Sauver la peau de Gunnersaurus, la mascotte d'Arsenal. Telle est la principale mission de Mesut Özil en ce début de saison 2020/2021. Son actualité se partage entre ce valeureux combat et cette prime - qui fait grincer des dents outre-Manche - de 9 millions d'euros versée par son club pour sa fidélité sans faille. A 32 ans, il les fête ce jeudi, Mesut Özil est plus loin que jamais du terrain. Ecarté par son coach Mikel Arteta, le champion du monde 2014 n'a pas joué la moindre minute depuis le restart et ne figure même pas sur la liste des Gunners qualifiés pour la campagne à venir de Ligue Europa.

Mesut Özil / FC Arsenal

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Comment le génial meneur qui a émerveillé le Bernabeu, qui a porté sur ses épaules la grande Allemagne, qui a mis à ses pieds la Premier League à son arrivée, a-t-il pu subir un déclassement aussi spectaculaire à 32 ans seulement ? Comment Arsenal peut-il volontairement se priver de l'un des plus génial passeur de la décennie, du maître de la "killer pass" ? Mikel Arteta n'a cessé de se justifier depuis des mois. Dès juillet : "Mesut Özil ne joue pas pour des raisons purement liées au football." Puis en septembre : "J'essaie de sélectionner les joueurs qui sont, à mon avis, en meilleure condition." Le premier critère serait donc physique. Mais le débat n'est pas nouveau.

Deux idées du jeu qui s'affrontent

En 2014, alors qu'il s'apprête à soulever la Coupe du monde, il divise les Allemands : "Neuf joueurs se défoncent pendant 90 minutes alors que lui fait une promenade, enrage Paul Breitner, champion du monde en 1974. On n'agit pas comme ça pendant une Coupe du monde." Meilleur Allemand durant les qualifications, il traverse le Mondial comme un fantôme. Mais Joachim Löw lui maintient sa confiance : "Il n'a pas été élu meilleur joueur allemand de l'année pour rien en 2011 et 2012. Il a des aptitudes techniques exceptionnelles et peut être décisif à tout moment."

Ce débat, qui a divisé toute l'Allemagne en 2014 et l'a poursuivi jusqu'à sa retraite internationale en 2018, résume à merveille le personnage. Parce qu'avec Özil, ce sont deux visions du jeu qui s'affrontent. S'il fallait incarner le football romantique, l'amour désintéressé du geste, celui du charme plutôt que l'efficacité, Mesut Özil en serait le meilleur porte-drapeau. L'international allemand (92 sélections), admirateur sans faille de Zinedine Zidane, porte en lui cette idée un peu surannée d'un football élégant, celui de l'évitement aussi, loin du contact et des tacles à broyer de la pierre. Mais le jeu d'aujourd'hui ne donne plus vraiment d'espaces d'expression à des joueurs de son profil. Anachronique, il évolue dans une époque qui ne lui ressemble plus et qui ne lui convient plus.

Özil après avoir remporté la Coupe du monde

Crédit: Eurosport

Les joueurs comme Mesut sont mis à la porte

"Le football se déroule dorénavant de cette manière : contre-pressing rapide, transition rapide et tout le monde joue de la même façon. La créativité est mise à mal dans les clubs et des joueurs comme Mesut sont mis à la porte." Le constat est signé d'Arsène Wenger, l'homme qui a su tirer le meilleur du génial Allemand interrogé par l'agence Reuters. L'ancien coach d'Arsenal est celui qui a sans doute le mieux saisi la raison du déclassement de son ancien protégé.

"Les joueurs ont perdu leur qualité technique au cours des dix dernières années, a continué le technicien alsacien dans les colonnes de Der Spiegel. L'aspect athlétique est devenu plus important que la technique et la prise de décision. C'est plus une question de caractéristiques physiques et d'intensité, d'explosivité." Les équipes ne peuvent plus se permettre de laisser sur le terrain un joueur qui se désintéresse du jeu sans ballon et des tâches défensives. A moins de construire toute l'équipe autour de lui. C'est le cas de Lionel Messi à Barcelone, ce fut le cas d'Özil à Arsenal à l’époque où ses performances pouvaient le justifier.

Arsenal - Wenger regrette la mise à l'écart d'Özil

Sa part de responsabilité

Özil a aussi sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive. A Madrid, le club et José Mourinho lui reprochaient son hygiène de vie et son goût pour les sorties nocturnes. De plus en plus irrégulières depuis 2018, ses performances à Arsenal et ses nombreuses absences lors des matches loin de l'Emirates ne justifient plus son salaire astronomique (18 millions d'euros par saison). A force de se raccrocher à un souvenir, Arsenal a fini par se lasser. Unai Emery puis Mikel Arteta ont fini par s'en passer. Ses confortables émoluments l'ont empêché de se relancer ailleurs.

"Je déciderai quand je partirai, pas les autres, rappelait-il encore fermement le moins dernier. Je n’ai pas signé pour deux ou trois ans, j’ai signé pour quatre ans et cela devrait être respecté par tous." "Il n'a pas assez d'argent à la banque ? La carrière d'un footballeur est courte et il regrettera de ne pas avoir saisi l'opportunité de se relancer", lui a répondu Martin Keown, l'ancienne légende d'Highbury. Özil est sans doute victime de son époque, de l'évolution du jeu mais aussi de ses propres décisions. Au fond, peu importe les raisons, reste les regrets face au spectacle navrant d'une carrière qui s'enfonce. Il est l'un des plus grands talents de sa génération, il restera aussi comme l'un des plus grands gâchis.

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