C'était il y a plus de onze mois, autrement dit une éternité. Le 9 février 2020, Teddy Riner s'inclinait face au Japonais Kokoro Kageura au troisième tour du Grand Chelem de Paris. Sa première défaite depuis plus de neuf ans. Un coup de tonnerre ? Pas le moins du monde à en croire le principal intéressé, davantage préoccupé par la conquête d'un troisième titre olympique que par la préservation de son invincibilité. À l'époque, le coronavirus commençait tout juste à inquiéter les autorités françaises et les JO de Tokyo, fort logiquement, obnubilaient l'esprit du colosse guadeloupéen.

Judo
En or et avec la manière, Riner impressionne pour son retour
13/01/2021 À 16:37

Mais l'épidémie de Covid-19 a tout balayé sur son passage, provoquant le report des Jeux et rendant très compliquée la pratique du judo, qui n'est guère compatible avec le respect des gestes barrières. Riner, lui, a dû revoir toute sa préparation. Il n'a toutefois pas perdu sa motivation et entend bien égaler le record de Tadahiro Nomura, seul judoka triple médaillé d'or olympique (1996, 2000, 2004). "Je pense qu'il s'est dit : 'Je n'étais peut-être pas suffisamment prêt pour faire les Jeux maintenant, j'ai un peu plus de temps, je vais me ressaisir'", raconte à l'AFP son entraîneur Franck Chambily.

Du temps, il en reste encore beaucoup avant le jour J, le 30 juillet prochain au Nippon Budokan. L'attente sera longue, la route aussi. Pour le poids lourd français, elle commence ce mercredi, à l'occasion du Masters de Doha. Un rendez-vous important à plus d'un titre.

Dresser un état des lieux

À Bercy, le décuple champion du monde était apparu à court de forme. Pas suffisamment affûté sur le plan physique et en manque de rythme, il avait peiné à déclencher ses techniques. Ses attaques étaient moins tranchantes et c'était d'ailleurs en se faisant contrer sur l'une d'elles qu'il avait été mis à terre. Au Qatar, où il disputera sa première compétition internationale depuis sa défaite parisienne, le combattant de 31 ans pourra se jauger, faire un état des lieux de sa préparation physique et, le cas échéant, identifier des points à corriger.

"Peut-être que ces derniers temps je n'avais pas bossé tous les axes, que j'avais oublié certaines choses", reconnaît-il. ""Un enchaînement de défaites, ça fait se creuser les méninges (il a aussi été battu par Joseph Terhec en octobre, à l'occasion des championnats de France par équipes, NDLR)." Celui qui racontait, dans un reportage diffusé sur France 3 en juillet dernier, avoir perdu 20 kg durant le confinement semble satisfait de son poids actuel. "Depuis trois mois et demi, j'ai un cuisinier qui me fait mes plats sous les ordres de mes nutritionnistes. Ils me disent : 'tu vas manger tel aliment, tant de grammes, tu auras ça en dessert'. C'est vraiment du sur-mesure", résume cet amoureux du sucré. "Je suis content parce que je vois des résultats et que je me sens mieux : c'est comme si je rajeunissais de jour en jour !".

Marquer des points… et les esprits

Cela lui sera d'autant plus utile que le plateau promet d'être relevé lors de ce Masters, qui réunit les 36 meilleurs combattants de chaque catégorie. Au premier tour, le natif des Abymes ne sera ainsi pas opposé à un faire-valoir mais au robuste Roy Meyer, médaillé de bronze aux Mondiaux 2019 et valeur sûre du circuit. Un gros test d'entrée avant, peut-être, de batailler contre Guram Tushishvili (champion du monde 2018) ou Hisayoshi Harasawa (médaillé d'argent à Rio), qui rêvent jour et nuit de le terrasser.

"Niveau mental, Douillet et Riner, ce sont des 'Dexter' du judo, ils ne sont pas là pour rigoler"

Ce voyage au Moyen-Orient revêt aussi un aspect purement comptable pour Riner. Seulement 27e à la Ranking olympique, il doit engranger des points pour assurer sa qualification et, éventuellement, obtenir un statut de tête de série. Mais il a également une autre idée derrière la tête : montrer qu'en dépit de ses récentes déconvenues, il reste le patron des +100 kg. "C'est important de remettre les pendules à l'heure, d'envoyer un message fort et de faire comprendre à mes adversaires que les Jeux, ce sera pour moi," a affirmé le sociétaire du PSG Judo au micro de la chaîne L'Equipe.

Lancer un nouveau cycle pour l'équipe de France masculine

Enfin, l'épreuve qatarie aura une saveur particulière pour l'équipe de France dans son ensemble. Le 21 novembre dernier, elle quittait Prague et les championnats d'Europe en tête du classement des nations (huit médailles, dont cinq en or). Le lendemain, Stéphane Nomis créait la surprise en devenant président de la Fédération française en lieu et place de Jean-Luc Rougé, en poste depuis 2005.

Entre des accusations de violences sexuelles sur mineures, des comptes dans le rouge vif et un nombre de licenciés en chute libre à cause (notamment à cause de la pandémie), la nouvelle équipe dirigeante a beaucoup à faire. Elle n'a cependant pas oublié le haut niveau et a récemment promu Larbi Benboudaoud en tant que directeur des équipes de France. Le champion du monde 1999 (-66 kg) ne s'occupait jusque-là que des athlètes féminines - très performantes - et va s'employer à relancer un groupe masculin moribond depuis trop longtemps. En soi, cela ne change pas grand-chose pour Teddy Riner, toujours entraîné par Franck Chambily. Une performance majuscule de sa part à Doha permettrait malgré tout de lancer les Bleus sur une dynamique positive. Et ça, personne ne saurait s'en plaindre.

Teddy Riner

Crédit: Eurosport

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