Ils prenaient tellement de place sur la piste qu'on se doutait qu'ils finiraient par ne plus en avoir suffisamment pour deux. Depuis le début de la saison, Max Verstappen et Lewis Hamilton évoluaient à un tel niveau de performances que le scénario du virage de Copse avait fini par devenir envisageable. Peut-être même prévisible. Le plus surprenant, finalement, est qu'il ait été joué si tard, au dixième lever de rideau d'une pièce qui n'avait même pas besoin de cela pour être passionnante.
Personne ne dira qu'il était souhaitable que cet épisode-là prenne corps, tant les conséquences auraient pu être bien plus lourdes pour le Néerlandais, sorti de l'hôpital sans gros bobos malgré un crash à 51 G. Mais chacun peut admettre que cet impact à 300 km/h marquera un avant et un après dans une relation qui, jusqu'ici, fut presque trop cordiale pour véritablement marquer une époque.
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À Sakhir, Imola, Portimão ou Montmelo, ces deux-là avaient roulé sur un même fil sans jamais en faire chuter l'un ou l'autre. C'était une performance en soi. Sûrement un exploit, si l'on y ajoute le contexte. Car excepté le talent, tout, absolument tout, oppose Hamilton et Verstappen.
L'un est issu d'un milieu défavorisé et n'a eu que la piste pour en sortir, l'autre est né dans un kart et s'y est construit. L'un repousse sa retraite en signant des contrats courts pour rester au sommet, l'autre s'est engagé à long-terme pour l'atteindre. L'un a métamorphosé un constructeur historique pour accompagner ses projets de vie, l'autre a obtenu la mobilisation sans précédent d'une marque de boisson énergisante pour servir le grand rêve de sa carrière.

Rivalité totale

La liste est longue mais les opposés s'attirent. Et frictionnent. Voilà un joli poncif qui, pourtant, résume bien la vérité absolue du sport automobile. Il y avait eu Hunt-Lauda, Prost-Senna, Hill-Schumacher... Y aura-t-il Hamilton-Verstappen ? Jusqu'à présent, tous les adversaires du Britannique ont abdiqué trop tôt pour l'accompagner dans une rivalité durable ou, à défaut, véritablement marquante. Alonso a quitté après une année de cohabitation, Rosberg a pris sa retraite après l'exploit, Vettel a toujours flanché à mi-saison.
Ces dernières semaines, le champion britannique et le prodige néerlandais n'ont cessé d'être interpellés sur l'intensité de leur duel, et sur la possibilité que celle-ci grimpe d'un ou deux crans dans un futur proche. Tout était fait pour : leurs résultats, leur proximité au championnat et même... la vraie guerre de coulisse opposant leurs écuries, ainsi que leurs principaux représentants.
Christian Horner et Toto Wolff n'avaient pas attendu la première rude bataille entre leurs étalons pour se piquer l'un et l'autre. "Je respecte Toto Wolff et ce qu'il a fait en F1, mais est-ce que je passerais Nöel avec lui ? Non", lâchait récemment le patron de l'écurie autrichienne. Verstappen et Hamilton, eux, préféraient ne pas s'aventurer sur ce terrain. Peut-être parce que l'un souhaitait prouver qu'il avait mûri, et que sa position de N.1 mondial lui permettait d'être plus réfléchi que par le passé, tandis que le vécu et le caractère de l'autre l'autorisaient aussi à éviter le sujet.

Et maintenant, la bataille d'ego

"Je ne veux pas être dérangé par tout cela, ces 'mind games', pour être honnête, soufflait le Batave au début du mois de juin, en conférence de presse. Il me semble que Lewis a dit qu'il pensait la même chose après le Grand Prix de Monaco. Donc nous devons juste nous focaliser sur ce que nous devons faire sur la piste. C'est ce que nous faisons. Et c'est la meilleure chose à faire. [...] Lewis et moi nous respectons vraiment. C'est très important."
Ils l'ont encore démontré samedi, juste après la course sprint, avec un salut franc et amical. Sans savoir que leur relation basculerait dans une autre dimension le lendemain. Car cette fois, les limites ont été franchies, et l'un a envoyé l'autre dans un décor dont on se souviendra encore dans cinq, quinze ou vingt ans. Le temple de la F1, les cris des plus grands fans de Hamilton, les dépassements à répétitions d'un tour d'anthologie jusqu'à cette arrivée dans le mythique virage de Copse. Difficile de faire "mieux".
Ce dont on se souviendra moins, dans un futur un peu plus lointain, ce sont les mots. Dimanche, Verstappen a laissé entendre qu'il avait été affecté, depuis l'hôpital, par "les célébrations" du septuple champion du monde, les jugeant "irrespectueuses." Hamilton, lui, a prévenu qu'il continuerait de rouler de manière "dure mais juste". Nul doute que les deux hommes n'auront pas oublié ces reproches au moment de se retrouver, en Hongrie, dans deux semaines. Désormais, leur rivalité ne repose plus seulement sur leur talent, leur objectif ou leurs écuries. Mais aussi sur leur ego. Et ça change tout.
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