Pourquoi Alexander Albon a-t-il été remercié ?

Pour un manque de résultats flagrant. Le Thaïlandais a pourtant bénéficié d'une intégration bien anticipée lors de sa promotion de Toro Rosso à Red Bull lors de l'été 2019, pendant que Pierre Gasly était rétrogradé chez Toro Rosso (aujourd'hui chez AlphaTauri). L'espoir de Red Bull a ainsi eu du temps pour prendre ses marques dans l'équipe principale afin d'être prêt pour 2020.

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Sur le gong, Pérez récupère le baquet d'Albon chez Red Bull

Lors de ses neuf Grands Prix d'adaptation, il avait concédé en moyenne 0"6 par tour à son nouveau leader, Max Verstappen. C'était beaucoup, trop même, mais toujours moins que le Français, qui avait concédé autour de 0"8 au Néerlandais.

Alexander Albon, "trop gentil" selon son patron Chistian Horner, n'avait aucune excuse à l'entame de la saison 2020, mais il n'a pas donné les gages de progrès attendus. Son retard s'est stabilisé autour de la demi-seconde et le bilan affiché à la fin de la saison fut sans appel : il n'a jamais battu Max Verstappen en 25 confrontations en qualification.

Le dimanche, on ne lui a pas demandé de faire des miracles en 2019, mais ce ne fut pas plus satisfaisant en 2020 : avec deux podiums, son bilan est bien maigre face aux 11 de Max Verstappen, de surcroît deux fois vainqueurs.

Alexander Albon (Red Bull) au Grand Prix du Portugal 2020

Crédit: Getty Images

Pourquoi Red Bull a choisi Sergio Pérez ?

L'hypothèse d'un remplacement d'Alexander Albon a commencé à circuler lorsque Nico Hülkenberg a suppléé au pied levé Sergio Pérez, touché par le Covid lors des deux épreuves à Silverstone. Avec un troisième temps en qualification et une septième place en course, son second week-end anglais chez Racing Point fut remarquable. Dès lors, Red Bull ne pouvait plus réfuter que l'Allemand ferait le cas échéant un meilleur travail que le pilote de la RB16 n°23.

Et puis, début septembre, tout s'est accéléré lorsque Sergio Pérez s'est retrouvé sur le marché, obligé de céder sa place à Sebastian Vettel (Ferrari) en 2021. Dans ce moment difficile, sa réaction l'a sauvé : au lieu de s'écrouler, "Checo" s'est battu, continuant d'aligner les 2e ou 3e lignes sur la grille et surtout neuf arrivées dans les points du Grand Prix d'Espagne à celui de Turquie, où seul Lewis Hamilton (Mercedes) l'a battu pour la victoire.

C'est là que sa candidature a pris de la force, et le pas sur celle de Nico Hülkenberg. Pourtant, on a redouté que sa victoire à Sakhir, aidée certes par le fiasco des Mercedes et les abandons de Max Verstappen (Red Bull) et Charles Leclerc (Ferrari), ne lui ouvrirait pas les portes de Red Bull. On l'avait vu le vendredi aller discuter avec un Helmut Marko dubitatif, et le manager autrichien s'est empressé d'avertir le dimanche soir que ce n'est pas une victoire qui changerait la donne.

Pour quelle raisons Red Bull a retourné sa veste ?


Le bilan d'Alexander Albon et l'avis du patron de l'équipe, Christian Horner, qui s'était jusque-là contenté de soutenir poliment le Thaïlandais, en lui lançant quand même deux ultimatums. Christian Horner a toujours eu une approche sportive : il toujours voulu le tandem de pilotes le plus fort pour ne plus courir à un contre deux face à Mercedes. Et face au triste record de 179 participations en F1 sans podium, Nico Hülkenberg n'a sans doute jamais fait le poids dans son esprit face à la candidature de Sergio Pérez.

Helmut Marko, Christian Horner (Red Bull) au Grand Prix de Grande Bretagne 2020

Crédit: Getty Images

Mais il restait à convaincre Helmut Marko, qui au soir du dernier Grand Prix a répété qu'il avait de bons pilotes dans son vivier. Mais un seul éligible pour une superlicence, le Japonais Yuki Tsonuda, venu de la Formule 2, qu'il était sûrement plus prudent de placer chez AlphaTauri.

Enfin sur la même longueur d'onde, Christian Horner et Helmut Marko se sont alors chargés de convaincre le grand patron Dietrich Mateschitz, copropriétaire de la marque de boisson énergisante avec les héritiers du fondateur, le Thaïlandais Chaleo Yoovidhya, décédé en 2012, qu'il fallait remplacer un pilote précieux pour le marketing asiatique.

Quel est l'atout caché de Sergio Pérez ?

Le soutien indéfectible de Carlos Slim Jr, l'un des hommes les plus riches du monde, qui lui a permis de gravir tous les échelons. En 2011, "Checo" est arrivé en tant pilote payant en Formule 1, chez Sauber, et il n'y a guère que chez McLaren, en 2013, qu'il n'a pas été enrôlé aussi pour ses quelques 12 millions de dollars de sponsoring media et télécom.

Mais cette année la donne a changé en raison de la crise. Une écurie avec laquelle il a négocié a ainsi révélé qu'il ne proposait plus que la moitié de cette somme, finalement non négligeable pour Red Bull, qui compte reprendre à son compte l'exploitation des moteurs Honda à partir de 2022. Et pourquoi pas en financer une partie du développement en 2021, sachant que le motoriste nippon a déjà levé le pied sur la question des investissements.

Qu'est-ce que Red Bull attend de Sergio Pérez ?

Qu'il soit un coéquipier aussi valable que Mark Webber pour Sebastian Vettel ou Daniel Ricciardo pour Max Verstappen. Car à part ça, les autres expériences ont été des échecs.

Dans cette optique, le premier atout de Sergio Pérez est son mental, car il va devoir résister aux coups de boutoir que ne va pas manquer d'assener son nouveau leader. Il a prouvé face Esteban Ocon en 2017 et 2018 chez Force India (l'ancien nom de Racing Point) qu'il était prêt à rendre coup pour coup, et c'est peut-être pour cela que Max Verstappen a exprimé plusieurs fois sa préférence pour l'Allemand avec d'indiquer à Abou Dabi, lors du dernier Grand Prix, qu'il ne voulait imposer un choix.

Question vitesse, Sergio Pérez a toujours été plus réputé pour sa capacité à gérer l'usure de ses pneus sur les relais d'une course - il ne paraît jamais avoir été aussi bon que cette année - plutôt que sur le tour chrono. A ce propos, Helmut Marko sans doute été juste en affirmant que Nico Hülkenberg et Sergio Pérez se situaient à 0"4 de Max Verstappen (Red Bull) sur un tour de qualification, sur n'importe circuit, quand Alexander Albon était capable de l'être seulement dans un bon jour.

Sergio Pérez (Racing Point) lors du Grand Prix de Belgique 2020

Crédit: Getty Images

Quel statut pour "Checo" ?

Sans doute un statut de n°2 qui ne dira pas son nom. Red Bull a signé début 2020 un contrat de trois ans avec Max Verstappen prévoyant de doubler son salaire à 30 millions d'euros à partir de 2021, et "Checo" ne va pas tarder à se heurter à cette réalité à travers des choix techniques décidés par et pour le Néerlandais.

On pourrait se dire qu'il n'a qu'une marge de manœuvre limitée vu que Red Bull l'a seulement signé pour 2021, mais beaucoup de ses rivaux potentiels au poste de n°2 sont déjà engagés pour 2022 (Daniel Ricciardo chez McLaren, Carlos Sainz chez Ferrari) à part Valtteri Bottas (Mercedes). Quant à Yuki Tsunoda, son cas est différent puisque sa présence chez AlphaTauri en 2021 ne tient qu'à Honda.

Bref, Sergio Pérez a tout pour faire oublier l'an prochain sa première expérience désastreuse dans un top team (chez McLaren en 2013) en assurant le complément de points pour Red Bull au championnat du monde Constructeurs, car si Mercedes tient le cap des dernières années, des écuries comme McLaren, Renault, Aston Martin et pourquoi pas Ferrari viseront la deuxième place.

A 30 ans, Sergio Pérez a une belle chance à saisir pour convaincre Red Bull de lui faire confiance à plus long terme. Pour cela, il peut se souvenir que Mark Webber, qui n'était pas issu de la filière des jeunes pilotes de Red Bull, à réussi à courir sept ans pour l'équipe de Milton Keynes.

Sergio Pérez (Racing Point) au Grand Prix de Hongrie 2020

Crédit: Getty Images

Quel avenir pour Alexander Albon ?

Red Bull se retrouve pris à son propre piège en ayant refusé de requalifier Pierre Gasly chez Red Bull. Avec le Français et Yuki Tsunoda, AlphaTauri est au complet pour 2021 et le Thaïlandais ne peut plus espérer qu'un retour dans la petite Scuderia en 2022, lorsque Pierre Gasly aura trouvé une nouvelle destination. Mais attention quand même : Red Bull a de l'ambition pour l'Estonien Juri Vips, qui pilotera en Formule 2 la saison prochaine.

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