Le 2 décembre dernier, Haas officialisait le recrutement de Mick Schumacher comme pilote de Grand Prix en 2021, 30 ans après les débuts de son illustre père Michael dans la catégorie. L'écurie américaine n'avait surpris personne dans la mesure où l'information courrait dans le paddock depuis plusieurs semaines. Cette promotion attendue, étant donné l'appartenance de l'espoir de 21 ans au vivier rouge, n'avait cependant pas dissipé les questions autour de ce choix, l'écurie Sauber, prête nom d'Alfa Romeo depuis 2019, étant toute désignée pour accueillir le champion en titre de Formule 2.
Depuis son arrivée en Grand Prix en 1993, l'écurie basée à Hinwil a entretenu à travers son fondateur, Peter Sauber, une réputation de centre de formation de jeunes pilotes pour les top teams. On peut citer Heinz-Harald Frentzen, Kimi Räikkönen et Felipe Massa au rang des champions du monde ou vice-champions du monde, Sergio Pérez et Charles Leclerc pour ce qui est des vainqueurs de Grands Prix. Retraité depuis 2016, le patron suisse débonnaire, célèbre fumeur de cigares, a été remplacé l'année suivante par le Français Fred Vasseur, qui a fait éclore le talent de Nico Rosberg ou Lewis Hamilton, pour ne citer qu'eux.
Saison 2021
Moteur prometteur, "progrès notables" ou "fantasme" : Ferrari et l'espoir du rebond
28/01/2021 À 11:19

Simone Resta ballotté entre Alfa Romeo, Ferrari et Haas

Surtout, Sauber est tombé dans le giron de la Scuderia en 1997 à travers un partenariat de fourniture de moteurs et de transmissions qu'elle a poussé en 2019 jusqu'à prendre les atours d'une écurie satellite de Maranello, sans le reconnaître ouvertement. Si elle a gardé une certaine indépendance technique en termes de design, elle a pris en compétition le nom d'Alfa Romeo, une filiale du groupe FIAT - Chrysler, en accueillant des techniciens que Ferrari ne jugeait plus essentiels dans son organisation - on pense par exemple au designer Simone Resta -, et a accepté de se faire dicter le choix de son deuxième pilote. Antonio Giovinazzi en l'occurrence, pour assurer une présence italienne sur la grille de départ.
Comment donc diable Mick Schumacher a-t-il pu se retrouver embarqué dans la galère Haas, l'écurie la plus faible du Championnat du monde 2020 à l'exception de Williams ? On a eu un premier élément de réponse sur ce qui se tramait le 4 décembre, deux jours après l'annonce de Haas, lorsque la Scuderia a annoncé la réorganisation de son département Châssis, confié à Enrico Cardile en lieu et place de Simone Resta, revenu au bercail l'été dernier et prestement renvoyé chez Haas. Un énième rebondissement acté par voie de communiqué - preuve de l'importance de ce changement dans l'organigramme - qui en disait assez long aussi sur l'état d'instabilité du Reparto Corse - le département "Course" de Maranello...

Mick Schumacher (Ferrari) à Fiorano le 28 janvier 2021

Crédit: Ferrari S.p.A.

Mattia Binotto s'en est prestement justifié. "La structure de la Scuderia évolue rapidement, en se mettant à la page, avait expliqué le directeur technique. A partir de 2021, avec l'introduction des nouvelles règles, nous sommes tous face à de nouveaux challenges qui doivent être affrontés avec pragmatisme et un esprit ouvert, ce que nous avons commencé à faire avec les changements organisationnels annoncés il y a quelques mois." A savoir la vente à Haas de pièces poussée au maximum des limites du règlement. Par ces "nouveaux challenges", celui qui est aussi le directeur d'équipe de Ferrari faisait référence au budget capé de 133 millions d'euros entré en vigueur cette saison, et qui oblige les équipes les plus staffées - donc les plus dépensières - à redéployer du personnel sur d'autres programmes sportifs, des départements industriels pour les marques automobiles. Ou licencier. Et pour répondre à ceux qui pensent déjà que Ferrari pourrait dissimuler là un pan de ses activités propres, le patron transalpin a rappelé : "Haas n'est pas une équipe junior et nous n'échangerons pas d'informations en dehors des règles fixées (par la FIA)"

Une voie toute tracée pour Mick Schumacher

L'Italien avait précisé qu'il espérait que cet accord étendu serait "pour les deux parties la base d'opportunités et de synergie." Il faut être clair : il parlait d'un bénéfice financier pour Ferrari et technique pour Haas, qui ne conçoit que très peu de choses elle-même à travers ses bases éclatées aux Etats-Unis d'Amérique (Kannapolis), en Angleterre (Banbury) et en Italie, où Dallara lui dessine le châssis et Ferrari met sa soufflerie à sa disposition. Bref, Haas, c'est l'écurie en kit et ça va continuer, pour des résultats sportifs toujours plus aléatoires.
Dans ce contexte, on peut donc se demander en quoi la Scuderia a-t-elle à y gagner à détacher Enrico Cardile pour "renforcer le département technique de Haas", dixit Mattia Binotto. Dans une précision qu'elle avait ensuite apportée, Mattia Binotto avait expliqué qu'Enrico Cardile travaillerait sur le site de Maranello dans des bâtiments indépendants de Ferrari, comme d'autres employés qui le rejoindraient. A part le moyen de créer une antenne extérieure pour déplacer des lignes budgétaires sur le compte de Haas afin de rentrer dans les clous du plafonnement financier exigé par la FIA, on ne voit pas bien l'avantage pour Ferrari de se priver d'un technicien "hautement considéré".
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Pour Mick Schumacher, quel bénéfice y aurait-il à en retirer ? Des liens plus forts avec la Scuderia et les moyens de préparer une possible intégration dans l'équipe. Sur place, dans les meilleures conditions que chez Sauber, donc. Mattia Binotto avait d'ailleurs fait allusion à cette proximité dans ses remerciements à Enrico Cardile. "Il a déjà renforcé une relation déjà très étroite avec la Scuderia en s'occupant de Mick Schumacher à la Ferrari Driver Academy (FDA)", avait souligné le manager italo-suisse. De là à penser qu'Enrico Cardile a été déplacé pour suivre au plus près le jeune Allemand, il n'y a qu'un pas.

Ferrari a des talents en réserve

Il faut bien le voir comme cela : Mick Schumacher a vocation à emprunter la voie de Charles Leclerc, pur produit de la FDA mis en couveuse chez Sauber en 2018 avant de faire le grand saut. Longtemps réfractaire à l'idée d'employer des pilotes italiens, Ferrari a bel et bien évolué l'an dernier dans son approche. Et plutôt que d'évolution, on peut même parler de révolution à l'échelle des réticences historiques de la marque rouge face à la promotion interne de jeunes pilotes.
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Sa politique de pilotes n°1 et pilote n°2 actée cette saison avec le recrutement de Carlos Sainz se prête désormais bien à ce schéma. L'écurie émilienne cherche un pilote pour soutenir un leader et capable de faire le complément de points pour viser le titres Constructeurs. A la façon d'un Felipe Massa, d'abord placé en formation chez Sauber. Elle ne peut même être qu'encouragée par une rare abondance de biens. Et avec des talents comme Callum Ilott, Robert Shwartzman, respectivement deuxième et quatrième du championnat de Formule 2 2020, elle a de la réserve. Les résultats de Britannique et du Russe sont la preuve qu'elle a mis en place une académie prometteuse, d'une densité qu'aucune autre ne peut sûrement lui contester. Logiquement, elle a confié le poste de pilote d'essai à Ilott, qui fera du simulateur et participera à des séances d'essais libres du vendredi en 2021, et elle annoncera dans quel team de pointe se trouvera Shwartzman cette saison, avec le titre en tête.
Le 3 janvier, Mattia Binotto avait aussi annoncé l'extension du domaine d'intervention de Jock Clear. Le Britannique de 58 ans a un CV long comme le bras : il a débuté chez Benetton en 1989, il a été l'ingénieur de Jacques Villeneuve chez Williams et BAR, il a travaillé avec Michael Schumacher et Lewis Hamilton chez Mercedes et s'est également occupé de jeunes pilotes. Jusque-là chargé de faire le lien entre les ingénieurs et Charles Leclerc, il aura pour mission de conseiller aussi Mick Schumacher dans tous les aspects de son métier de pilote : de la façon de conduire celle de gérer les les pneus, en passant par fournir les retours techniques les plus précis aux ingénieurs. Une preuve de plus que les grandes manœuvres ont commencé chez Ferrari et que Mick Schumacher est au centre des attentions... Il l'était d'ailleurs jeudi après-midi sur la piste de Fiorano pour des essais que se poursuivent ce vendredi.
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