GP de Belgique - Le pari risqué (et presque gagnant) du disqualifié George Russell (Mercedes) : "On a lancé les dés"
Mis à jour 28/07/2024 à 21:19 GMT+2
Si les commissaires l'ont disqualifié pour le poids jugé non conforme de sa Mercedes à l'arrivée du Grand Prix de Belgique, ce dimanche, George Russell s'était révélé fin stratège pour prendre le drapeau à damier avant Lewis Hamilton (Mercedes) et Oscar Piastri (McLaren). Le Britannique a si bien géré la dégradation de ses pneus durs qu'il n'est rentré au stand qu'une seule fois en 44 tours.
Race winner George Russell of Great Britain and Mercedes kisses his trophy as he celebrates on the podium during the F1 Grand Prix of Belgium at Circuit de Spa-Francorchamps
Crédit: Getty Images
Qu’est-ce que l’audace ? S’il est un jour confronté à la question, George Russell (Mercedes) pourra parler de sa stratégie à un seul arrêt en Belgique, un pari très risqué qui aurait pu être récompensé d'une victoire. Le conditionnel est important car le Britannique, le premier pilote à franchir la ligne d'arrivée à Spa-Francorchamps, a été dépossédé de son succès quelques heures après la course, sa Mercedes ayant été jugée trop légère par les commissaires (796,5 kilos au lieu des 798 kg attendus en fin d'épreuve).
Un "crève-coeur" a aussitôt réagi l'intéressé, qui voit son coéquipier Lewis Hamilton récupérer les 25 points promis au vainqueur pour la deuxième fois en trois semaines, et Charles Leclerc (Ferrari) monter sur le podium derrière Oscar Piastri (McLaren). Mais ce kilo et demi en moins - une erreur reconnue par l'écurie allemande - ne doit pas faire oublier la partition magistralement jouée par Russell.
Alors que l’on attendait une nouvelle démonstration de la roquette Max Verstappen (Red Bull), pénalisé de dix places et poussé au onzième rang de la grille à l’envol, ou le réveil du poleman Charles Leclerc (Leclerc), on a finalement vu deux Flèches d’argent au sommet pour la première depuis le Grand Prix du Brésil 2022.
Avec trois victoires en quatre courses, Mercedes est bien la meilleure équipe de cette fin de première partie de saison. Et pourtant, “nous n’étions pas vraiment compétitifs vendredi”, a affirmé Toto Wolff à Sky Sports F1. “Dans le meilleur des cas, nous nous attendions à un podium”, persistait le patron de la firme à l’étoile. Hamilton enfonçait le clou : “On ne s’attendait clairement pas à ce résultat. Notre vendredi a été désastreux, la voiture était nulle part. Nous avons effectué des changements sur la voiture, mais c'était dur de voir d'où venait le problème.”
INITIATIVE PERSONNELLE, TRAVAIL COLLECTIF
Comment expliquer, alors, ce soudain redressement dans les Ardennes belges ? Le retrait, dès samedi, du nouveau plancher après les plaintes de Russell et Hamilton concernant le comportement de la W15 ? Encore trop tôt pour le savoir. Une concurrence déjà en vacances ? Clairement pas, Oscar Piastri (McLaren) revenant comme une fusée en fin de course pour pimenter le dénouement. Toujours est-il que les Mercedes, P3 et P5 en qualification, étaient très rapides et peu gourmandes en gommes. Surtout, l’écurie de Brackley a brillé dans un autre secteur que la performance : la stratégie.
Longtemps, Hamilton a endossé le rôle de pilote référent, celui que l’on écoutait attentivement lors des réunions stratégiques ou que l’on consultait pendant la course. Avec le départ prochain de son septuple champion du monde, Mercedes sait désormais qu’elle peut s’appuyer sur l’expertise et la clairvoyance de Russell. Voyant les autres pilotes s’engager dans la voie des stands pour la deuxième fois de l’après-midi, le Britannique a eu le temps de préparer son coup. Opportuniste en Autriche, il devait cette fois être calculateur.
Deux arrêts alors que la dégradation était plus faible que prévue à Spa-Francorchamps ? Une hérésie ! “Notre réunion du matin nous a donné de l’espoir. La voiture et les pneumatiques se sont bien comportés. J’ai pu basculer sur un arrêt et les stratèges ont fait du très bon travail”, révélait le natif de King’s Lynn bien avant d'apprendre sa disqualification. S’il a soigneusement inclus les ingénieurs dans le processus de décision - “C’est un effort collectif, un travail d’équipe” -, c’est bien lui qui, le premier, activa la radio au 26e tour pour instiller l’idée audacieuse : “Je pense à l’arrêt unique.”
PAS D'ENFLAMMADE
Après avoir compris qu’un nouveau pit le placerait en cinquième position, son équipe lui donna le feu vert. Russell, rejoint dans les ultimes boucles par Hamilton et Piastri avec des pneus durs vieux d’une trentaine de tours, est allé au bout de ses idées. “Nous avons lancé les dés, a-t-il convenu après coup, mais la réussite fut possible aussi grâce au niveau de compétitivité de la monoplace.”
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Retour de Mercedes : "Russell a pris le pouvoir"
Video credit: Eurosport
La preuve en est : deuxième au drapeau à damier, Hamilton a finalement récupéré la victoire sur tapis vert. Et Mercedes, malgré 18 points retirés à son résultat du week-end, est revenu à 79 longueurs de la troisième place de Ferrari au classement des constructeurs. L’écart était de 119 points il y a mois, à la veille du premier succès allemand à Spielberg.
L’embellie de la firme à l'étoile est-elle de nature à durer ? “Malheureusement, la saison a commencé en mars et non en Autriche. Nous devons simplement garder les deux pieds sur terre et essayer de faire de notre mieux à chaque course, puis nous verrons quel sera le résultat à la fin du championnat. Si nous terminons troisièmes, ce sera un succès”, a rappelé Toto Wolff. Qui, fort d'un sixième podium en autant de courses, profitera des quatre semaines de vacances estivales tout en évitant de faire des folies. Question de poids oblige.
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