Cette fois, c'est fait : Lucas Digne a quitté le PSG. Le défenseur français a rejoint mercredi l’AS Rome sous la forme d’un prêt. L’étiquette "espoir du foot" lui colle à la peau, mais Digne, barré par Maxwell, n’a jamais réussi à s’imposer à Paris. L’objectif de Digne en Italie est clair : accumuler du temps de jeu en vue de l’Euro 2016. L’effectif de superstars du PSG l’a maintenu sur le banc des remplaçants (il n’a joué que 44 matches en deux saisons) et a fragilisé sa place en équipe de France.
Est-ce un bon choix de carrière que de partir ? Un joueur doit-il privilégier son temps de jeu, quitte à jouer au sein d'une équipe où la concurrence est un peu moins féroce, ou doit-il profiter du niveau de ses coéquipiers pour améliorer son propre jeu ? Théoriquement, pour augmenter vos performances, vous avez tout intérêt à vous associer à un collectif plus fort. L’économie de l’éducation le prouve : plus une classe est hétérogène, mêle des élèves de milieux sociaux et de niveaux différents, plus ses résultats sont bons.

Lucas Digne avec le PSG - 2015

Crédit: Panoramic

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L’idée, c’est que les têtes de classe tirent vers le haut les moins bons et ces derniers, par pression sociale, vont chercher à progresser et rattraper leur retard. Une dynamique s’installe alors et booste les capacités de chacun.
Cela rejoint ce qu’on appelle la théorie gestaltiste forgée par le psychologue allemand Wolfgang Köhler, qu’il résume ainsi :
La force collective est plus importante que la somme des forces de chaque participant".
Ce chercheur a étudié les performances de rameurs lors de compétitions d’aviron. Son constat : les résultats lors des épreuves collectives sont supérieurs à ceux des épreuves individuelles. C’est l’une des clefs de la théorie gestaltiste. L’enthousiasme, l’effort et la persévérance sont décuplés par le collectif.
Comment l’expliquer ? Deux facteurs interviennent :
  • un processus de mimétisme et de comparaison, où les individus s’améliorent lorsqu’ils collaborent avec des agents meilleurs qu’eux ;
  • la honte sociale, l’individu ne voulant pas être caractérisé comme étant le facteur "échec" au sein d’une équipe.
Le faible travaille plus parce qu’il veut suivre la cadence, parce qu’il veut se faire accepter des autres membres du groupe. Dans tous les cas, la coopération permet d’améliorer les performances de tous, y compris des moins bons.
Pour justifier ce postulat, les économistes Barton Hamilton, Jack Nickerson et Hideo Owan ont étudié le cas d’une entreprise, Koret, en Californie. Cette société de couture employait des ouvrières payées à la cadence : leur salaire variait en fonction de leur productivité. En 1995, Koret décide de changer son fonctionnement. Toutes les couturières touchent le même salaire, qui est indexé sur la production globale. L’objectif n’est plus la maximisation de la productivité individuelle, mais la coopération entre les agents. Résultat ? La productivité totale a augmenté de 18%. La dynamique du groupe a boosté les cadences individuelles et tiré vers le haut les compétences des plus mauvaises.

Lucas Digne, auteur de trois passes décisives face à Wiener Sport

Crédit: AFP

Pour revenir à Lucas Digne, la théorie gestaltiste s’applique-t-elle au football ? Les économistes suisses Egon Franck et Stephan Nüesch se sont penchés sur la question. Ils ont analysé 6 saisons de Bundesliga, entre 2001 et 2007, et ont constaté qu’une équipe d’un niveau hétérogène favorise la progression des joueurs. Ils citent le cas du club d’Hanovre. Celui-ci, en 2006-2007, comptait deux top-players, Steven Cherundolo et Hanno Balitsch, et deux d’un niveau inférieur à la moyenne, Vahid Hashemian et Szabolcs Huszti. En étudiant les statistiques individuelles transmises par Opta Sport, ils ont constaté une amélioration des deux derniers en fin de saison.
Comme une couturière d’un petit niveau s’inspire d’une collègue meilleure qu’elle, un joueur de football professionnel va s’inspirer de ses coéquipiers à l’entraînement et chercher à améliorer ses compétences. Lucas Digne aurait donc peut-être dû faire un autre choix de carrière pour progresser. Il a choisi de gagner du temps de jeu dans un club moins bon plutôt qu’être remplaçant dans une équipe constituée de superstars. Sa jeunesse lui permet d’avoir une certaine marge de manœuvre dans l’amélioration de ses performances. Côtoyer tous les jours des Thiago Silva, considéré comme un des meilleurs défenseurs du monde, David Luiz ou Maxwell, lui aurait sûrement permis d’améliorer son niveau. A la Roma, il va cohabiter avec Vasílis Torosídis et Kostas Manolas…
Par Pierre RONDEAU
Pierre Rondeau, professeur d'économie et doctorant en sciences économiques à l'Université Paris1 Panthéon Sorbonne, membre du club Foot & Stratégie et chercheur au sein du comité scientifique Sport & Démocratie.
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