Dans la vie, tout le monde devrait avoir le droit à une seconde chance. Pourquoi ? Parce que l’échec ne tue pas. Quand Unai Emery décide d’arrêter sa carrière de footballeur professionnel à 34 ans avec un genou fragile et sans avoir véritablement connu la gloire, le milieu de terrain possède déjà un plan de reconversion en tête. Sa passion pour cette discipline sportive le dévore de plus en plus, alors le natif de Fontarrabie parvient à transformer cette addiction en un métier à partir de janvier 2004. Quasiment dix-sept ans plus tard, le voilà troisième de Liga aux commandes de Villarreal et reconnu comme l’un des plus grands tacticiens du football européen. Mais comment fait-il ?

De footballeur à professeur

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Entraîneur d’Emery entre 2000 et 2002 au Racing Club de Ferrol, Luis César Sampedro explique le succès de son ancien poulain dans le livre Unai Emery, El Maestro de Romain Molina, paru en 2017. "Avec ce cerveau qui nous domine, ces images cérébrales pouvant saboter tout le travail fait en amont, il faut que les entraîneurs soient conscients de la puissance de cet organe, déterminant dans la balance du succès ou de l’échec. Il y a dix ans encore, certains entraîneurs en Espagne étaient catastrophiques. Aujourd’hui, c’est fini. (…) Ce n’est plus comme avant où certains avaient simplement comme idée de sortir courir et aller à la guerre. Maintenant, c’est la psychologie qui fait la différence entre les entraîneurs. Si Unai a réussi ce qu’il a fait, c’est parce qu’il a compris ça depuis des années, et sans doute justement grâce à ses propres erreurs comme joueur."

Villarreal - Emery : "Je rêve de remporter un titre avec Villarreal"

Le 10 juin 2010, Unai Emery est au milieu de son expérience au FC Valence (2008-2012). Heureux d’être sur le banc de l’un des clubs les plus prestigieux de Liga, l’homme reste pourtant en constante réflexion sur sa manière d’améliorer ses connaissances. En conséquence, le coach prend part à un colloque organisé à Saint-Sébastien dans le stade d’Anoeta de la Real Sociedad (son club formateur). Le sujet ? Apprendre à imposer un style de jeu à son équipe.

En bon professeur, le technicien prend un feutre et se met à dévoiler un schéma sur un tableau aux yeux de tous les interlocuteurs présents dans la salle. Cette transparence sur sa méthodologie dévoile ses principes fondamentaux en trois axes principaux : la préparation du match est régulée par deux constantes, l’élaboration d’un planning d’un côté puis le contenu des sessions de l’autre, avec la présence de devoirs maisons. En d’autres termes, c’est une sorte de retour à l’école.

Unai Emery, Arsenal head coach

Crédit: Getty Images

Le joueur laissé sur la touche est énervé

Grâce à sa pédagogie, Emery parvient à enseigner à ses élèves, en l’occurrence ses joueurs, les aspects tactiques, techniques, physiques et psychologiques cumulés pour la performance sportive. Aussi, le Basque répond à quatre questions essentielles pour réussir son match : le quoi (comprendre le schéma de jeu), le pourquoi (les profils de joueurs), le comment (la manière de parvenir au succès à travers la répartition des tâches dans l’équipe), et la direction (liée à la répétition des bonnes performances).

Enfin, Emery évoque son style de jeu favori à travers six mots-clés : intensité, agressivité, intelligence, force, résistance et vitesse, sans omettre les valeurs globales de la solidarité, la communication (orale et visuelle), le caractère et la personnalité. Une partie de la méthode d’Unai Emery se situe également dans la gestion de la concurrence.

À Paris, tout le monde s’en souvient mais pas pour les bonnes raisons. Durant la conférence d’avant-match d’un Monaco-PSG en août 2016 (défaite 3-1, la première d’Emery dans le club de la capitale, ndlr), Emery avait pris le soin d’expliquer aux journalistes présents en salle de presse une leçon de gestion à l’aide de bouteilles d’eau. Avoir au minimum deux bons joueurs par position exerce une pression continue et ouvre au dialogue pour trouver le positif, même dans une prise de bec avec son entraîneur.

"Le joueur laissé sur la touche est énervé ? Tant mieux alors, parce que quand je vais lui donner la responsabilité de jouer, il va être très motivé pour me prouver qu’il avait raison car il est fort." Emery établit ainsi l’installation d’un processus de rivalité pour éviter la dilettante du joueur au moment de produire une performance. En clair, faire émerger des effets positifs à travers la quête permanente du mérite.

Dérision et problème de langue

Malgré tout, cette fameuse conférence de presse est aujourd’hui moquée. Pourquoi ? Parce que Emery s’explique dans un français assez sommaire, deux mois seulement après son arrivée dans l’Hexagone. S’arrêter sur la forme plutôt que sur le fond n’a pas permis à Paris de remporter la C1, la preuve aujourd’hui. Cela dit, il est aussi honnête d’affirmer que l’approche scientifique d’Emery possède des difficultés d’adaptation à l’étranger.

En trois expériences (Spartak Moscou, Paris Saint-Germain et Arsenal), l’Espagnol affiche un bilan honorable de 142 victoires, 33 matchs nuls et 43 défaites. Dans le même temps, les plus sceptiques retiennent son passage à Moscou sans titre, celui à Paris avec les éliminations face au Barça (4-0, 1-6) et au Real Madrid (1-3, 1-2) en Ligue des champions et celui à Londres où l’homme n’est pas arrivé à qualifier le club pour la C1, s’inclinant en finale de Ligue Europa contre le voisin Chelsea (1-4).

Emery Out

Crédit: Getty Images

Hors d’Espagne, Emery exerce sa méthode pendant que ses employeurs lui demandent d’accumuler les titres à la pelle et en vitesse. Mais cela ne surprendra personne : apprendre à communiquer aussi bien en anglais ou en français que dans sa langue maternelle n’est pas une question de quelques mois, et encore moins pour un fervent adepte de la communication.

"Ce que j’aime, c’est voir mes joueurs réagir, parler parce qu’eux ont aussi des sentiments et des idées, explique l’intéressé toujours dans Unai Emery, El Maestro. J’aime apprendre de mes joueurs ou des gens en général. Un ami travaillant avec moi à Séville m’a fait une remarque très juste : ‘Je m’assois dans les tribunes pour voir le match. J’ai vingt personnes à côté de moi. Dix-neuf disent tout et n’importe quoi, parlent de choses sans importance. Et il y a une autre personne qui donne toujours un avis éclairé sur quelque chose que tu n’as pas forcément vu.’ Tu peux apprendre de tout le monde !" Encore une fois en Espagne, tout le monde apprend d’Emery.

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