A votre arrivée à Metz cet été, vous avez dit découvrir un nouveau monde. Est-ce que vous vous êtes habituée, depuis, à ce qui est aussi un changement de dimension sportive ?

Hadatou Sako : Je commence à m’y habituer oui ! Tout me change par rapport à Nice, parce que le mode de fonctionnement n’est jamais le même d’une structure à l’autre. Que ce soit la façon de travailler, d’apprendre les choses… J’ai découvert une forme professionnalisme très élevée à Metz, ce que je n’avais pas à Nice. Les objectifs ne sont pas les mêmes. La pression est constamment là, parce que les objectifs sont énormes, tout le monde peut le voir. Plus on gravit les échelons, et plus l’exigence est élevée. Mais cette exigence, cette envie de titre, ce n’est pas quelque chose qu’on nous chante tous les jours dans les oreilles, de là à ce que la pression devienne incontrôlable. J’apprends de jour en jour et j’en suis très contente. Maintenant, il va falloir passer dans la phase de l’adaptation, s’ancrer un peu plus sur la durée.

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Devoir prendre la suite de Laura Glauser (gardienne de l’équipe de France, désormais à Györ) dans les cages de Metz est un lourd héritage, mais on sent comme une force tranquille chez vous et une solide confiance...

H. S : C’est vrai, j'ai refusé de me mettre la pression. J’estime que les années passent et que les gens qui viennent à Metz ne sont pas forcément les mêmes. En laissant Laura partir et en me recrutant, je sais que les dirigeants ne s’attendaient pas à avoir exactement la même gardienn. On a un style et une lecture de jeu différents. Ce qui leur importe, c’est d’avoir une gardienne performante, pas d’avoir une gardienne comme untel. C’est sûr que Laura a laissé la barre haute, et que si je ne suis pas à la hauteur, ça va être visible. Mais je suis venue ici pour apprendre et travailler, j’ai ce que je recherche, je suis épanouie, je me donne à 100% et comme je l’ai déjà dit auparavant, c’est dans les endroits où l'on se sent le mieux qu’on fait les plus belles choses, et je me sens bien au sein du Metz Handball. En aucun cas, je me dis : "Oui, Laura Glauser a fait tout ça, donc je dois être performante", ce n’est pas ce qui m’anime. J’ai mes propres centres de motivation, c’est plus important.

Soit j'allais en étude d'infirmière, soit je signais pro à Nice. J'ai joué l'aventurière

Vous êtes au zénith du handball français, après un début de carrière pourtant pas simple. Suite à votre passage au pôle espoirs de Châtenay-Malabry, vous n’avez pas trouvé de centre de formation. Est-ce aussi ce qui explique cette détermination ?

H. S : A ma sortie du pôle, où je suis restée deux ans, je n’ai pas eu cette possibilité d’intégrer un centre de formation. Heureusement ou malheureusement, ça, je ne pourrais pas le dire. Par conséquent, j’ai décidé de partir, de m’engager à 100% avec le club de Noisy-le-Grand (alors en D2, NDLR), où j’évoluais déjà en parallèle lors de ma dernière année au pôle Espoirs. Je suis donc aussi vectrice de ce message qui dit qu’il n’y a pas qu’un chemin pour arriver là où tout le monde voudrait arriver. Ce chemin que j’ai parcouru, ce n’est peut-être pas celui qu’une autre personne prendra, mais moi je ne m’en plains pas. Au final, tout dépend de notre propre détermination et de nos propres objectifs, et pas de ce que les gens veulent décider pour nous ! Si demain tu as l’ambition d’avoir quelque chose, et que tu mets en œuvre tout ce qui est à ta portée pour l’avoir, on peut tous atteindre nos objectifs. La détermination et le travail, c’est la clé de tout.

Devenir handballeuse professionnelle, était-ce quelque chose d’obligatoire pour vous ?

H. S : Non, pas du tout ! Quand je suis arrivée à Noisy-le-Grand, ce n’était pas dans mes ambitions de faire du handball de très haut niveau. C’est quelque chose qui est venu au fur et à mesure des années. A Noisy, mon objectif principal, c’était de prendre du plaisir, de jouer avec des filles que j’aime beaucoup. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette trop loin. Je peux vous donner mes objectifs à moyen terme mais à long terme, je n’en suis pas capable parce que ce n’est pas dans mon tempérament. A l’époque, j’ai eu Fleury, alors entraîné par Frédéric Bougeant, qui m’avait appelé deux ou trois fois pour intégrer le centre de formation, et pourquoi pas l’équipe une, quand Fleury était au top niveau (le club a notamment été sacré champion de France lors de la saison 2014-2015, NDLR). Et j’ai refusé. Je marche beaucoup au feeling et il n’y était pas à ce moment-là. D’abord parce que je ne m’en sentais pas capable, de partir loin de ma famille autant que de faire du sport de haut niveau, et d’avoir cette exigence-là. Parce que l’exigence que j’ai aujourd’hui, ce n’est pas du tout celle que j’avais quand j’étais plus jeune. Quatre ou cinq ans après (en 2016), quand j’ai décidé de partir de Noisy, c’est parce que Nice est venu toquer à la porte et que j’estimais avoir gravi des échelons.

Hadatou Sako, ici avec Metz, a été élu meilleure gardienne de D1 lors de la saison 2018-2019 (Crédits photo : Cédric Cédosa)

Crédit: From Official Website

A l’époque, vous étiez à la croisée des chemins…

H. S : J’avais validé un bac pro sanitaire et social, puis passé les concours d’infirmier. Soit j’allais en étude d’infirmière, soit je signais pro à Nice. Face au challenge proposé, je me suis dit : "Pourquoi pas ?". J’ai joué l’aventurière, mais en aucun cas je ne voulais me prendre la tête. Bien sûr, après il y a eu des bons comme des mauvais moments à Nice ! Lors de ma première année, on joue les plays-downs (matches de classement qui décident de l'équipe qui sera reléguée à l'issue de la saison, NDLR), mais je n’ai pas douté parce que c’était un monde que j’aimais. Je suis restée et j’ai appris jusqu’à être élue meilleure gardienne du championnat lors de la saison 2018-2019.

Vous disputez vos matches sans public depuis plusieurs semaines. Comment cela influe-t-il sur votre plaisir de jouer ?

H. S : On ne peut pas résumer notre plaisir de jouer au public. C’est une grosse partie, certes, mais le plaisir vient du fond de soi-même. On a aussi le plaisir de pouvoir continuer la compétition alors que tout le monde n’est pas dans cette situation-là. C’est cette source de motivation qui devrait être première pour tous les sportifs qui ont l’occasion de continuer à jouer en compétition. C’est sûr qu’on ressent le manque de public, on l’entend aussi, moi on m’entend crier jusqu’en haut des tribunes de l’Arène… Ce n’est pas la même chose, les sensations sont différentes, mais la situation sanitaire est ainsi, on doit faire avec et c’est peut-être à ce moment-là qu’on doit être capables de chercher une autre source d’énergie, qui n’est pas là aujourd’hui mais qu’on doit créer au fond de nous-mêmes, pour trouver cette émulation que le public créait pour nous. Et puis, on sait que même si le public n’est pas là physiquement, vu que tous nos matches sont retransmis, tout le monde nous suit, donc il faut donner le meilleur car il y a des gens derrière leur écran.

Vous l’avez évoqué, est-ce perturbant pour une joueuse comme vous qui aimez haranguer vos coéquipières de jouer dans ces conditions ?

H. S : C’est vrai que je suis quelqu’un qui partage beaucoup ses émotions. Je crie beaucoup, j’encourage énormément. C’est vrai que ça fait bizarre de m’entendre, mais je suis telle que je suis, et avec ou sans public, ça ne me stoppe pas.

Pourquoi ce besoin de communication, comme vous dites ? Cela vous permet-il d’être plus dans votre match ?

H. S : En fait, pour moi, c’est comme un partage d’énergie. Je ne crie dans le sens où j’encourage. On m’entend fort, mais c’est l’énergie que je génère, et moi aussi ça me met dedans oui. Ce qui m’anime, c’est ce partage, quand tout le monde crie, quand tout le monde s’applaudit, c’est pour ça que j’en joue énormément.

Esbjerg est une équipe qui a du caractère, il faudra rester sur ses gardes

La coupe d’Europe, est-ce aussi génial à vivre que ce dont vous aviez rêvé ?

H. S : Oui, vraiment. C’est grandiose, puisque c’est vraiment un objectif que je m’étais fixé, d’au moins pouvoir avoir la possibilité de jouer en Ligue des champions. C’est une compétition qui regroupe de très très grandes joueuses, avec de très très grands coaches, donc ça se joue sur la technique, les qualités individuelles, la tactique… Tous les aspects sont réunis pour pouvoir faire une belle compétition.

Esbjerg n’a gagné que son premier match de C1 cette saison, le 13 septembre dernier, et enchaîne les défaites (5) et les nuls depuis. Ce déplacement au Danemark ressemble à une formalité…

H. S : Non, pas du tout, parce qu’avec ces deux poules de huit en Ligue des champions, cela reste très ouvert. Tout le monde peut battre tout le monde, on l’a vu lors de la dernière journée (Esbjerg n’a perdu que d’un but face à Rostov, leader du groupe A, NDLR). Donc il faut toujours rester vigilantes. On a battu Esbjerg il y a deux semaines, mais leur collectif était amoindri. Là, on va les défier chez elles, avec leur nouvelle joueuse (la demi-centre espagnole Nerea Pena), donc oui il va falloir rester sur ses gardes et être attentives. C’est une équipe qui a du caractère, et qui a cette capacité à se booster à n’importe quel moment pour revenir dans le match.

Se placer parmi les deux premiers du groupe A est-il encore possible selon vous ?

H S : Bien sûr. Comme je vous l’ai dit, tout le monde rivalise avec tout le monde dans cette poule. Donc si on a le bonheur de gagner les deux ou trois prochains matches, et que ceux devant nous on le malheur de perdre ou de faire égalité, on peut vite remonter. Rien n’est joué jusqu’à la fin des matches retour, vraiment.

Vous réalisez, comme Brest, un sans-faute en championnat depuis le début de la saison. Cette concurrence sur les deux fronts, national et européen, est-il un plus ou avez-vous peur d’être affaiblis par ce double challenge ?

H. S : Je pense que c’est une bonne chose, une bonne émulation de garder un niveau de pression constant. Cela nous oblige à être tout le temps attentives, sérieuses, et à cultiver en tout temps ce niveau de rigueur pour pouvoir exister sur les deux tableaux. Ensuite, tout dépend de comment on gère le stress et la pression, mais moi je trouve très intéressant d’avoir autant de concurrence, c’est aussi une source de motivation, de vouloir faire mieux qu’elles, en Ligue des champions ou en championnat.

Ce sera votre dernier match de l’année 2020 en club. Comment allez-vous vous occuper jusqu’à votre retour à la compétition avec les Dragonnes, le 6 janvier prochain, en championnat ?

H. S : Je vais rester une à deux semaines avec le club, afin de travailler encore, puis du 11 au 22 décembre, on aura un stage avec l’équipe nationale du Sénégal, prévu à Cherbourg. Je ne vais donc pas rester inactive, le handball sera toujours là, parce qu’il faut garder une certaine cadence, surtout en vue du match face à Brest, qui nous attend en championnat à la rentrée ! On va faire en sorte de garder une bonne dynamique pour pouvoir bien commencer l’année 2021.

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