Difficile de vivre un déclassement, qui plus est dans un top team, et de se lancer dans une entreprise plus modeste avec la conviction de pouvoir renverser l'ordre établi. Sebastian Vettel s'est courageusement, peut-être inconsciemment, attelé à cette tâche en décidant de lier sa réputation cabossée à celle d'Aston Martin.
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L'Allemand a commencé à percevoir l'immensité de ce défi alors qu'il n'a pas fini de subir les sarcasmes d'une Scuderia Ferrari amère, terriblement déçue par le fantôme du quadruple champion du monde qu'il était la saison dernière. "Je suis content des deux pilotes, je peux enfin compter sur eux deux", a lancé Mattia Binotto dimanche à Sakhir, au micro de Sky Sport Italia.
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Le directeur de la Scuderia Ferrari s'est lâché pour une double raison : sa recrue Carlos Sainz vient de montrer pendant trois jours à Sakhir un niveau de compétitivité proche de celui de son complice Charles Leclerc, avec qui il partage les mêmes besoins de termes de réglages et de technique, et Sebastian Vettel a corroboré la thèse du déclin en qualification comme en course.

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"Il savait que j'étais là à quatre heures du matin"

Aujourd'hui, Sebastian Vettel en veut sans doute à Mattia Binotto pour cette pique facile qui ressasse le passé en s'ajoutant à la méthode cavalière employée par le patron des Rouges - un coup de téléphone - pour lui signifier le non-renouvellement de son contrat. En revanche, il voit certainement avec bienveillance la promotion de Carlos Sainz dans son baquet, autant que l'Espagnol peut témoigner aujourd'hui de l'estime qu'il lui porte, et qui l'aide peut-être à se persuader qu'il peut redevenir lui-même. "J'ai beaucoup de respect pour Sebastian. Je pense qu'il est l'un des pilotes qui marquera une ère en Formule 1, indépendamment les années les plus difficiles qu'il a eue", a confié le Madrilène dans un entretien à SoyMotor, peu avant le début du championnat du monde.
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"Je vais vous raconter une histoire... qui remonte au jour où il a dit au revoir à Red Bull, en 2014, a-t-il poursuivi. J'étais le pilote du simulateur et il m'a dédié une lettre. Il pensait que le travail que je faisais pour lui et pour l'équipe était important, et il avait eu la classe de remercier Red Bull en envoyant une lettre personnalisée à tous les employés, pour chacun d'entre eux. Il savait que j'étais là à quatre heures du matin, que je passais des heures sur des réglages pour recommander des paramètres pour sa course en Australie. Et il avait eu la gentillesse de m'adresser une lettre pour me remercier pour mes efforts pendant des heures au simulateur. Depuis lors, j'éprouve une affection particulière pour lui et je le connais au-delà du champ des caméras. Je ne lui ai peut-être jamais dit et un jour je lui dirai."

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Encore loin des limites de l'AMR21

Sebastian Vettel sait qu'il conserve l'estime de nombreuses personnes dans le paddock, même si elles pensent qu'il s'est attaqué, à 34 ans, au challenge de trop. Car pour l'heure rien ne va, il faut bien le dire. Ni le matériel, ni lui. Trois jours durant à Sakhir, il n'a fait qu'allonger la "to do list" des urgences. Lors des tests de présaison, il a découvert une AMR21 qui n'avait plus rien de la bête de course qui avait permis à Sergio Pérez de triompher au Grand Prix de Sakhir, le 6 décembre.
Le problème est simple : la machine du team de Silverstone, qui reprend le train arrière de la Mercedes de 2020, souffre d'une piètre tenue de route car elle sa partie arrière n'est pas assez efficace. Elle ne pique pas assez du nez - elle est même loin de la Red Bull qui fait office de référence dans ce domaine - et elle encaisse mal les restrictions en termes aérodynamiques de 2021. Sans compter qu'il ne parvient pas comprendre comment adapter.
"J'essaie plein de choses, et il y a encore beaucoup à essayer et à apprendre, a-t-il expliqué vendredi, dans une litanie répétée les jours suivants. Il reste tellement de trucs à faire pour que je m'habitue à la voiture, et être capable d'aller chercher les limites. Là, ce n'est que hauts et bas. Je suis très bien dans des virages, et dans d'autres complètement largué."
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Accident avec Ocon et stratégie erronée

En plus, samedi, les choses ont mal tourné en Q1. Eliminé avec le 18e temps, il a échappé à une sanction pour avoir roulé fort sous régime de drapeau jaune à cause d'un incident déclenché par Carlos Sainz (Ferrari) - "ça a duré moins d'une seconde" - mais il n'a pas coupé à cinq places de pénalité sur la grille (une rétrogradation en dernière position) sur une incitation à ralentir lors du tête-à-queue de Nikita Mazepin (Haas). En sus d'un retrait de trois points de superlicence. Bref, plus un parcours de débutant que de champion du monde.
Et puis, sa course fut un autre fardeau car il a percuté Esteban Ocon (Alpine) qui venait de le doubler. "J'ai pensé qu'il ne bougerait pas mais il est revenu à gauche. Il était juste devant moi, j'ai bloqué les roues. C'était probablement de ma faute", a-t-il admis, dans des propos rapportés par le magazine MotorSport. Ce nouvel incident lui a coûté dix secondes de pénalité et deux autre points de permis.
Le seul sur une stratégie à un arrêt, en perdition en pneus usés, il a fini 15e juste devant le rookie Mick Schumacher (Haas). Autre dire un fiasco qui a apporté plus de questions, pour ne pas dire d'inquiétudes, que de réelles réponses sur la suite. "Nous avons pas mal de choses à régler, a-t-il résumé. Nous verrons combien de temps ça prendra. Je ne me sens pas à l'aise dans la voiture, beaucoup de choses me contrarient, je ne peux donc pas me concentrer sur mon pilotage. Je m'adapte évidemment à la façon dont la voiture doit être conduite, mais pas mal de choses ajoutent de l'inconstance, cassent le rythme et compliquent le ressenti de la voiture pur que je pilote rapidement. Certaines choses dépendent de nous, d'autres non."

"Ce qu'il lui arrive est affreux à voir"

Sebastian Vettel vit donc un calvaire pour l'instant, mais pour un observateur averti comme Damon Hill, l'Allemand doit aussi travailler sur lui pour y mettre fin. "C'est comme regarder une partie de ce jeu mexicain qui s'appelle la pinata. Il se fait réduire en miettes", a déclaré le champion du monde 1996, dans le podcast F1 Nation. "Ce qu'il lui arrive est affreux à voir, poursuit le Britannique. Je pense que quelque chose doit changer dans sa psychologie. Il le vit comme une punition. Et les ecchymoses qu'il a reçues l'ont inquiété. Je crains que cela ne fasse qu'empirer, et il doit se débarrasser de ces sentiments mauvais, négatifs. Une fois cela fait, il aura tous les pouvoirs du monde. Il pourrait se battre avec Lewis [Hamilton] et Max [Verstappen]."
Chez Aston Martin, on reste confiant dans le fait de pouvoir remédier à tout ça. "Seb a son propre style de pilotage, mais il n'est pas différent des styles de pilotage que nous avons vus chez d'autres pilotes", remarquait Andy Green à motorsport.com, avant les tests de présaison. "Je dirais même qu'il n'est pas aussi extrême que celui du pilote qu'il remplace (ndlr : Sergio Pérez) ; ce dernier avait un style de pilotage très extrême qu'il était très difficile d'exploiter au mieux sur tous les circuits. Il brillait sur certaines pistes mais pas sur d'autres. Je pense que le style de Seb est bien moins extrême." Et Sebastian Vettel n'est pas là pour faire de la figuration, en mode préretraite car il s'est engagé plusieurs années avec la marque anglaise.
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