Comme un symbole. En quatre jours, l’équipe de France de Corinne Diacre va affronter deux des plus grosses nations du football mondial : l’Angleterre et les Etats-Unis. Cette double confrontation, en plus de faire saliver, se voulait surtout être un test pour les Bleues. En raison d’une cascade de défections dans leur rang, notamment du côté des Lyonnaises, touchées par le Covid-19, et dont seule Eugénie Le Sommer, la meilleure buteuse de l’histoire de la sélection, est sortie rescapée, cela s’apparente désormais plus à une mission commando.

Cinq quarts de finale perdus de suite

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13/04/2021 À 12:31
Forte de près de deux ans et 15 matches d’invincibilité, les partenaires de Marie-Antoinette Katoto aimeraient bien poursuivre plus longtemps leur série, surtout en tenant tête à deux adversaires qui rappellent les limites de la France depuis de longues années. L’Angleterre et les Etats-Unis sont en effet les deux derniers bourreaux des Bleues en compétition officielle, en 2017 à l’Euro, et en 2019 lors du Mondial en France. A chaque fois, c’était en quart de finale, et cela avait fracassé les rêves de dernier carré des Tricolores, qui n’ont plus connu pareille performance depuis les Jeux de Londres en 2012 et courent toujours après leur premier podium.
De quoi teindre ces confrontations d’un petit goût de revanche ? "Quand on perd contre des équipes on a cette fierté de vouloir faire mieux et de montrer aussi qu’on peut rivaliser, qu’on veut atteindre nos objectifs", affirme ainsi Eve Perisset, la latérale des Girondins de Bordeaux qui a vécu ces deux matches depuis le bord du terrain, puisque suspendue face aux Anglaises il y a 4 ans et pas entrée en jeu face aux Américaines lors de la désillusion du Parc des Princes.

La tristesse d'Amandine Henry après l'élimination des Bleues

Crédit: Getty Images

"Ça reste des mauvais souvenirs, forcément puisque c’est une défaite, contre des belles équipes, surtout qu’on avait comme objectif de faire beaucoup mieux sur les deux compétitions, poursuit l’ex-joueuse de l’OL et du PSG. Mais c’est passé et je pense qu’on a appris de ces défaites. On s’est remises à travailler et à se projeter sur la suite". C’est-à-dire enfin dépasser ce plafond de verre des Bleues, qui restent sur 5 quarts perdus, lors des grands rendez-vous de l'été. Si les Etats-Unis font référence dans le domaine, avec notamment 4 Coupes du Monde et 4 médailles d’or aux J.O., le bât blesse quand on sait que, il n’y a pas si longtemps, l’équipe de France semblait mieux armée que l’Angleterre pour aller chercher des médailles.
On avait un temps d'avance sur les Anglaises il y a une quinzaine d'années, et elles nous ont rattrapé, voire dépassé
Corinne Diacre pourrait en parler, elle qui avait inscrit un but historique face aux Anglaises à Saint-Etienne en 2003, qualifiant la France pour sa première Coupe du Monde. Sauf que, depuis 2015 et la coupe du monde au Canada, la courbe s’est inversée. Après avoir battu les joueuses de Mark Sampson en phase de poule, les Françaises, éliminée en quart aux tirs au but par l’Allemagne, ont vu l’Angleterre arracher la troisième place. Après une nouvelle demie à l'Euro 2017, Lucy Bronze et ses compatriotes avaient de nouveau atteint dernier carré de la Coupe du monde 2019, tombant au terme d’un match épique face aux Etats-Unis, et loupant la 3e place dans la foulée face à la Suède.
De quoi donner une tonne de regret à Camille Abily, ex-milieu aux 183 sélections en Bleues : "Je pense qu’on avait un vrai temps d’avance il y a une quinzaine d’années, et elles nous ont rattrapé, voire dépasser vu leurs résultats actuels. C’est une équipe et une fédération qui travaillent très bien. En termes de qualité et d’équipe, on a tout pour rivaliser avec elles, et c’est là où c’est encore plus dur pour nous parce que je me dis qu’elles ont réussi à atteindre cette demi-finale en Coupe du monde où nous n’avons pas réussi à aller depuis un moment (2011) alors qu’on a le potentiel pour".

Des matches amicaux aboutis, des rendez-vous capitaux manqués

Depuis Clairefontaine, la milieu Grace Geyoro acquiesce : "Là où nous devons progresser encore, c’est pour passer ce cap des grands rendez-vous, arriver à bien reproduire ce qu’on fait au quotidien, c’est-à-dire dans les matches amicaux, dans les grandes compétitions. On est en train de continuer à se développer, à nous d’arriver à créer une équipe forte, un lien fort. On a énormément de potentiel, après ça va être à nous de le mettre au service du collectif". Le plus parfait exemple de cette ambivalence entre amicaux et compétition concerne justement deux matches face aux Etats-Unis.
En janvier 2019, les Françaises avaient largement dominé l’équipe alors dirigée par Jill Ellis (3-1), avant d’être ramenées dans le rang en quart de finale du Mondial. Un constat déjà réalisé en 2017, comme se rappelle Abily, dont la carrière en sélection s'était stoppée sur cette mauvaise note : "C’est vraiment un des plus mauvais Euro que j’ai disputé, alors qu’on avait fait une super préparation. Je me rappelle qu’on avait gagné aux Etats-Unis 3-0 et remporté la SheBelieves Cup en disputant des matches très intéressants (avec un nul face à l’Allemagne et une victoire face à… L’Angleterre, 2-1, NDLR). Mentalement on n’a pas été costauds. En Equipe de France, même si je ne pourrai pas juger à l’heure actuelle parce que je ne suis pas dans le groupe, je trouvais qu’on manquait de ça par rapport à d’autres équipes comme les Etats-Unis qui ont une grosse confiance en elles, et qui savent qu’elles vont gagner. Et comme mentalement on n’est pas forts, cela fait qu’on n’est pas là dans les gestes décisifs !". Surtout que sur le plan des individualités, on le sait, la France n’a pas à rougir face aux deux cousins anglo-saxons. "Il y a des joueuses de talent dans cette liste !", a ainsi martelé Corinne Diacre en dépit de l’absence de cadres comme Wendie Renard, Amandine Henry, Charlotte Bilbault ou Delphine Cascarino.
A nous de montrer qu'on peut rivaliser, notamment dans le jeu, face à des équipes comme ça
Habituées à dominer les rencontres et à dicter le rythme, comme ce fut le cas le mois dernier face à la Suisse, les Françaises auront cette fois plus de répondant en face : "Les Etats-Unis ont un jeu beaucoup porté vers l’avant, décrypte Geyoro. Elles ne vont pas forcément privilégier le jeu de passe mais la profondeur, puisqu’elles ont des joueuses capables d’apporter dans ce domaine. Mais elles ont aussi démontré qu’elles sont capables de poser le jeu et de passer par leur milieu de terrain. L’Angleterre, ça y ressemble un peu", poursuit la milieu du PSG, qui estime que l’équipe de France "a un peu les mêmes similitudes. On a des joueuses puissantes et athlétiques, techniques". Dont ses trois coéquipières d’attaque en club, Marie-Antoinette Katoto, Kadidiatou Diani et Sandy Baltimore, qui devraient être d’autant plus sollicitées du fait des absences, sont les parfaits exemples.
Les Tricolores devront donc aussi batailler pour avoir le ballon, qu'elles verront peut-être moins que de coutume : "Notre force c’est la qualité technique et la maîtrise, à nous aussi de montrer qu’on peut rivaliser, notamment dans le jeu, face à des équipes comme ça, il ne faut pas avoir peur d’avoir le ballon et de faire du jeu", indique Eve Perisset. "On ne va pas se dénaturer, on va essayer d’imposer notre jeu, et bien sûr de jouer avec nos qualités", abonde Geyoro. "Il faut qu’on garde notre identité française, un jeu en mouvement avec beaucoup de disponibilités et une grosse qualité technique, ce qu’on avait bien fait en 2011 et en 2012", estime également Abily.

Corinne Diacre (France)

Crédit: Eurosport

Lorsqu’elles ont croisé les Anglaises pour la dernière fois, en amical déjà, en mars 2018, les Bleues étaient reparties les valises chargées (4-1). Corinne Diacre espère que les nombreuses novices ou revenantes (Kazadi, Jean-François, Khelifi, Palis, Jaurena) pourront peser face à ces deux poids lourds de la scène internationale : "Depuis le dernier stage, les jeunes ont apporté un peu de fraîcheur, quelque chose de sympa avec les anciennes qui connaissent bien la maison", a-t-elle commenté au moment de dévoiler sa liste.
Elle verra, comme ses joueuses, deux nouvelles têtes sur les bancs de leurs opposants. Côté américain, c’est Vlatko Andonovski qui est arrivé fin 2019 pour succéder à Jill Ellis, et qui n’a pour le moment connu que la victoire avec la troupe de Megan Rapinoe (16 matches). Côté anglais, Phil Neville souhaitant partir, il a cédé sa place en janvier à l’intérimaire Hege Riise, mais la Norvégienne sera remplacée après les J.O. par Sarina Wiegman, vainqueure de l’Euro 2017 et finaliste de la Coupe du Monde 2019 avec les Pays-Bas, autre nation longtemps considérée en retard sur la France, dont les résultats parlent d’eux-mêmes.
Peut-être aussi déstabilisées par ce jeu de chaise musicale, les partenaires de Fran Kirby ont flanché depuis la Coupe du Monde, concédant 5 défaites lors de leurs dix derniers matches disputés (1 nul et 4 victoires), tous amicaux puisque l’Angleterre organise le prochain Euro. Aux Bleus d’en profiter : "C’est important de tester nos limites, ça fait du bien de se confronter à de grandes nations, se réjouit Grace Geyoro. Il faut commencer par ce genre de matches pour bien se préparer pour les prochaines compétitions". Une victoire, même en amical, aura ainsi son importance dans le futur, comme l’affirme Camille Abily, qui sera aux commentaires pour W9 ce vendredi : "En ce moment l’équipe de France a besoin de se rassurer parce que les derniers résultats sont bons, mais on sait qu’elles n’ont pas joué de grosses nations. S’il y a un bon résultat, ça doit être une source de confiance et surtout ça permet de s’appuyer sur ce genre de rencontres en compétition". C’est tout ce que le public tricolore attend depuis de longues années.
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