Liverpool, Aston Villa, Manchester City, Arsenal ou Tottenham : mais pourquoi la Premier League est-elle si serrée ?

Eurosport sur Google

Après vingt journées disputées, la Premier League est dominée par cinq équipes qui se tiennent en six petits points. Comment expliquer que Liverpool et Manchester City ne dominent plus la meute ? Cette nouvelle hiérarchie illustre-t-elle une tendance forte en cours ? Notre chroniqueur Philippe Auclair fait le tour de la question.

Mohamed Salah accroché par Gabriel Martinelli : un beau symbole de la lutte acharnée en Premier League

Crédit: Getty Images

La Premier League n'a jamais connu cela. Après vingt journées de championnat (*), alors que le football anglais tâche de reprendre son souffle avant de retrouver la FA Cup ce weekend, cinq clubs se tiennent toujours en cinq points au sommet du classement. Dans l'ordre: Liverpool, Aston Villa, Manchester City, Arsenal et Tottenham. A titre de comparaison, la saison passée, le troisième de PL pointait déjà à onze longueurs du leader Arsenal à ce stade de la compétition; tandis qu'en 2021-22, onze points, c'était l'écart entre le futur champion, Manchester City, et son dauphin Chelsea.
Il faut en fait remonter au tout début des années 1980 pour retrouver un scénario comparable, en 1981-82 par exemple, quand l'Ipswich de Bobby Robson, cinquième, ne comptait que deux points de retard sur le club de tête d'alors, Manchester City (*). On avait pris l'habitude de voir la période des fêtes servir de filtre depuis : s'il était impossible de prédire avec certitude qui serait champion, il était devenu plus facile de dire qui ne le serait pas. Mais pas cette fois-ci.
Le phénomène est unique en Europe, alors qu'on y a pourtant moins joué qu'outre-Manche. Dans le plus "serré" des autres grands championnats, La Liga, le Real Madrid devance Athletic, cinquième, de treize unités (avec un match de plus). En Ligue 1, le dernier du quinté actuel, Lille, accuse un retard de douze points sur le PSG. En Serie A, l'Inter a pris ses distances d'avec Bologne : quatorze points, tandis que le Borussia Dortmund est encore plus loin de son leader en Bundesliga, le Bayer Leverkusen: à quinze longueurs.

Tout le monde peut vraiment battre tout le monde

Cela fait évidemment les affaires de la Premier League, dont l'un des meilleurs arguments de vente ("nous sommes la ligue la plus compétitive de la planète ! Ici, tout le monde peut battre tout le monde!", etc, etc) avait pris du plomb dans l'aile depuis un certain temps, depuis le miracle de Leicester pour être précis. Les Foxes avaient étés sacré avec 81 points en 2015-16. Il s'agissait, comme on s'en doutait bien un peu alors, d'une aberration. Depuis, la moyenne de points par saison d'un champion d'Angleterre avait été de 94, Manchester City devenant le premier club à atteindre les 100 en 2017-18.
Or si Liverpool, aujourd'hui premier, devait tenir son rythme actuel et donner un second titre de champion d'Angleterre à Jürgen Klopp après celui de 2020, ce serait avec 86 points, l'un des totaux les plus modestes de l'histoire de la Premier League.
picture

Mohamed Salah (Liverpool) a inscrit un doublé face à Newcastle, lundi 1er janvier 2024. / Premier League

Crédit: Getty Images

Il serait tentant de voir en ce resserrement de l'élite anglaise une contraction, autrement dit un tassement vers le bas. Les deux clubs qui tendent à dominer les débats depuis une demi-décennie sont en effet en transition. Manchester City a perdu deux jours-clé à l'inter-saison, Ilkay Gundogan et Riyad Mahrez, et est privé de son génie Kevin de Bruyne depuis des mois, tandis que Liverpool aligne un milieu de terrain 100% inédit, avec Graverberch, Macallister, Szoboszlai, Curtis Jones, Harvey Elliott et Wataru Endo à la lutte pour prendre la succession du trio Fabinho - Henderson - Thiago Alcantara. Il ne serait donc a priori pas étonnant que l'une et l'autre équipe marquent le pas. Mais est-ce le cas? Pas si l'on en juge par ce que Liverpool a montré face à Newcastle le 1er janvier, par exemple.
C'est pourtant plutôt le reste de la concurrence qui a allongé le sien. Arsenal, malgré un mois de décembre qui vit les Gunners ne prendre que quatre points sur quinze après une victoire à l'arraché à Luton, a confirmé l'avancée de la saison passée, même si son jeu n'a pas encore retrouvé le brio de l'an dernier. Declan Rice a justifié son prix d'achat, tandis que Kai Havertz donne enfin des signes d'avoir trouvé sa place dans l'entrejeu des Gunners.

Au bénéfice de tous

Tottenham et Aston Villa récoltent le fruit d'avoir enfin fait confiance à des entraîneurs, Ange Postecoglou et Unai Emery, en phase avec leurs publics comme avec leurs joueurs. West Ham et Brighton ont confirmé leurs nouveaux statuts de perturbateurs de l'ordre établi, tandis que d'autres, plus inattendus, sont en passe d'acquérir le leur, comme le Fulham de Marco Silva et le Bournemouth d'Andoni Iraola. De plus, le Chelsea de Pochettino finira bien par obtenir les résultats plus réguliers que le jeu produit par les Blues fait espérer.
picture

"Ici, les gens se rendent compte qu'ils ont trop vite jugé Emery"

Video credit: Eurosport

Les performances des clubs anglais en Europe ne suggèrent pas non plus un essoufflement de ses écuries-phare, bien au contraire. Celles qui ont déçu - Newcastle et, surtout, Manchester United - ne brillent pas plus sur le sol anglais qu'elles l'ont fait sur le continent. Les autres ont toutes acquises leurs billets pour la seconde phase des compétitions de l'UEFA avec aisance. Arsenal, Manchester City, Liverpool, West Ham, le nouveau-venu Brighton et Aston Villa ont tous fini en tête de leurs groupes de Ligue des Champions, d'Europa League et d'Europa Conference League. Quatre de ces clubs avaient même acquis leur qualification avant la dernière journée de leurs phases de poule, West Ham et Brighton étant les seules exceptions. Ce n'étaient pas là les signes d'un déclin.
Ce à quoi on assiste ressemble en fait à ce que la Premier League promet saison après saison sans l'avoir jamais vraiment offert: un à toi, à moi indécis renouvelé weekend après weekend, dans lequel des clubs se partageant plus équitablement que nul autre championnat la manne des droits TV ont les moyens de rassembler des effectifs - et des staffs techniques - capables de poser des problèmes à quelque adversaire que ce soit. Pour rappel, seize clubs de Premier League figuraient dans le dernier Top 30 des clubs les plus riches du monde établi chaque année par le cabinet comptable Deloitte.
picture

Roberto De Zerbi, symbole d'un football offensif qui met à mal les défenses anglaises

Crédit: Eurosport

Une piste par les stats

Quelque chose a donc changé, un 'quelque chose' qui se traduit aussi par des chiffres surprenants, ceux des buts encaissés par les clubs qui composent aujourd'hui le Top 5 du championnat d'Angleterre. Au rythme actuel, ce quintette aura concédé une moyenne de 44 buts par équipe lorsqu'on fera les comptes en mai prochain, soit quatre de plus qu'en 2022-23, et neuf de plus qu'en 2021-22 et 2018-19. Liverpool et Manchester City, en passe de finir le présent exercice avec un passif respectif de 34 et 40 buts, n'en avaient encaissé que 26 chacun en 2021-22.
Tout statisticien de football confirmera qu'il s'agit là de statistiques quasi-aberrantes dans un championnat qui tourne actuellement à 3,13 buts par rencontre, alors que la PL était toujours demeurée dans une fourchette de 2,7 à 2,85 (*) lors des cinq dernières saisons, dans la droite ligne des chiffres recensés depuis la création de la compétition en 1992-93. 'Aberrantes', mais au sens propre: pas insensées. Quelqu'un, quelque part, a desserré le frein à main, et les attaquants en profitent. Quelqu'un, ou quelques-uns, plutôt, ces managers décomplexés - Postecoglou, Iraola, De Zerbi - qui assument pleinement la part de risque que leurs convictions exigent.
Aussi n'y a-t-il pas vraiment de mystère; plutôt une conjonction de paramètres qui font que la Premier League se surprend elle-même, ce dont personne ne se plaindra. Combien de temps elle le fera est une autre question.
(*) Manchester City compte un match en retard sur ses rivaux, ayant dû se rendre en Arabie Saoudite pendant les fêtes pour disputer la Coupe du Monde des Clubs de la Fifa. La date à laquelle se jouera cette rencontre, contre Brentford, n'a pas encore été fixée, dépendant entre autres des résultats des clubs concernés en Coupe d'Angleterre.
(*) Pour la petite histoire, c'est cette saison-là que la victoire à trois points fut introduite dans le football professionnel anglais.
(*) Ce total de 2,85 buts par rencontre, atteint en 2022-23, constituait un record pour la Premier League. On doit relever que cette augmentation ne peut être 'expliquée' par un plus grand nombre de pénaltys attribués consécutivement à l'adoption de la VAR. Cette saison vit en fait moins de pénaltys sifflé que lors de vingt-cinq des trente saisons précédentes.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité