1 et le cinquième à l’échelle des cinq grands championnats européens selon les chiffres de StatsBomb.
Si ce classement met d’abord en valeur des joueurs reculés d’équipes qui ont souvent le ballon (Joao Cancelo y devance Aymeric Laporte, Toni Kroos et Sergio Busquets), Guimaraes ne se contente pas de transmissions latérales. À Lyon, il est leader dans quasiment toutes les catégories comprenant le mot "passes" : réussies (1179), décisives (3), dans la surface de réparation (32), amenant un tir (33), progressives (144)… Un constat qui le met en valeur mais dessine une forme de dépendance. Lyon pouvait déjà relancer proprement sans lui grâce à ses centraux Castello Lukeba et Jérôme Boateng mais perd son régulateur/créateur. Un profil important pour toute équipe qui veut presser à la perte de balle : il faut être capable de faire des passes faciles qui permettent à tout le monde de s’installer dans le camp adverse, puis d’autres un peu plus risquées lorsque l’espace s’ouvre.

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Dans l’absolu, Houssem Aouar doit être capable d’endosser une bonne partie de ces responsabilités. Faute de progression linéaire depuis maintenant trop longtemps – voire de progression tout court –, il est impossible de savoir si le milieu est capable d’être le moteur de l’entrejeu. Pour Maxence Caqueret, excellent contre Marseille mais encore irrégulier, c’est peut-être un peu tôt. Thiago Mendes n’a jamais retrouvé le niveau de sa dernière saison lilloise. Lucas Paqueta apporte trop quand il est proche du but pour être reculé et son coach en a plus souvent fait un attaquant qu’un relayeur. Jusqu’au dernier jour du mercato, l’OL était donc parti pour bricoler. Jusqu’à l’arrivée d’un nom bien connu : Tanguy Ndombele.

Ndombele, profil particulier

Sans en avoir l’air, ce transfert met le club rhodanien sur la route d’une certaine radicalité. Pour une question de volume de jeu, d’abord. L’international français n’est pas un monstre d’endurance, loin de là. "Bruno Guimaraes fait très peu de sprints mais parcourt régulièrement douze ou treize bornes. Tanguy, j’allais presque l’applaudir quand il dépassait les dix", confiait Antonin Da Fonseca, responsable de la performance à l’OL, dans l’ouvrage 'Comment gagner un match de foot'. Le déplacement ne fait pas tout et beaucoup d’équipes capables de dominer dans l’intensité sont surtout positionnées pour ne faire que des courses de quelques mètres. Mais Ndombele est un cas à part chez les milieux modernes, un joueur que les observateurs de Tottenham ont vu en progrès sur le plan physique… sans que cela ne se ressente sur le terrain.
En deux ans et demi chez les Spurs, dont il reste le plus gros achat, avec ce que cela implique généralement de temps de jeu pour justifier l’investissement, il n’a disputé que neuf matches de Premier League en intégralité. Parfois parce qu’il n’était pas assez bon, souvent parce qu’il n’était plus en mesure de faire les efforts – ou n’en donnait pas l’impression à son entraîneur. Mauricio Pochettino, José Mourinho, Ryan Mason, Nuno Espirito Santo puis Antonio Conte se sont tous heurtés à ce problème. Le dernier a rapidement décidé que le corps était un problème que les pieds ne pouvaient pas résoudre. Les autres ont bricolé, plaçant Ndombele de plus en plus haut sur le terrain. Depuis deux ans, plus de la moitié des minutes passées sur le terrain l’ont été en tant que numéro 10.

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Lorsqu’il a émergé à Lyon, il n’était pourtant quasiment jamais remplacé et les résultats étaient tout à fait honnêtes. L’écart d’intensité entre la Ligue 1 et la Premier League peut expliquer cette difficulté à passer le cap, qu’un retour au bercail ferait oublier. Mais il existe tout de même quelques doutes sur les habitudes prises ces dernières années. Rare joueur plus à l’aise dans les petits périmètres que dans les grands, le milieu est un joueur d’instinct, un dribbleur qui était utilisé comme tel. Soit dans les trente derniers mètres, ce que font déjà tant de Lyonnais, soit très bas, dans les blocs bas d’un José Mourinho qui lui demandait de résister au pressing adverse avant d’envoyer les ballons dans la course d’Heung-Min Son et Harry Kane. Les courses, surtout défensives, étaient rares. Dans les systèmes à deux milieux axiaux régulièrement utilisés par Peter Bosz, elles sont fréquentes et essentielles.
Joueur anachronique, qui se serait régalé dans le football sans pressing du siècle dernier, Ndombele ne comble pas directement le vide laissé par le départ de Bruno Guimaraes. Sa palette est sans doute plus large mais il est au cœur d’une période de grande irrégularité, dans le jeu comme dans les efforts. Et donne l’impression de forcer les entraîneurs à s’adapter à ses lacunes, de la même manière qu’un Busquets passe d’excellent (quasiment toujours avec Espagne) à problématique (trop souvent à Barcelone) lorsqu’il ne joue pas en chaussons dans une équipe qui contrôle la possession. La question est alors de savoir si le jeu en vaut la chandelle, si le profil du footballeur est soluble dans le style de l’équipe.

Tanguy Ndombele sous les couleurs de Tottenham

Crédit: Getty Images

Et les appels ?

Celui d’Islam Slimani ne l’était visiblement pas. Jamais vraiment adapté à l’OL, jamais à son niveau monégasque non plus, l’Algérien jouait peu et son départ n’enlève qu’une option pour débloquer des matches mal engagés. L’arrivée de Romain Faivre, qui ne joue pas au même poste, entre dans une logique différente : renforcer l’effectif. Mais à quelle échéance ? C’est là toute la question autour d’un transfert assez onéreux, qui ressemble plus à un achat d’opportunité en pensant à l’avenir qu’à un choix du présent. Alternant à part égales entre titularisations sur l’aile droite et dans l’axe à Brest, le milieu offensif est plus numéro 10 qu’ailier. Sa fréquence d’appuis et ses changements de rythme lui permettent d’être performant quand il joue sur le côté mais il n’est pas un pur dribbleur ni un grand finisseur. Et définitivement pas un joueur d’appels capable d’attaquer la profondeur.
Ce profil de meneur de demi-espaces, qui navigue entre les lignes dans la zone intermédiaire entre l’axe et l’aile, cela pourrait également être celui de Lucas Paqueta, qui a pour lui d’être suffisamment physique et doué pour occuper une position centrale, là où la densité de joueurs est la plus grande. Les deux hommes sont gauchers et aiment donc partir de la droite pour venir sur leur pied fort. Même si le Brésilien est sans doute destiné à partir cet été, la fin de saison se fera sans nouveautés dans les profils offensifs. Une redondance qui ne dérangerait peut-être pas Pep Guardiola mais ne colle pas vraiment avec le coach actuellement en place.
Car Peter Bosz est avant tout un adepte du 4-3-3 avec des ailiers qui courent (Moussa Diaby, Leon Bailey, Paulinho et Demarai Gray à Leverkusen). Aujourd’hui, chez les éléments offensifs, seul Karl Toko Ekambi est là pour récompenser les passes en profondeur et faire des "courses sacrifice", ces fausses pistes qui emmènent les adversaires et ouvrent des espaces. En misant sur des hommes qui aiment avoir le ballon dans les pieds, l’OL se condamne à rester une équipe au tempo assez lent. À devoir travailler son jeu de position sans Guimaraes pour qu’il se passe quelque chose quand l’adversaire garera l’autocar dans sa surface. Et à progresser au pressing pour ne pas défendre des transitions avec un duo Aouar-Ndombele qui n’a jamais aimé ça. L’effectif a plus de talent aujourd’hui qu’il y a une semaine, mais cela reste un sacré défi.

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