C'est un tsunami qui a noyé la rade de Brest lundi. Une vague numérique inattendue qui a surpris le club breton. Un torrent de followers, causé par un homme : Youcef Belaïli. Avant les premières rumeurs sur des contacts entre le Stade Brestois et l'international algérien, Brest comptait environ 440.000 abonnés sur ses différents comptes sur les réseaux sociaux. Désormais, il flirte avec les deux millions. "On a été vraiment surpris de l'ampleur, sur les comptes c'était comme à Las Vegas, ça tournait tout seul", a ainsi expliqué à l'AFP un porte-parole du club.
Depuis, la Belaïli-mania numérique ne s'est pas calmée. A première vue, difficile de comprendre un tel engouement pour un joueur de 30 ans, international algérien certes, mais à l'expérience quasi-nulle en Europe. Mais avec lui, oubliez le rationnel et les cases à cocher pour atteindre le plus haut niveau. Belaïli, c'est une histoire romanesque, une succession de choix surprenants, de rendez-vous manqués et de rédemptions successives. Celle d'un espoir adoré de tous qui finira rejeté par beaucoup avant de devenir un héros national. Celle d'un "surdoué" au talent hors-norme mais à la "carrière anormale", selon Mohamed Brahdji, journaliste pour DZ Foot.
Ligue 1
Mertens, Simeone… Tudor en approche, l'OM regarde vers l'Italie
IL Y A 10 HEURES

Youcef Belaïli lors de sa présentation au Stade Brestois

Crédit: Getty Images

2014, le premier tournant

"C'est un joueur qui émerge au début des années 2010, rembobine-t-il. Il débute dans le club de sa ville, le Mouloudia d'Oran. On a vu ce phénomène arriver et, très rapidement, il s'est détaché comme étant un joueur assez unique de par les fulgurances dont il était capable". Très vite, Oran se prend d'amour pour son prince, décisif malgré son jeune âge. A 20 ans, l'Europe le surveille déjà du coin de l'œil mais c'est l'Espérance de Tunis qui récupère le joyau, encore à polir. En Tunisie, Belaïli confirme tout le bien qu'on pense de lui : associé à Youssef Msakni, prodige local, il fait les beaux jours du géant tunisien mais vise encore plus haut. Pourtant, 2014 marque déjà un tournant. En fin de contrat avec Tunis, il doit faire le grand saut.
A Caen, déjà sur le dossier en 2012, on l'attend impatiemment. Le joueur s'exhibe même avec un maillot du Stade Malherbe, floqué du numéro 10. Raté. C'est finalement un retour au pays que choisit Belaïli, en rejoignant l'USM Alger. "A l'époque, le club est géré par un magnat du BTP très proche de l'ancien président Bouteflika avec l'idée d'en faire une sorte de Dream team, en achetant les meilleurs joueurs algériens, quitte à les surpayer, retrace Mohamed Brahdji. Youcef arrive là-bas et, rétrospectivement, on se dit que c'est une erreur".
Car si Belaïli réussit encore à porter le club jusqu'en finale de C1 africaine, qu'il connaît ses premières sélections sous la direction de Christian Gourcuff en 2015, il grandit moins vite qu'attendu. "Peut-être qu'à ce moment, il se repose un peu sur ses qualités intrinsèques et ne réussit pas à passer un palier pour pouvoir se sublimer, estime notre collègue. A ce moment-là, il tombe dans certains travers et à l'issue d'un match en août 2015, il est contrôlé positif à la cocaïne". Un autre tournant. Ou plutôt une scission dans sa carrière.

Angers, le point d'interrogation

Sanctionné de quatre ans de suspension, Belaïli devient un pestiféré du football algérien même s'il reconnaît avoir fumé une chicha sans en connaître le contenu. Il se bat cependant pour faire réduire sa sanction, ramenée à deux ans par le TAS. C'est dans ce contexte compliqué, après une traversée du désert, que l'Algérien atterrit à Angers en 2017. "A l'époque, il s'entraîne seul, devient un paria du football algérien, rappelle Mohamed Brahdji. Saïd Chabanne, qui a forcément une tendresse particulière pour le football algérien, a voulu lui donner une seconde chance. C'était un coup de cœur de président mais le pôle sportif, avec Olivier Pickeu et Stéphane Moulin, n'était pas forcément sur la même longueur d'onde. Il est envoyé en réserve pour se retaper mais il y a eu une forme d'incompréhension entre les deux parties".

Youcef Belaïli sous le maillot d'Angers, un mariage qui n'a jamais pris

Crédit: Getty Images

Dans l'effectif angevin, c'est une énigme restée sans réponse. "Rien qu'un footing, c'était une galère pour lui, les kinés se demandaient comment ils allaient réussir à le remettre sur pied, rembobinait Loïc Puyo, son coéquipier à Angers, pour So Foot. On avait entendu toutes les histoires sur lui, on savait qu'il était hors de forme... Plusieurs mecs dans le vestiaire se demandaient comment ce gars-là avait pu arriver en Ligue 1". Résultat, Belaïli ne dispute qu'un petit match de Coupe de la Ligue. Difficile de se faire une idée précise. Retour au bercail, ou presque, avec un comeback à l'Espérance de Tunis.
Alors qu'on pense sa carrière au point mort, Youcef le Fennec devient Belaïli le phœnix. Dans un contexte brûlant, l'Algérien trouve une flamme intérieure que peu lui connaissaient. Entre janvier 2018 et 2019, il est l'un des piliers de l'Espérance Tunis, remporte deux Ligues des champions africaines consécutives et est même élu meilleur joueur du continent africain en 2019. Face à cette irrésistible résurrection, Belmadi ne peut pas rester insensible.

Belmadi croit en lui, l'Europe est refroidie

"Au moment de son rendez-vous d'intronisation avec Kheïreddine Zetch, président de la fédération, il lui demande si Belaïli figure sur une quelconque liste noire et s'il a l'interdiction de le sélectionner, ce qui n'est pas le cas, explique le journaliste de DZ Foot. A partir de là, Belmadi veut en faire un des joueurs essentiels de son dispositif, qui finira par la victoire à la CAN 2019. C'est vraiment une décision très forte à ce moment-là. Depuis, Belaïli en sélection, c'est une quinzaine de passes décisives, six buts en moins de trente matches".

Youcef Belaïli (Algerie, Stade Brestois)

Crédit: Getty Images

Chez les Fennecs, il devient l'indispensable pendant de Riyad Mahrez dans le jeu. En club, en revanche, ses choix de carrière restent exotiques malgré des touches en L1, notamment à l'OM. "C'est un joueur qui n'a pas su gérer les à-côtés du foot, la relation avec les agents, les mandats d'exclusivité, avance Mohamed Brahdji pour expliquer tous ses choix surprenants où son père, plus proche conseiller, a aussi beaucoup pesé. C'est un peu le cliché du joueur qui signe des mandats à tout le monde en s'imaginant que plus il en signe, plus il a de chances que l'un d'eux aboutisse. Au niveau des clubs européens, on ne savait pas à quel interlocuteur parler".
L'Arabie Saoudite d'abord puis le Qatar ressemblent à des terres d'accueil parfaites pour un salaire confortable. Mais, en décembre dernier, son contrat est rompu pour des raisons mystérieuses. Sans doute que son but en demi-finale de Coupe Arabe face au Qatar et sa célébration très vindicative ont pesé dans la balance. En contact avec Montpellier, Belaïli atterrit finalement à Brest sur le gong. Titulaire face à Rennes dimanche (2-0), il n'a pas encore pu montrer des qualités sur lesquelles tout le monde est pourtant unanime.
"C'est un talent extraordinaire", estime Belmadi. "Il a toutes les qualités : la puissance, la technique, l'ingéniosité, le flair, bonne frappe, résumait pour Goal Hubert Velud, son coach à l'USM Alger. Je pensais sincèrement qu'il pouvait aller dans un club comme le PSG, l'OM ou l'OL. Un joueur au grand potentiel. Plus fort que Riyad Mahrez, selon moi". "J'aime sa folie sur le terrain, nous a avoué Nabil Bentaleb. Il est capable de tenter et de réussir des gestes incroyables."
C'est ce cocktail détonnant qui a rendu Belaïli si unique aux yeux des supporters algériens. Tous ou presque ont fini par tomber raides dingues de ce joueur instinctif, symbolisé par son but extraordinaire face au Maroc, une demi-volée de 40 mètres pleine de spontanéité. A Brest, on espère tomber rapidement sous son charme. Histoire que la Belaïli-mania ne se cantonne pas uniquement aux réseaux sociaux mais submerge aussi la L1.
Ligue 1
Tudor d'accord avec l'OM : ce qu'il faut savoir sur le futur coach de Marseille
HIER À 12:42
Ligue 1
Lui rêvait de Griezmann : Sampaoli était totalement en décalage à l'OM
HIER À 09:23