Si Lewis Hamilton et Max Verstappen n'étaient pas les génies qu'ils sont, cette saison de Formule 1 se résumerait à des débats de comptoirs portant sur des incompréhensions techniques. Nous voici au sixième volet du Mondial et il n'est pas encore temps de savourer le sport, le vrai ; après les écopes de freins suspectes de Racing Point, au tour du "mode fête" de Mercedes - décidément - d'être remis en cause.

"Cette affaire Racing Point a des effets de bord sur Mercedes"

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Hamilton à la fête
15/08/2020 À 14:07

Avant de comprendre le "pourquoi" et les injustices qui en découlent, tentons d'expliquer le "comment". Concrètement, le "mode fête" - baptisé ainsi par Hamilton au début de la saison 2018 - est l'un de ces artifices qui symbolisent la domination de Mercedes depuis le début de l'ère hybride. Pour faire simple, il permet aux pilotes de déployer plus de puissance moteur en fonction des enjeux. Il a notamment contribué à l'écrasante domination de l'écurie allemande en qualification, traduite par les 100 poles position amassées depuis 2014 sur… 128 possibles.

Un écart considérable que la concurrence n'a jamais su réduire

C'est bien la raison pour laquelle il a toujours agacé les rivaux des Flèches d'Argent et laissé place, parfois, à des dialogues croustillants. Il y a deux ans, alors que le fonctionnement de ce dispositif n'était pas aussi clair qu'il ne l'est aujourd'hui, Sebastian Vettel avait suspecté son grand rival de ne l'avoir utilisé qu'en fin de qualification. Après avoir raflé la pole avec six dixièmes de marge, Hamilton avait pourtant nié l'existence d'un "extra-boost". L'Allemand l'avait alors interrogé : "Mais alors, que faisiez-vous aux essais ? [Où Mercedes n'avait pas affiché une telle marge sur Ferrari, NDLR.]
- J'attendais juste de faire le bon tour pour enlever le sourire de ton visage", lui avait rétorqué l'Anglais.

Depuis, tous les motoristes ont développé des systèmes similaires, qui ne leur ont évidemment pas permis d'atteindre le même rendement. Comme ses rivales, Mercedes ne peut se permettre de déployer 100% de la capacité des blocs propulseurs sur l'ensemble d'un week-end de course, sous peine de réduire leur durée de vie, donc de dépasser les quotas imposés par le règlement. La différence ? Elle dispose non seulement du moteur le plus performant, mais aussi du plus fiable.

C'est ainsi qu'elle est capable de grappiller 5 ou 7 dixièmes par tour - un gouffre - en qualification, là où les gains des V6 Honda et Renault, plus fragiles, sont bien plus marginaux. Ferrari, elle, a dû se priver d'un tel artifice si l'on en croit les affirmations de Charles Leclerc ; la Scuderia avait été soupçonnée de triche par la FIA la saison dernière et ne cesse de le payer depuis.

Ce n'est pas juste pour eux

Reste le "pourquoi" : la FIA a dévoilé sa volonté d'interdire ce "mode fête" sans que l'on en connaisse véritablement les raisons. Elle n'a vraisemblablement pas été mise sous pression, même si Red Bull a toujours protesté contre ce système, avec beaucoup de culot. La firme autrichienne ne développe pas de moteur et il y a fort à parier qu'elle manifesterait son opposition avec beaucoup moins de véhémence si Honda, son fournisseur de moteurs, était capable de lui offrir des performances similaires.

Il y a deux ans, à une époque où il n'avait pourtant pas encore l'influence qui est la sienne aujourd'hui, Verstappen s'était désolidarisé de la position de ses dirigeants : "Ils [les ingénieurs Mercedes, NDLR] font du meilleur travail que tout le monde alors pourquoi leur retirer ?, avait-il analysé. Ce n'est pas juste pour eux." Le Néerlandais avait soulevé un point essentiel dans ce débat : l'avantage dont bénéficie Mercedes n'est pas bâti sur une zone grise du règlement, au contraire de bon nombre d'innovations décisives dans le passé. Autrement dit, toutes les écuries pourraient profiter du même "mode fête". Encore faudrait-il qu'elles soient capables de le développer.

C'est bien la raison pour laquelle cette remise en cause est problématique. Elle toucherait à l'essence même de la F1, pinacle des sports mécaniques. Elle affecterait aussi l'équité sportive ; on ne change plus les règles du jeu une fois qu'il a débuté. Pire, elle pourrait même donner la sensation que la FIA se lasse de la domination de Mercedes, alors qu'elle n'avait pas envisagé cette interdiction l'année dernière, lorsque Ferrari faisait jeu égal avec les Flèches d'Argent en ayant contourné illégalement le règlement technique... "Comme je vous l'ai dit, c'est évidemment pour nous ralentir mais je ne pense pas que cela aura les effets escomptés, a assuré Hamilton vendredi. Donc, c'est très bien s'ils le font." Et si cela ne débouchait finalement que sur une nouvelle démonstration de force de l'écurie allemande ? Réponse à Spa.

Lewis Hamilton (Mercedes) après sa pole position au Grand Prix d'Espagne, le 15 août 2020

Crédit: Getty Images

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