De quoi un athlète de haut niveau a-t-il besoin pour atteindre les sommets et, ensuite, s’y maintenir le plus longtemps possible ? D’être talentueux, bien sûr. Très fort aussi, physiquement comme mentalement. De travailler, surtout. Des heures et des heures, des années durant. Le fruit de cet investissement permanent, de ce labeur constant, peut toutefois s’écrouler brutalement, à n’importe quel moment. Il suffit d’une erreur d’appréciation, d’une seconde d’inattention. Et c’est ce qui a failli arriver à Cyrille Maret.

Deux diagnostics et la crainte de l’arrêt forcé

Tokyo 2020
Avant les JO, Riner n'a aucune compétition prévue "pour le moment"
06/04/2021 À 14:37
Les faits remontent au 14 octobre dernier. Vers 17h, le judoka de 33 ans est sur son scooter, en route pour le bois de Vincennes et l’Insep, où doit se dérouler son entraînement. Alors qu’il se rabat sur la droite pour quitter l’autoroute A4 à hauteur de Joinville-le-Pont, il heurte une voiture en panne qui, faute de bande d’arrêt d’urgence à cet endroit, se trouve sur la voie. Le choc est violent, mais le multiple médaillé européen (-100kg) reste conscient. Ce qui lui permet de comprendre, très vite, que cet accident va laisser des séquelles.

Cyrille Maret aux Mondiaux

Crédit: Getty Images

Le membre de l’équipe de France de judo souffre d’une luxation externe de la hanche, avec un arrachement osseux au niveau du cotyle. À l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, où il est pris en charge, un premier chirurgien lui annonce qu’il pourra à nouveau combattre quelques mois plus tard. Une heure après cependant, un autre expert évoque une opération aux fâcheuses conséquences : "Il m’a présenté cela comme une chirurgie très lourde, avec un an au moins de rééducation, ce qui voulait dire fin de ma carrière sportive, a raconté Maret à nos confrères du Figaro en février. Cela a été ultra compliqué à entendre en si peu de temps."

171 jours plus tard…

Cette opération, le Dijonnais l’évite finalement. Pendant de longues semaines, il ne peut se déplacer qu’avec des béquilles et éprouve le plus grand mal à s’asseoir correctement. Mais sa blessure cicatrise plus vite que prévu, sa résilience épate les médecins et son retour à l’entraînement s’effectue, progressivement, durant le premier trimestre de l’année 2021. Alors qu’il retrouve peu à peu ses sensations, celui qui avait décroché le bronze aux JO de Rio ne perd pas Tokyo de vue. Lancé dans une course contre-la-montre, il coche la case du Grand Slam d’Antalya (1er-3 avril) dans son calendrier.

Chez lui, Sulamanidze bute sur la dernière marche contre Elnahas

Ce samedi, soit très exactement 171 jours après son accident, Cyrille Maret fera donc son grand retour en compétition. Dans la station balnéaire turque, il se frottera à un plateau assez relevé, qui comprend le Canadien Shady Elnahas (Silva bute sur le prometteur Zaalishvili et rate l’or), le Japonais Aaron Wolf (champion du monde en 2017) ou encore l’Azerbaïdjanais Elmar Gasimov (médaillé d’argent lors des JO 2016). L’objectif du mi-lourd français : engranger des points afin de remonter dans la Ranking olympique et, à terme, se hisser à une place potentiellement qualificative pour la grand-messe japonaise.

Lutte fratricide

Mais ce n’est pas tout, car il lui faudra aussi faire la différence vis-à-vis de son concurrent français - et ami - dans la catégorie, Alexandre Iddir (aux Jeux, chaque nation ne peut aligner qu’un seul représentant par catégorie). 13e à la Ranking (Maret est 33e), le sociétaire du FLAM 91 n’a pas vraiment profité de l’absence de son aîné pour frapper un grand coup et reste d’ailleurs sur une élimination Les Bleus font chou blanc, le Japon en démonstration, début mars.

Grand Prix d’Antlaya de judo : Alexandre Iddir médaille d’or, Guillaume Chaine en bronze

Crédit: Eurosport

Au cas où les deux compatriotes se retrouvent dans les quotas olympiques à la fin de la course, le staff tricolore ne sera pas tenu de sélectionner le mieux classé des deux. Un détail qui a son importance. "S’il gagne les championnats d’Europe ou du monde, la question ne se posera pas, a concédé le combattant de l’ES Blanc-Mesnil à L'Équipe. Mais je garde aussi mes atouts et si j’arrive à décrocher une médaille en championnat officiel, les sélectionneurs pourraient faire le choix de quelqu’un qui a plus d’expérience…" Le sprint final est lancé et Maret, qui partait pourtant de très loin, peut encore rafler le ticket tant convoité.
Tokyo 2020
Agbegnenou en leader du judo féminin français à Tokyo
06/04/2021 À 13:29
Judo
Plus entreprenant, Bashaev s’offre logiquement Harasawa
03/04/2021 À 18:34