Formule 1 | Mohammed Ben Sulayem contre Max Verstappen et les pilotes : aux origines d'une rupture

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La guerre est de nouveau ouverte entre les pilotes, Max Verstappen en particulier, et Mohammed Ben Sulayem, président de la Fédération Internationale de l'automobile. Depuis le début de son mandat, le dirigeant émirati n'a cessé de s'attaquer à leur champ d'expression, parfois de manière frontale. L'encadrement de leur langage va peut-être être un déclencheur.

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Il se trame quelque chose, dans cette boucle WhatsApp réunissant le GPDA - l'association des pilotes. Vendredi, c'est dans ce groupe que Max Verstappen a provoqué quelques railleries de ses confrères envers la FIA, après avoir textoté la sanction qui lui avait été infligée pour avoir qualifié sa voiture de "fucked" (que l'on pourrait traduire par "à chier"), lors de la conférence de presse de la veille. Depuis, certains membres envisagent une action collective pour faire part de leur mécontentement auprès de l'instance.
Tout cela pourrait paraître anecdotique s'il ne s'agissait pas d'une goutte de plus, peut-être celle de trop, dans un vase qui n'a cessé de se remplir depuis que le controversé Mohammed Ben Sulayem a succédé à Jean Todt à la tête de la Fédération Internationale. Il faut dire que l'ancien champion de rallye avait débarqué dans un contexte particulièrement explosif, lui qui avait été élu quelques jours seulement après le mémorable Grand Prix d'Abu Dhabi 2021.
Peut-être dans une volonté d'affirmer son autorité, le dirigeant émirati avait réclamé des sanctions contre Lewis Hamilton, coupable de ne pas avoir assisté au gala de la FIA, pourtant obligatoire pour les trois premiers pilotes du championnat. En vain. Mais il avait enfourché un autre cheval de bataille, quelques mois plus tard, pour s'opposer au septuple champion du monde, en demandant à ce qu'aucun pilote ne porte de bijoux pendant les Grands Prix. Il s'agissait d'une mise en application d'une règle qui existait depuis longtemps, mais qui n'avait jamais vraiment été respectée.
Niki Lauda et Alain Prost ne se souciaient que du pilotage
"C'est quasiment un retour en arrière si vous pensez aux progrès que l'on fait en tant que discipline, sur des sujets autrement plus importants que nous devons défendre", avait commenté le Britannique lors d'une conférence de presse où il avait choisi de porter trois montres, quatre chaînes et huit bagues. Ambiance. Sur ce sujet, Ben Sulayem avait fini par remporter le bras de fer avec le pilote le plus respecté de la grille, notamment auprès de ceux qui garnissent les rangs des "Tops Teams" (Leclerc, Norris, Russell, etc...).
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Les tensions sont encore montées d'un cran, quelques semaines plus tard, après une interview accordée par le natif de Dubaï à GrandPrix247. À la question : "Selon vous, que ne devrait surtout pas devenir ce sport ?", il avait livré le fonds de sa pensée : "Niki Lauda et Alain Prost ne se souciaient que du pilotage. Maintenant, Sebastian Vettel roule sur un vélo arc-en-ciel [les couleurs LGBTQ+, NDLR], Lewis Hamilton est passionné par les droits humains et Lando Norris parle de santé mentale. Chacun a le droit de penser ce qu'il veut. Pour moi, il s'agit de décider si nous devons sans arrêt imposer nos convictions dans un sport. [...] J'ai une culture arabe, je suis international et musulman. Mais je n'impose pas mes convictions aux autres. Jamais."
Face au tollé provoqué, Ben Sulayem avait quelque peu rétropédalé à travers un simple tweet. "J'encourage tous les pilotes à s'exprimer plus franchement à l'avenir sur les choses qui les intéressent, avait rétorqué Hamilton face à la presse. Je suis fier de voir ce qu'a fait Seb [Vettel, avec son vélo arc-en-ciel, NDLR] et je suis fier d'être son allié." Fin 2022, la FIA ajoutait une note au code sportif international interdisant aux pilotes de "faire des déclarations ou commentaires politiques, religieux et personnels". Le point de bascule.

Hamilton au soutien de Verstappen

Depuis, la fracture est importante. Elle est sans doute devenue définitive lorsque des archives étaient remontées à la surface. En 2001, l'ancien pilote de Rallye avait déclaré "ne pas aimer les femmes qui se croient plus intelligentes que les hommes, car elles ne le sont pas en vérité". "Ces propos ne reflètent pas les convictions actuelles du président", avait réagi la FIA.
D'autres affaires, liées à son activité de dirigeant de la plus haute instance de l'automobile, ont renforcé le climat de défiance envers lui. Comme, notamment, des soupçons d'interférence dans des décisions touchant certains Grands Prix de la saison 2023, en Arabie saoudite ou à Las Vegas, dont il a finalement été lavé par des enquêtes... internes. La F1, devenue une marque ultra-puissante depuis son passage sous pavillon américain, n'hésite plus à se confronter à l'instance dirigeante en général, et à son président en particulier.
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Forcément, les pilotes ont eux aussi pris la vague. Ils s'étaient sentis muselés au début de son mandat, ils se sentent désormais infantilisés par le langage correct qui leur est désormais exigé. Cette consternation pourrait déboucher sur des actions plus fortes que les réponses très courtes de Max Verstappen en conférence de presse. En tout cas, elle a déjà remis le Néerlandais et Lewis Hamilton sur la même longueur d'onde. "Honnêtement, c'est une blague, a confié le Britannique au sujet de la sanction qui a été infligée au pilote Red Bull (des travaux d'intérêt général) pour ses propos. À sa place, je ne les ferais pas. Et j'espère qu'il ne les fera pas."
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