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Manchester City, le temps des inquiétudes

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Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

ParPhilippe Auclair
07/07/2020 à 22:32 | Mis à jour 08/07/2020 à 06:55

PREMIER LEAGUE - Manchester City attend anxieusement le verdict du TAS concernant son appel après la décision de l'UEFA de le suspendre des compétitions européennes pendant deux ans. Mais c'est loin d'être le seul souci qui guette le club mancunien.

C'est dans quelques jours ("la semaine commençant le 13 juillet", a-t-on précisé à Lausanne) que le Tribunal Arbitral du Sport rendra son verdict sur l'appel de Manchester City contre la décision de l'UEFA de suspendre le club de ses compétitions pour deux années, en sanction de violations claires et répétées des réglementations du fair-play financier. On a le droit de se sentir nerveux du côté de l'Etihad. Que le TAS valide la décision de l'instance, et c'est tout le "projet" bâti à Abou Dhabi qui serait fragilisé au point qu'on puisse craindre pour sa pérennité, encore que "craindre" ne serait pas le mot utilisé par tous dans le monde du football. Mais ce n'est pas là le seul sujet d'inquiétude pour qui se soucie de l'avenir de Manchester City.

Dimanche dernier, face à Southampton, qui n'avait plus rien à redouter et donc plus grand-chose pour se motiver, l'équipe de Pep Guardiola a essuyé sa neuvième défaite de la saison. Neuf défaites, c'est seulement une de moins que lors de la dernière année de Manuel Pellegrini à l'Etihad, alors qu'il reste encore cinq journées de championnat à disputer. C'est aussi deux de plus que les Wolves, et une de plus que Manchester United et Arsenal en 2019-20, alors qu'un quart de finale retour de C1 contre le Real Madrid, peut-être sur terrain neutre, se profile à l'horizon. C'est...oui, inquiétant.

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City n'est pas "à la dérive" ou "en crise" pour autant. L'ancien champion l'a encore montré en passant quatre buts au nouveau il y a une semaine de cela. Et même quand City est tombé, comme à Chelsea et à St Mary's, ça a été en produisant du jeu, contre des adversaires que le sort semblait vouloir favoriser ce jour-là. Mais quand le groupe qui avait engrangé 198 points sur le chemin de deux titres en 2017-18 et 2018-19 ne peut en espérer plus de 81 cette fois (au maximum), on ne peut plus parler d'accidents de parcours.

Aucun leader authentique

De "transition" ? Peut-être, encore que la vraie transition ne commencera que la saison à venir ou celle d'après (un motif d'inquiétude supplémentaire ?), quand David Silva, qui s'en ira lorsque City en aura fini avec la Ligue des Champions 2019-20, Fernandinho et, probablement, Sergio Agüero auront tous quitté le club dont ils changèrent ensemble le destin. Des signes sont néanmoins déjà là que City a amorcé sa mue, dont le départ de Vincent Kompany avait donné le coup d'envoi, et que la musique qui en résulte n'est pas toujours des plus harmonieuses.

L'effectif de Guardiola ne manque pas de joueurs de caractère, de battants : Kevin de Bruyne, Kyle Walker, Raheem Sterling - l'homme des buts marqués au bout du bout des matches - en sont, chacun dans son style, et il en est d'autres. Aucun d'entre eux n'est cependant un authentique leader, un qualificatif que, dans le "squad" actuel, seul Fernandinho mérite vraiment, lui qui a eu trente-cinq ans en mai et s'est vu obliger de jouer les dépanneurs en défense centrale lorsqu'Aymeric Laporte se blessa et que John Stones se retrouva une nouvelle fois sur le bord de la route, le pouce dressé, sans que quiconque daignât s'arrêter.

Raheem Sterling et Kevin de Bruyne (Manchester City)

Crédit: Getty Images

Or le système "guardiolien" n'est pas seulement basé sur la répétition de séquences de jeu et l'assimilation d'automatismes par des footballeurs à la technique irréprochable. Il ne fonctionne jamais mieux que lorsqu'il se repose aussi sur un de ces joueurs rarissimes qu'on a tatoués d'un brassard à leur naissance, comme Puyol à Barcelone ou Kompany à Manchester City; ou celui qui échappa à Pep, Virgil van Dijk. Vince le Prince de retour à Anderlecht, City a pu paraître désorienté quand il s'est heurté à des adversaires particulièrement déterminés - et en réussite. Au vu des exigences de Guardiola, c'est insuffisant.

Le défi inédit de Guardiola

Aucun des "historiques" de City, pas seulement Kompany, n'a en fait encore trouvé de successeur ou de remplaçant d'une dimension équivalente. Parmi les acquisitions plus récentes, la greffe a pris pour des joueurs comme Bernardo Silva, Riyad Mahrez et, malgré sa grave blessure, Aymeric Laporte. On ne dira pas la même chose de ceux qui sont arrivés ensuite, comme Rodri, Joao Cancelo et Angeliño (*), autant d'ajouts bien coûteux au vu de leurs performances à ce jour. Gabriel Jesus, qui n'a rien à se reprocher et présente un bilan statistique des plus honorables (63 buts en 144 matches pour City), n'a toujours pas assis sa place de dauphin de Sergio Agüero, lui qui fêtera bientôt le quatrième - eh oui! - anniversaire de son arrivée à Manchester. Il est vrai que, dans ce cas précis, la mission est de l'ordre de l'impossible.

Gabriel Jesus replace Sergio Agüero

Crédit: Eurosport

Ce ne sont pas les qualités intrinsèques de ces joueurs qui sont en doute, plutôt leur capacité de surpassement d'eux-mêmes quand les circonstances exigent qu'on rende davantage qu'une copie bien propre, conforme aux leçons du professeur Guardiola. C'est le but de Kompany face à Leicester, par exemple, les innombrables ballons improbables ratissés par Fernandinho ou transformés en caviars par David Silva au fil des ans. Cela ne s'invente pas. En bon disciple de Johan Cruyff, un penseur qui mit toujours en avant la valeur de l'impondérable et de l'imprévisible, Guardiola n'a pas besoin qu'on le lui rappelle.

Il sent bien, d'ailleurs, qu'il doit remettre en question et son groupe et lui-même, sans quoi il n'aurait pas demandé à Juanma Lillo de le rejoindre. Pour la première fois de sa carrière, il doit se préparer pour une cinquième saison à la tête du même club, après avoir songé un temps mettre un terme à ce bail. Pour la première fois de sa carrière, il doit rebâtir pour de bon. Pour la première fois, oui, car à Barcelone, même si ce qu'il fit s'apparenta à une révolution, il l'accomplit en se basant sur ceux qui étaient déjà là, et dont il connaissait le talent, ou le génie. Cette fois-ci, c'est différent, et de l'incertitude à l'inquiétude, il n'y a qu'un pas.

(*) Angeliño, bien que formé à Manchester City depuis l'âge de quinze ans, avait été vendu au PSV Eindhoven en juin 2018, pour être racheté pour le double (12m€) une saison plus tard.

Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

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