A son grand dam, Ferrari a regardé gagner une autre équipe, à Monza. Une de plus. Depuis la dernière victoire de Sebastian Vettel à Singapour en 2019, la Scuderia a assisté tour à tour aux succès en Grand Prix de Mercedes et Red Bull bien évidemment, mais aussi AlphaTauri, Racing Point, Alpine et donc son ancienne rivale historique McLaren, dimanche.
La jauge réduite à 50% n'a pas aidé l'équipe italienne à sentir derrière elle la foule des grands jours, et c'est dans un "Temple de la vitesse" clairsemé, loin des effusions de 2019 pour le triomphe de Charles Leclerc que le peuple rouge a vécu cette nouvelle désillusion. "Il y avait la passion à Monza dimanche, assure le journaliste italien Cristiano Chiavegato, figure emblématique du paddock qui a couvert la Formule 1 pendant quatre décennies pour La Stampa. Il y avait beaucoup de jeunes, pas beaucoup d'anciens car ils savaient qu'il n'y avait aucune possibilité de gagner. Ils ont préféré peut-être aussi la prudence due à la pandémie et ils ont regardé le Grand Prix chez eux. Sky assure une couverture de la Formule 1 fantastique en Italie."
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14/09/2021 À 07:50
Et d'en venir aux raisons profondes. "Ferrari a pris du retard avec le moteur en 2019, poursuit notre confrère italien, en référence aux rectifications imposées par la Fédération internationale de l'automobile, qui avait soupçonné le bloc de Maranello de surperformer grâce à une astuce trouvée dans une zone pour le moins "grise" du règlement. L'obligation de changer de moteur a fait perdre beaucoup de puissance. Dimanche à Monza, Ferrari manquait encore de vitesse de pointe à cause de ça. Il n'y a que quelques circuits sur lesquels ils peuvent être compétitifs, et les gens attendent religieusement que la Scuderia revienne dans le coup. Les tifosi fondent leurs espoirs dans le prochain règlement technique…" Qui prendra le virage des voitures à effet de sol.

Une évolution moteur à venir mais "pas suffisante"

Il ne faudrait quand même pas oublier que le Monégasque n'est pas parti de la pole position à domicile suite à un crash en qualification en mai dernier. Il avait de bonnes chances de l'emporter, et on n'en serait peut-être pas à faire ce constat désolant.
La partie d'élastique va donc continuer jusqu'à la fin du championnat dans le peloton de chasse, derrière les Mercedes et Red Bull, et trop souvent les McLaren et l'AlphaTauri de Pierre Gasly au goût des supporters transalpins. Ce n'est pas une consolation, mais Ferrari en a vu d'autres en qualité d'écurie pionnière du Championnat du monde. Et l'histoire est un éternel recommencement.
"Mattia Binotto a dit qu'il seront bien en termes de moteur l'année prochaine, mais ils ne savent pas si les autres n'auront pas franchi un cap eux aussi, poursuit Cristiano Chiavegato. Il y aura une évolution d'ici la fin de l'année, mais pas suffisante pour rattraper Mercedes ou Honda."
La marque ne s'aide pas non plus vraiment en faisant de l'image avec Alfa Romeo, en soutenant techniquement Haas et en formant son jeune espoir Mick Schumacher. "Ferrari fournit ses moteurs à deux écuries qui ne sont pas du tout compétitives et ça n'aide pas, note notre confrère. Au contraire de Mercedes avec Aston Martin et McLaren, et Williams qui a bien progressé. Et même Alpine devient plus fort."
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Charles Leclerc ? "On est prêt à l'aimer"

Mais le Reparto Corse de Maranello sera bientôt doté d'un équipement enviable. Le nouveau simulateur va être mis en service dans quelques jours, dans une usine toute nouvelle. Bref, de vrais atouts pour "revenir dans la bataille", car Ferrari s'est toujours enorgueilli de tout faire sous son toit et ça se joue à tous les niveaux. Les essais interdits en cours de saison, ce nouveau ban installé entre les locaux de la Gestion sportive et la piste de Fiorano, résultat de deux ans de travaux représente un "saut générationnel" en la matière et permettra quand même de faire "tourner" et développer la prochaine "rossa" qui répond au nom de code "projet 674".
L'attente pourrait encore durer mais elle est depuis longtemps perçue comme une fatalité parce que le yin de la réussite et le yang de l'échec font partie du jeu. "Les tifosi ont l'habitude de patienter, rappelle Cristiano Chiavegato. Ils ont déjà attendu 21 ans entre le titre de Jody Scheckter en 1979 et celui de Michael Schumacher en 2000." Le titre de Kimi Räikkönen remonte quand même à 2007, et depuis la firme émilienne a usé deux multiples champions du monde, Fernando Alonso et Sebastian Vettel.
Au jeune Charles Leclerc de relever le défi à présent. Formé à la Ferrari Drivers Academy, il suscite d'énormes espoirs. Une passion grandissante, véritable, surtout, car le natif de Monte-Carlo a déjà dit que s'il n'avait pas été monégasque, il serait italien. Avec deux victoires dès sa première saison et neuf pole positions au compteur, il a déjà été adopté. Mais il en faut plus. "On attend de voir ce qu'il va faire, tranche Pino Allievi, autre grande référence de la presse écrite en Italie. Il est engagé jusqu'en 2024, il parle très bien italien, il s'est très bien intégré dans la mentalité italienne. On est prêt à l'aimer. Mais pour ça, il a besoin de donner des résultats."
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L'autorité de Binotto en question

Et pour ce qui est des autres pilotes, l'ancien journaliste à la Gazzetta dello sport en a vu passer dans la combinaison rouge. Et peu toucher les coeurs. "Les pilotes qui ont été le plus aimés sont ceux qui ont le moins gagné : Clay Regazzoni, Jean Alesi, Gilles Villeneuve, explique-t-il. Michael Schumacher a suscité beaucoup de respect. Il a eu un bon feeling avec les Italiens, mais il n'y a jamais eu le grand amour qu'il y a eu pour notre Jean Alesi."
Ferrari est une marque à part, unique, parce que les tifosi l'ont toujours entouré d'un certain romantisme. Loin de ce qui se trame dans les coulisses et à l'usine de Maranello, où les succès se préparent autant que les revers, car maintenir les équilibres entre des personnalités souvent fortes dans les bureaux et les ateliers relève d'une alchimie complexe. Cristiano Chiavegato révèle ainsi un pan méconnu de la maison rouge, qui se défend régulièrement contre une partie d'elle-même : "Chez Ferrari, de tout temps, il y a toujours eu des gens venus de l'extérieur. Il n'y a pas une force unique qui travaille pour la Formule 1 mais des groupes qui se disputent en interne, et ça ne marche pas. Le problème principal est que des ingénieurs sont nés chez Ferrari. Ils y ont commencé leurs carrières comme Mattia Binotto (l'actuel directeur) il y a 25 ans. Il est le chef mais il a des collègues nés avec lui. Et des gens pensent qu'il n'a pas la possibilité de changer les personnes en place. En plus, les étrangers sont payés beaucoup plus cher que ceux qui ont commencé chez Ferrari. Ces derniers n'arriveront pas à les rattraper sur le plan du salaire. Il y a une compétition entre ces groupes, on n'en parle pas beaucoup mais c'est un problème."
De la même façon qu'outre-Manche il est difficile de se faire accepter par les Anglais. "Malgré tout, l'ambiance est très bonne, coupe Pino Allievi, qui espère que 2022 ajoutera un nouveau chapitre à une épopée en pointillés. Sinon, ça va être une nouvelle crise qui va durer quelques années."
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Des renforts en provenance de Mercedes et Red Bull

Cependant, le mal n'est pas à chercher très loin. "Ferrari a changé trois fois de président en quatre ans, remarque Pino Allievi. Pour gagner en Formule 1, il faut avoir la stabilité des hommes, des techniciens, des pilotes. Ferrari n'est pas encore stabilisé. Il faut renforcer le département aérodynamique, ils ont des problèmes avec le moteur. Ils ne sont pas prêts à gagner cette année et leur voiture est à 80% celle de l'année dernière, qui n'était pas compétitive. Cette année, ils travaillent pour 2022. Il faut être un peu optimiste car Ferrari a aussi des pilotes très bons."
"Il ne faut pas oublier que, même avec son organisation de Jean Todt, il a fallu cinq années à Ferrari pour gagner le Championnat du monde avec Michael Schumacher, poursuit Pino Allievi. C'est sûr que l'objectif est d'imiter cette organisation. Mais beaucoup de choses ont changé. Marchionne (décédé en 2018) a orienté Ferrari vers une politique très italienne. Il était obligé de faire ça, car il n'avait pas d'autres choix en termes de candidats à l'étranger. Je crois que Ferrari va beaucoup se renforcer à la fin de l'année avec des techniciens de Mercedes et Red Bull, qui respectent en ce moment une période de non-activité. Ils n'ont pas beaucoup parlé de ces recrutements mais je sais qu'ils vont arriver."
Dans son attitude, Charles Leclerc a tout pour devenir le champion du futur désigné par Ferrari. "Charles Leclerc est un jeune très spécial avec un grand cœur, et techniquement très fort. Et il se dit qu'il est en train de prolonger son contrat jusqu'en 2026", souffle Cristiano Chiavegato. Le Monégasque doit avoir de bonnes raisons d'y croire.
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