C'était il y a un an, presque jour pour jour. Le 12 août 2019, Pierre Gasly traversait l'un des moments les plus difficiles de sa carrière : rétrogradé chez Toro Rosso après une amère première partie de saison avec Red Bull, le Français cédait sa place à Alexander Albon, promu quelques mois seulement après avoir découvert l'élite du sport automobile. En F1 plus qu'ailleurs, le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres.

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Un an plus tard, le Rouennais a retrouvé la dynamique avec laquelle il avait convaincu Christian Horner et Helmut Marko de l'installer dans le baquet de l'écurie-mère. Albon, lui, est exactement là où se trouvait le pilote tricolore au cœur de l'été dernier : nulle part. Gasly n'avait pas décroché le moindre podium en douze tentatives avec le "Top Team" ? Le Londonien, qui roule sous licence thaïlandaise - cela a peut-être son importance, nous y reviendrons - n'a pas fait mieux en quatorze Grands Prix.

À cela, il faut ajouter les circonstances atténuantes : avant la rétrogradation de Gasly, Red Bull n'était pas encore (re)devenue la deuxième force du plateau, Ferrari ayant été l'écurie dominante jusqu'à la fin du mois de septembre dernier. Albon, lui, a été privé de la boîte à deux reprises, percuté à chaque fois par Lewis Hamilton (Mercedes). C'était en Autriche, lors de la première manche de la saison en cours. Et au Brésil... où Pierre Gasly en avait justement profité pour s'offrir son premier podium en F1. Ironie de l'histoire.

Au fond, Albon traverse peu ou prou la même galère que son prédécesseur. Mais le traitement diffère : juste avant le Grand Prix de Grande-Bretagne, le pilote de 24 ans avait été publiquement défendu par son patron. Horner avait alors parlé de "critiques injustifiées" à son égard, rappelant qu'il était capable de gérer sa situation et la pression de manière "remarquable", et soulignant que la monoplace développée cette année avait "des caractéristiques difficiles à appréhender, surtout pour un pilote qui n'a pas d'expérience".

En qualif', Gasly faisait mieux

C'est un fait : trouver la bonne fenêtre de réglages pour tirer le meilleur de la RB16, taillée sur mesure pour Max Verstappen, est plus complexe que par le passé. Il n'empêche, Albon concède en moyenne plus de temps à son prodige de coéquipier que ne le faisait Gasly en qualification. Cet écart atteint presque 7 dixièmes (0"683 précisément) alors qu'il ne dépassait pas 6 dixièmes entre le Néerlandais et le Français (0"589).

Comme Gasly avant lui, Albon souffre d'un profond déficit de confiance qui n'a cessé de se creuser jusqu'à Silverstone, où il avait tapé le mur à haute vitesse avant de percuter Kevin Magnussen (Haas) en course. Mais il a au moins une chance : Red Bull tente de le remettre dans le jeu. En public, le Thaïlandais est globalement épargné. Les saillies d'Helmut Marko, conseiller sportif de la marque, sont relativement mesurées. Mieux, des changements internes sont opérés pour l'accompagner.

"Red Bull est un endroit où il ne fait pas bon être en faiblesse"

L'écurie lui a par exemple mis à disposition un nouvel ingénieur de course, Simon Rennie, bien plus expérimenté que Mike Lugg puisqu'il a, par le passé, accompagné Mark Webber et Daniel Ricciardo. Peu après cette décision, Gasly avait révélé avoir "demandé" le même changement à l'époque où il était encore dans le baquet de l'écurie aux Taureaux rouges. Sa requête était restée sans suite. "Je connais les raisons et je suis certain que Red Bull les connaît également", avait-il ajouté, évasif.

Peut-être était-il déjà trop tard. Si l'on voulait prendre des raccourcis, on dirait que le Français avait perdu sa place bien avant que la saison ne commence. Lors des essais de pré-saison, il avait détruit sa voiture et ses dirigeants ne lui avaient pas pardonné. En public, Marko craignait que l'écurie "finisse par manquer de pièces de rechange" et que cela perturbe le développement mené par Verstappen. En "privé", Horner chiffrait les dégâts à 2 millions d'euros.

Le scientifique et celui qui doit être instinctif

Quelques mois plus tard, à Montréal, il moquait la prestation de son pilote en assurant qu'il était lui-même "capable de faire pareil" au volant. La critique avait été révélée dans la série à succès de Netflix, Drive To Survive. Marko, lui, n'avait pas eu besoin des caméras pour affirmer, lors d'une interview à Auto Bild, que Gasly "n'aim[ait] pas doubler". L'humiliation suprême pour un pilote.

L'écurie autrichienne n'a jamais apprécié l'approche du Français, scientifique et énormément portée sur les données. Ce qui ne l'a d'ailleurs pas empêché de redevenir un pilote performant cette saison, capable de réussir un petit festival dans le berceau de la F1, à Silverstone, en se payant un quadruple champion du monde. Par l'extérieur.

Red Bull chérit Verstappen plus que tout et cherche un pilote fait du même bois : agressif voire primitif, dans le bon sens du terme. La performance d'Albon lors de son premier Grand Prix post-promotion, à Spa, avait fait illusion. Là, le Thaïlandais s'était classé cinquième après s'être élancé 17e sur la grille. Son attaque sur Pérez, on ne peut plus instinctive - à 300 km/h dans l'herbe de la ligne droite de Kemmel - avait "impressionné" son boss.

La magie n'a que trop rarement opéré depuis mais Albon n'a pas encore à s'inquiéter. Red Bull ne rejouera probablement pas la carte de la "promotion – rétrogradation" avec deux pilotes qu'elle a déjà testés, Gasly et Kvyat. D'autant que la surpuissante marque de boissons énergisantes est détenue à 51% par Chalerm Yoovidhya, un richissime homme d'affaires... thaïlandais. De quoi assurer à son compatriote un peu plus de temps que n'en avait eu le Rouennais.

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