Formule 1 | Rindt, Piquet, Verstappen... les sacres de champions les plus étranges

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Les champions du monde ont parfois eu du mal à réaliser leur sacre. Jack Brabham a peut-être été le dernier à s'en apercevoir, en 1959. Dans des circonstances toutefois plus heureuses que celles qui ont consacré Jochen Rindt, à titre posthume, en 1970. Nelson Piquet, en 1987, et Alain Prost, en 1989, n'y ont quant à eux trouvé aucun plaisir. En revanche, Verstappen s'en est amusé, l'an dernier...

Rindt, Piquet, Verstappen, champions sacrés dans des circonstances inahbituelles

Crédit: Eurosport

Etats-Unis 1959 : Brabham, le champion qui s'ignore

Sebring est le théâtre floridien de l'affrontement final. Un circuit fade, basé sur un ancien aérodrome militaire aux antipodes de l'écrin que mériterait l'avènement d'un champion du monde de Formule 1. Leader du championnat, Jack Brabham (Cooper) peut voir venir avec 5,5 points d'avance sur Stirling Moss (Cooper) et huit sur Tony Brooks (Ferrari), un autre Anglais. Sa prudence est vite récompensée : Brooks heurte la Ferrari de Von Trips au premier tour et se condamne à une remontée du fond du peloton. Quant à Moss, il l'a laissé filer en tête, pendant cinq tours, le temps de le voir casser sa boîte de vitesses.
Le voilà sur la voie royale, jusqu'à l'angoissant 42e et dernier tour. En panne d'essence, la Cooper agonise sur le tarmac floridien. "Ce fut un rude coup, je ne pouvais y croire !", confiera-t-il. Débordé par McLaren et Trintignant, puis Brooks, l'Australien pousse sa machine sous les encouragements de la foule jusqu'à la ligne d'arrivée, sur 450 mètres, en montée…. Un effort aussi beau qu'inutile, puisqu'il comptait deux tours d'avance sur le cinquième. Finalement quatrième, il n'a qu'une idée : reprendre son souffle. "Franchement, je ne me souviens de rien, sinon de m'être écroulé et d'avoir repris mes esprits avec une bouteille de Coca", avouera-t-il. En oubliant l'essentiel. "Je restais assis, tandis que des gens ne cessaient de me serrer la main. Enfin, on m'invita à entrer dans une caravane de l'organisation. Je mis un quart d'heure pour retrouver tout à fait mon souffle. Et soudain, je me rendis compte : j'étais champion du monde !"

Italie 1961 : Hill en pleine tragédie

"Je ne souriais pas car cela me semblait inconvenant". A l'arrivée du Grand Prix d'Italie, Phil Hill sent un parfum de drame flotter dans l'air de Monza. Il ne sait rien mais il a un pressentiment. L'agitation dans la parabolique ne lui a pas échappé mais il s'est efforcé de détourner son regard pour rester dans sa course. Pendant qu'il roulait vers son destin doré, Ferrari l'a informé par panneautage du retrait de son coéquipier. "Comment va Trips ?", demande-t-il à son directeur d'équipe, Carlo Chiti, d'habitude si jovial. "Va sur la ligne, ils ont besoin de toi", élude le patron de la Scuderia.
Phil Hill n'aura jamais le cœur à célébrer son titre, le premier d'un Etasunien dans la classe reine. Wolfgang von Trips, surnommé "Le comte Von Crash" pour avoir survécu à une ribambelle d'accidents, s'est accroché au premier tour avec Jim Clark. Sa Ferrari s'est envolée dans la foule. L'Allemand, ultime challenger de Hill, a été emporté comme 14 personnes dans un accident effroyable. "J'appris tout cela après la cérémonie de l'arrivée, dira-t-il. Je m'étais déjà trouvé au Mans en 1955 (ndlr : la Mercedes de Pierre Levegh envolée dans le public avait tué 85 personnes). Lorsque nous avons lu la presse le lendemain matin, nous avons mesuré la tragédie. Nous avons alors décidé de revenir sur le circuit. Cet effroyable événement avait anéanti tout le bonheur qu'un titre mondial pouvait apporter."
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Crédit: Getty Images

Etats-Unis 1970 : Rindt, le grand absent

Watkins Glen scelle le sort de cette saison dans un vide immense. Les esprits sont encore figés dans les souvenirs, la nostalgie, l'émotion. Un mois plus tôt, Jochen Rindt s'est tué à Monza. Il comptait sans le savoir suffisamment de points pour ne jamais être rattrapé. Jacky Ickx était le dernier à pouvoir surpasser le total de l'Autrichien, et en même temps le premier à s'y refuser. "Je suis soulagé. Rindt mérite son titre. Je n'aurais pas aimé être couronné dans ces circonstances", confie le Belge, libéré, en présence de la veuve de l'Autrichien.
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Jochen Rindt (Lotus) au Grand Prix d'Espagne 1970

Crédit: Getty Images

Japon 1987 : Piquet sacré un samedi

Titré en 1981 et 1983 dans des "finales" de championnat sous haute tension, Nelson Piquet est cette fois sacré dans la douleur. La sienne et celle de Nigel Mansell, son challenger et coéquipier honni. A Imola lors de la deuxième manche du Mondial, sa Williams s'est fracassée à 225 km/h contre un mur de béton à Tamburello. Sorti de l'épave avec un traumatisme crânien, le natif de Rio de Janeiro est poursuivi pendant trois mois par des maux de tête. Personne ne sait rien de ses insomnies et de sa perte d'agressivité, ni ne comprend sa méforme. Ses deux victoires au volant de la meilleure voiture du plateau le font passer pour un calculateur sans panache, ce qui n'arrange rien au personnage de "l'Aigle" goguenard souvent en roue libre.
Les circonstances de son sacre au Grand Prix du Japon finissent de le frustrer, lui coller l'image d'un champion qui ne s'est pas réellement battu. A la 20e minute de la première séance de qualification, le vendredi, "Big Nige" sort dans les fameux esses derrière les stands et tape très fort le mur. Blessé à la colonne vertébrale, casque enlevé, l'Anglais crie sa douleur devant le monde entier. Dans le garage, Piquet est sans réaction. "Je ne pense pas qu'à cet instant il s'est rendu compte qu'il était champion du monde", soufflera Ann Bradshaw, représentante d'un sponsor de l'écurie. Le samedi, à 8h, le professeur Syd Watkins examine Mansell à l'hôpital et le déclare inapte. Piquet a le devoir de s'exprimer, alors Williams organise une conférence de presse, qui tourne à la confession. Le Carioca admet qu'il en a fait des tonnes sur le dos de l'Anglais depuis le début de saison et révèle ses souffrances post-Imola. "Le sacre sans le sucre" résumera l'éphémère quotidien français "Le Sport".

Japon 1989 : Prost sur tapis vert

Eliminé par l'accrochage du 47e tour, à la chicane, Alain Prost se dirige machinalement vers le bureau des commissaires. "A cet instant, je ne savais pas ce que prévoyait le règlement", avouera-t-il. Pendant ce temps, Ayrton Senna, son coéquipier de McLaren qui l'a éliminé, a opéré une remontée express et franchi en premier la ligne d'arrivée. En vainqueur ? C'est la question et il a beaucoup à perdre. Devant les officiels, le Français et le Brésilien vont en débattre, avec leurs avocats de circonstances. Jean-Marie Balestre, le président de la Fédération internationale du Sport automobile, d'un côté, Ron Dennis, patron de McLaren, de l'autre. Ce dernier ayant choisi son cap, au motif qu'une victoire est en jeu pour son équipe.
Senna s'est fait pousser par des commissaires, il a coupé la chicane sans revenir sur la piste là il où l'avait quittée. Deux infractions valant disqualification. "Êtes-vous champion ?", demande un reporter à Prost, à la sortie du bureau des fédéraux. "Apparemment oui... Je connais le règlement, mais on ne sait jamais comment il va être appliqué", confie-t-il, désormais au fait de la loi. Et du poids décisif que son compatriote Balestre a mis dans la balance, ce qui lui sera souvent rappelé. "Après l'arrivée, j'ai tendu la main à Ayrton. Il a refusé de me la serrer", regrette le Tricolore. "Ce titre-là, il restera dans l'histoire, et je l'apprécierai certainement plus tard, pendant mes vacances, ou dans le futur."

Japon 2022 : Verstappen, FIAsco pour un champion

Depuis l'année précédente à Abou Dabi, on sait que décerner un titre n'est pas le fort de la FIA. C'est même à ça qu'on la reconnait encore à Suzuka, où un manque de communication va mener à la confusion.
La course n'est effectivement pas allée à son terme (28/53 tours) et le nouveau barème d'attribution des points partiels retarde le deuxième couronnement de Max Verstappen (Red Bull), le vainqueur. Dans le dernier tour, Charles Leclerc (Ferrari), deuxième, est sorti de la piste pour se défendre devant Sergio Pérez (Red Bull), et la FIA tarde à juger la manœuvre. Un nouveau manque de réactivité qui, précipité à la hâte du protocole, va prendre des proportions inattendues.
Dans le parc fermé, Johnny Herbert ouvre son micro à Verstappen. "Le titre, cela aurait été super de le gagner ici mais on a encore de grandes opportunités", soupire-il. Quand soudain, la réalisation TV affiche la pénalité de 5 secondes infligée à Leclerc. Tout sauf une surprise pour Sergio Pérez, qui livre ses impressions. Quand soudain tout s'emballe. "Max, venez ici ! Je pense qu'il y a un changement pour vous, clame Herbert. Leclerc a eu 5 secondes de pénalité, vous êtes champion du monde !" "Alors là, c'est incompréhensible !, pouffe Verstappen. Donc ils ont attribué tous les points !"
Un tour de passe-passe auquel "Super Max" n'a rien compris. "Je suis champion ? Je ne le suis pas ! Je le suis ? Vous êtes sûr ?", demande-t-il au chef du protocole dans la cool room, le sas qui mène au podium. Ce dernier lui confirme que oui. La raison ? La FIA a mal écrit et expliqué un point de règlement : le nouveau barème partiel vaut uniquement dans le cas d'une course interrompue à un stade intermédiaire de sa distance normale. Or, là, le Grand Prix est allé au terme de sa durée limite - trois heures maxi - à défaut de sa distance totale. Le plus fou dans tout ça ? Verstappen est champion par erreur. Il a mal calculé son coup et il a franchi la ligne d'arrivée quatre secondes avant les trois heures de course. Et dans ce tour supplémentaire qu'il s'est obligé à faire, Leclerc a écopé d'une pénalité qui a tout fait basculer.
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