Entre deux séances avec son préparateur physique sous le soleil du sud de la France et après une saison couronnée d'un nouveau titre de champion d'Allemagne, Benjamin Pavard s'est livré comme rarement. Durant une bonne heure, le défenseur des Bleus a déroulé le fil d'une carrière incroyablement riche. A 26 ans, le Munichois a déjà gagné les plus grands trophées du football international. De ses débuts chez les U19 à Lille à la saison du sextuplé avec le Bayern, de sa "frappe de bâtard" à sa finale de Ligue des champions vécue sur le banc, retour sur sept années très denses. Pavard se raconte en 10 matches, plus ou moins connus comme autant de tournants.

Rentrée 2015 – Dunkerque – Lille

Coupe du monde
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  • Championnat U19
Mon père voulait que je me trouve un petit travail à la mairie et que je joue en CFA
"C'est un tournant. Parce que, jusqu'ici, je jouais sentinelle et même milieu relayeur. Stéphane Dumont, mon coach chez les U19, vient me voir pour me dire qu'il veut me fixer comme défenseur central avec le brassard de capitaine. Ça m'a fait chaud au cœur. Avoir sa confiance, ça a été primordial. Je lui en suis encore reconnaissant car si j'étais resté milieu, où en serais-je aujourd'hui ? C'est là que tout démarre pour moi. Je ne m'imagine pas encore pro car j'ai connu des phases où je n'étais pas bien en U17 et U19. Je suis toujours un joueur qui a besoin d'affection et Dumont m'a fait ressentir que j'étais important pour l'équipe en me donnant le brassard de mon club de cœur.
A cette époque, mon père voulait que je me trouve un petit travail à la mairie et que je joue en CFA. Il savait que c'était compliqué de faire carrière. Dans ma génération, on est que deux ou trois à avoir un parcours chez les professionnels. Mais je n'avais pas les mêmes objectifs que lui. Moi, je voulais être pro dès 18 ans. C'est ce que j'ai fait. Le travail a été récompensé."

Benjamin Pavard sous le maillot du LOSC

Crédit: Getty Images

Novembre 2014 - LOSC U21 – Manchester City U21

  • Match amical
J'ai commencé à avoir des palpitations
"C'était juste un match amical face à l'équipe de Patrick Vieira. Mais René Girard était là pour superviser les U19. J'avais été bon et une semaine après, il y a des blessés chez les pros et le coach vient me voir pour me dire que je vais m'entraîner avec eux. J'ai commencé à avoir des palpitations (rires). C'est allé très vite et je n'ai plus quitté le groupe. Encore maintenant, on échange souvent avec René Girard. C'est quelqu'un d'important qui a lancé ma carrière, je n'oublierai jamais. Quand j'étais en CFA, je m'inspirais de Sergio Ramos et Marquinhos. A Lille, petit, j'allais voir jouer Marko Basa, un des meilleurs défenseurs centraux que j'ai vus, Rio Mavuba et Florent Balmont. Après, ils m'ont accueilli dans le groupe pro."

Mars 2015 – ASSE – Lille

  • Ligue 1
Là, je me dis que je ne suis plus le petit enfant
"Ce n'est pas mon premier match chez les pros mais un déplacement à Saint-Etienne, c'est quelque chose… Je jouais arrière gauche. Toute la semaine, j'avais bossé mon mauvais pied contre un mur à Luchin même si je préfère faire des extérieurs (rires). Saint-Etienne, ses fans, j'ai toujours voulu jouer là-bas avec Lille. Je me souviens de l'ambiance de dingue, du stade plein. Quand je suis sur le terrain, ces ambiances me motivent encore plus.
Bon, on avait perdu mais j'étais dans l'équipe type de la semaine. Un super souvenir, je vivais mon rêve de L1. Là, je me dis, je ne suis plus le petit enfant. Je suis pro, il faut que je montre mon caractère. Je me devais de prouver que cette atmosphère me transcendait et ne me faisait pas peur. Dans les catégories jeunes, je stressais beaucoup, j'ai travaillé là-dessus et c'est terminé. Sur le terrain, je suis une autre personne, je vis le moment."

Benjamin Pavard à Geoffroy-Guichard face à Saint-Etienne

Crédit: Getty Images

Mai 2017 - VFB Stuttgart – Würzburger Kicker

  • 2.Bundesliga – Match de la montée
Encore maintenant, je regarde les vidéos, c'était fou
"Lille, c'est mon club. Mes parents habitent encore tout près. Mon objectif, c'était d'être capitaine du LOSC avec les pros. Mais j'ai pensé à ma carrière. J'ai encore un goût amer mais ça m'a fait évoluer de partir très jeune. Je suis devenu un homme très vite. A Stuttgart, j'ai découvert une famille. Même si beaucoup de gens se sont interrogés sur mon départ en Allemagne, je voulais enchaîner les matches chez les pros. En D2, il y'avait 60 000 supporters, c'est ce qu'il faut s'imaginer. On gagne le match, j'avais la chair de poule. C'était quelque chose de dingue. Encore maintenant, je regarde les vidéos, c'était fou. J'ai rendu des gens heureux comme jamais. Procurer ces émotions, c'était la première fois et je m'en souviendrai toute ma vie."

Novembre 2017 - France - Pays de Galles

  • 1re sélection chez les A
Quand je me rends compte que je suis chez les A, je pleure
"Je ne m'attendais pas à être appelé. Après la première saison à Stuttgart, où on finit champion de D2 allemande, je dis à mon agent : 'Dans un an, c'est la Coupe du monde, j'aimerais bien être dans les 30.' Je savais que Didier Deschamps était très concerné par ce qu'il se passait chez les Espoirs. Mais oui, j'étais surpris. J'étais en cours d'allemand, mon téléphone n'arrêtait pas de sonner. Moi, j'attendais la liste des Espoirs. Quand je me rends compte que je suis chez les A, je pleure… Je repense à mon enfance, quand je chantais la Marseillaise avec mon maillot bleu devant la télévision… C'est beau.
Pour ma première convocation, je me souviens qu'en arrivant à Paris, je prenais le métro, le bus. Aujourd'hui, c'est plus difficile. Quand j'arrive à Clairefontaine, je me fais tout petit parce que je suis jeune. J'arrive au milieu des stars. J'absorbe tout : leurs entraînements, comment ils mangent… Bien sûr, il y avait un peu de stress même si je connaissais déjà Coco Tolisso et Adrien Rabiot qui m'ont aidé à m'intégrer. J'avais l'habitude de passer devant le château avec les Espoirs mais je voulais mettre les pieds dedans. C'est fait."

Benjamin Pavard

Crédit: Getty Images

Juin 2018 - France – Argentine

  • 8e de finale de la Coupe du monde
J'aimerais passer à autre chose
"Le match et le but, on les connaît tous. Je ne vais pas rentrer dans le détail encore une fois mais une émotion comme ça, c'est rare. Sur le moment, j'ai un trou noir et je reviens à moi au moment de l'énorme joie collective.
Aujourd'hui, moi, je suis tourné vers la prochaine Coupe du monde, les nouveaux titres. Ça, c'est du passé. On m'en parle tous les jours, forcément. Je n'étais pas programmé déjà à être titulaire dans cette compétition, ni à marquer un but et encore moins un but comme ça. Après, il a fallu gérer parce que j'étais attendu au tournant. Je n'étais plus l'inconnu de Stuttgart mais l'homme à la frappe de bâtard contre l'Argentine. Il m'a fallu du temps pour digérer. Ce n'était pas évident. Je suis quelqu'un de discret, qui aime l'ombre et qui travaille loin des caméras.
Après, oui, c'est ce qui restera. Dans dix ans, on m'en parlera encore. Mon enfant pourra se la péter en disant que son papa a mis une frappe de dingue contre l'Argentine mais ce n'est pas ce qui m'intéresse… J'aimerais passer à autre chose. Pour tous les gens, c'est énorme, c'est un moment gravé, c'est immense. Pour moi, c'est un moment parmi d'autres. C'est ma personnalité. J'entends en équipe de France, quand j'arme une reprise, un murmure dans la Stade de France. Le public attend ça. Mais je répète : je ne suis pas programmé pour ça même si j'espère toujours marquer."

Août 2020 – Bayern – PSG

  • Finale de Ligue des champions
Ça m'a embêté parce que rater une finale…
"Au Bayern, j'arrive dans un club historique qui a l'habitude de gagner des grands trophées. Aux entraînements, c'est un autre niveau. La Ligue des champions, c'était un autre rêve de gamin. On gagne 8-2 à Tottenham en poules, on enchaîne, on est fort. On se sent fort. Et le Covid tue un peu tout. Moi, je me blesse avant le Final 8. Je l'ai encore en travers de la gorge aujourd'hui. Pour la finale, j'étais à 30% mais je voulais être avec l'équipe. En demi-finale, contre Lyon, je joue mais je ne suis pas à fond. Le PSG est une grande équipe, il fallait des gens à 100%. Ça m'a embêté parce que rater une finale… Au moins, j'ai vécu le moment avec l'équipe parce que, dans une carrière, ça ne se passe peut-être qu'une fois. J'étais fou contre les vitres sur le banc pendant le match… Mais oui, je suis un peu amer parce que j'aurais voulu jouer.
J'étais fier de moi mais je n'ai pas fêté ce titre comme si j'avais joué. Parce que je suis un compétiteur. Mais je comprends le coach, je n'étais pas à 100%. Qu'est-ce qui se serait passé si j'avais été titulaire en étant moins bien ?"

Benjamin Pavard, vainqueur de la Ligue des champions

Crédit: Getty Images

Février 2021 – Bayern – Tigres

  • Finale Coupe du monde des clubs
On m'appelait Pippo Inzaghi
"On m'appelait Pippo Inzaghi après le match parce que je marque un but de renard, le seul du match. Je me souviens après les demi-finales, mon agent me dit : 'Tu vas marquer en finale'. Juste après avoir marqué, je pense à lui, je me dis que c'est un marabout. Le sextuplé couronne une saison fantastique. On ne peut pas faire mieux. C'est beau franchement.
On ne se sentait pas invincibles mais je voyais que dans cette équipe, on en n'avait jamais assez. Mais c'est vrai encore aujourd'hui : à 2-0, on n'en a pas assez. Si on peut en mettre 8, on en met 8. C'est ce qui distingue le Bayern des autres. C'est notre force. La chose que je ne supporte pas, c'est de sous-estimer l'adversaire parce qu'on est le Bayern. Et je peux vous dire que c'est dans la culture de ce club de ne sous-estimer personne.
Avec Hansi Flick, on s'entend encore très bien. Il m'a dit qu'il aimerait bien me sélectionner avec l'équipe d'Allemagne (rires). Il m'a encore appelé en Facetime pour mon anniversaire. J'ai connu des phases compliquées avec lui mais il m'a toujours soutenu. Et puis, on a fait le sextuplé ensemble : je ne peux pas oublier un coach comme ça. Moi, j'aime les relations franches comme avec Didier Deschamps. J'ai besoin de me sentir important. Il n'y a qu'avec Frédéric Antonetti que ça ne s'est pas passé comme j'ai voulu. Mais je vais le remercier car je suis parti et ma carrière n'aurait pas été la même si j'étais resté à Lille."

Novembre 2021 - France – Finlande

  • Match amical
J'attendais ça depuis un moment
"J'étais dans une période où je n'étais pas bien. Dans ma vie privée, sur le terrain. Avec le Covid, ça n'allait pas. C'était très dur pour moi. A ce moment-là, je commençais à relever un peu la tête. J'en ai parlé avec le coach Deschamps, il a senti que je n'étais pas épanoui. Ce n'était pas moi. Sur le terrain, je le ressentais. Bien sûr, je n'aime pas être sur le banc (ndlr : Benjamin Pavard a démarré la rencontre sur le banc). Après, j'ai eu la chance de rentrer en jeu. Depuis, ça va mieux en club. Malheureusement, j'ai raté le rassemblement de mars à cause du Covid.
Jouer dans l'axe avec l'équipe de France, j'attendais ça depuis un moment. Après, je suis au service du collectif. J'ai joué arrière droit, ça m'a permis de participer à une Coupe du monde, d'enchaîner les matches et de progresser. Mais je ne suis pas un latéral de métier, mon poste c'est l'axe. Quand le coach a changé de système, j'ai pris ça comme une bonne opportunité. Si on me demande de jouer piston droit, je le ferai mais ce ne sont pas mes qualités premières. D'autant que piston, c'est encore plus offensif… On joue comme à Munich désormais même si au Bayern, on est à 7 devant (rires). Je me sens plus épanoui.
Il y a peut-être plus de concurrence dans l'axe qu'à droite mais j'ai confiance en moi et je suis performant en club. Le coach ne fait pas une liste pour me faire plaisir à moi ou à un autre, ou parce que j'ai marqué le but de la Coupe du monde…"

Benjamin Pavard (France)

Crédit: Getty Images

Décembre 2021 - Bayern – Wolfsburg

  • Bundesliga – 100e match avec le Bayern
A la base, je voulais juste être professionnel
"A la base, je voulais juste être professionnel même si j'avais envie d'arriver le plus haut possible. Le Bayern, c'est dingue. Jouer 100 matches en deux saisons et demie… Ça prouve que je suis performant, professionnel. Après, marquer l'histoire… Il n'y a qu'une chose qui me motive : c'est de gagner le plus de trophées possibles. Avec le sextuplé, on est tous rentrés dans l'histoire du Bayern. Je regarde ma carrière… C'est bien mais j'en veux beaucoup plus. Je pense déjà à la SuperCoupe d'Allemagne en début de saison prochaine et bien sûr à la Coupe du monde. Je ne veux pas aller au Qatar pour les quarts mais pour la gagner. Je veux des trophées et des émotions."
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Une rivalité, zéro animosité
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