On s'était posé plusieurs fois la question cette saison de la date du vrai retour au premier plan de Fernando Alonso. Le revenant espagnol, champion du monde 2005 et 2006, s'était fixé quatre à cinq courses pour valider son projet. Et à l'entendre, ce n'est pas encore effectif.
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"Je savais que des difficultés pourraient se dresser sur mon chemin, a-t-il confié au magazine allemand Auto, Motor und Sport, juste avant le Grand Prix de Turquie disputé ce week-end à Istanbul. Nous l'avons vu avec le retour de Michael (Schumacher). En ayant piloté tant de voitures différentes, je ne savais pas exactement ce que serait de piloter à nouveau une monoplace de Formule 1."
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07/10/2021 À 22:05
L'Allemand aux sept couronnes avait observé une pause de trois ans de 2007 à 2009, sans courir ailleurs qu'à deux-roues en Allemagne, avant de replonger avec Mercedes, en 2010. A 40 ans, l'expérience avait été mitigée. "Nando", lui, ne s'est arrêté que deux saisons et il a fait mille choses pour entretenir son instinct de compétiteur : il a couru aux 24 Heures du Mans, aux 500 miles d'Indianapolis, sur les pistes ensablées du Dakar. Un programme éclectique qui lui a fait perdre quelques repères, l'habitude d'aller chercher les derniers dixièmes, centièmes, sur un tour chrono. En Endurance, ce n'est par nature pas ce qui importe.
"Cela a été un gros challenge de m'adapter mentalement et physiquement à ces voitures. Après deux ans, mon cou n'est plus habitué aux contraintes, et je n'ai plus 20 ans".
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"Je n'étais pas dans le rythme"

Il ne faut pas l'oublier, il a repris en tant que quadra (depuis le mois de juillet) et il a voulu bien faire, pour lui, pour Alpine, et se fixant des objectifs élevés. C'est le propre des champions de mettre la barre très haut, de fuir, haïr cette zone de confort tôt ou tard synonyme de déclin. En somme, il a voulu rassurer, se redonner au plus vite cette image de "racer", de bête de course qui lui a toujours collé à la peau.
"Je dois toujours faire des résultats !, constate ce caractériel assumé, dont les grognements à la radio annoncent toujours quelque chose de bon. Les gens espèrent un petit plus de ma part. Si je performe aussi bien que mon coéquipier, c'est généralement vu comme une déception. Cela crée des attentes élevées autour de moi." Des espérances pour l'heure en ligne avec ses objectifs quand il confie : "Je reste content de mon retour".
En se liant à Alpine en cette année de transition réglementaire qui n'en est finalement pas une, il comptait s'affûter en vue du retour des monoplaces à effet de sol, en 2022. Au début, ce fut éprouvant. Esteban Ocon lui en a fait baver, de l'autre côté du garage. "Je n'étais pas dans le rythme, a-t-il avoué à motorsport.com. Cela m'a aussi beaucoup aidé d'avoir Esteban, d'avoir une référence."

"Mon rôle est plus de motiver tout le monde"

En Formule 1 comme dans les autres catégories, le coéquipier est la référence toute trouvée pour se jauger et être jugé. "Essayer de m'aligner sur une référence très rapide a été une bonne chose pour moi. J'ai pu rendre mon adaptation un peu plus courte", ajoute-t-il.
Mais après 15 Grands Prix, où se situe Fernando Alonso exactement ? Assez bien dans le référentiel Alpine, pour tout dire : il mène 8-7 le duel des qualifications et occupe la 10e place au du championnat avec 58 points, un rang devant le Français (45 points). Bien sûr, il ne compte aucune victoire ni le moindre podium, ce qui est un peu surprenant de la part de cet opportuniste né, réputé pour savoir saisir la plus petite occasion de briller. Quatrième en Hongrie, il s'était réjoui du succès de son partenaire de travail, comme il l'avait rarement fait. Il faut bien le dire, cette démonstration de joie, sincère, était inattendue de la part d'un pilote réputé clivant pour ne pas dire exclusif, et qui avance à la grinta. L'explication en était toute simple. "J'étais content parce que c'était bon pour le moral de l'équipe de fêter une victoire. Mon rôle est plus de motiver tout le monde. Et utiliser mon expérience pour pointer les domaines où nous pouvons progresser. Notre boulot sur les circuits est de construire une équipe qui peut gagner le championnat."
Heureux pour son collègue, il savait surtout enfin où il en était. A nouveau sous les feux de la rampe, au cœur de la bataille, et pas n'importe laquelle. Quatre tours durant, il avait claqué plus de portes au nez de Lewis Hamilton que des acteurs de théâtre dans une pièce de boulevard.

"J'ai été l'idiot qui est resté sur la piste"

Et à Sotchi, il a montré que ce n'était pas un pas un one-shot. Max Verstappen peut en témoigner : il a vu une fusée bleu-blanc-rouge le passer au 38e tour, pour P6. Et l'Espagnol d'assurer que le podium était dans ses cordes. Le doute n'est plus permis : le showman Fernando Alonso a retrouvé ses aptitudes au combat, même avec une machine inférieure. Et personne ne peut se targuer d'avoir taxé les deux candidats au titre cette saison.
Désormais, "Nando" est prêt à aller encore plus loin. Il l'a même prouvé au départ du Grand Prix de Russie en cédant à un certain goût de la provocation. Son tout droit au virage n°2 paraissait délibéré et il l'était, il vient de l'avouer sans ambiguïté. Ce jour-là, il n'avait pas été sanctionné pour son action, ni même le fait d'avoir restitué sa sixième place à Lewis Hamilton à la fin du tour. Ce dont il s'est offusqué en conférence de presse, jeudi.
"Je voulais prouver que les gens réagissent différemment quand je fais certaines choses. Qu'à la course suivante il y a une autre sanction", a-t-il dit, à l'adresse de la direction de course à la FIA. "Plus souvent qu'il ne le faut, j'ai été l'idiot resté sur la piste pendant que j'étais dépassé par d'autres sortis de la piste. Après les deux courses en Autriche (Spielberg 1 et 2), rien ne s'est passé, aucune question n'a été posée. Depuis Sotchi, des questions sont soudain posées. Pour moi, c'est une confirmation : il y a différentes règles pour différentes personnes."
C'est surtout la confirmation qu'il est en train de tout mettre au clair sur la piste et en dehors en vue de 2022. C'est une certitude, le Fernando Alonso que l'on aimait est bien de retour.
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